La Ville de Lausanne veut 10% de pigeons en moins

FauneDes mesures ont été prises pour protéger une trentaine de bâtiments des fientes. Le public est averti de ne pas nourrir les volatiles.

Jeter des graines aux pigeons est passible d’une amende. Depuis quelques semaines, plusieurs emplacements du centre-ville arborent des panneaux qui avertissent les passants

Jeter des graines aux pigeons est passible d’une amende. Depuis quelques semaines, plusieurs emplacements du centre-ville arborent des panneaux qui avertissent les passants Image: Florian Cella

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«Nourrir les pigeons? Une fausse bonne action!» Depuis quelques semaines, des panneaux arborent ce slogan à plusieurs emplacements du centre de Lausanne. En quelques mots, ils égrènent les conséquences d’un tel geste: surpopulation des volatiles, fientes et risques sanitaires.

Au-delà de la pédagogie, ils avertissent aussi que le site qu’ils bordent est surveillé et rappellent que nourrir les oiseaux est passible d’une amende. Cette dernière peut aller jusqu’à 150 francs. «Avant de réprimer, nous voulons d’abord sensibiliser, assure néanmoins Natacha Litzistorf, municipale en charge de l’Environnement, à qui incombe cette campagne. Les employés communaux qui sont sur le terrain sont invités à prendre le temps de convaincre et d’expliquer.»

«Se nourrir naturellement demande plus d’efforts aux pigeons, et c’est une énergie qu’ils n’utilisent pas pour se reproduire»

S’ils ont été mobilisés, c’est que depuis le début de l’année, la Municipalité s’est fixé pour objectif de faire baisser d’environ 10% la population de pigeons lausannois. «Le patrimoine de la ville est clairement détérioré par les fientes des pigeons, explique Florence Germond, municipale en charge de la Propreté urbaine. Depuis environ un an, nous avons pris des mesures pour protéger 33 bâtiments communaux et privés du centre-ville.» Elle évoque notamment les immeubles à la rue Neuve et à la place de la Louve, où la situation se serait depuis améliorée.

Nourriture en suffisance

Pour toutes les questions liées aux pigeons, la Ville de Lausanne recourt aux services d’un biologiste, Gérard Cuendet, depuis une vingtaine d’années. Et d’après sa longue expérience, le seul moyen pour empêcher leur multiplication est la sensibilisation du public, plutôt que les vaines campagnes de stérilisation, déjà tentées à Lausanne en distribuant des graines traitées chimiquement. «Il faut cesser de croire qu’il y a des méthodes pour réguler les populations de pigeons. Par contre, il faut faire comprendre aux gens qu’il y a assez à manger pour tous les oiseaux de la ville dans nos parcs et nos espaces verts. Se nourrir naturellement leur demande simplement plus d’efforts, et c’est une énergie qu’ils n’utilisent pas pour se reproduire.»

Outre prendre soin du pigeonnier communal, sous le toit de l’église Saint-François (lire encadré), Gérard Cuendet effectue toutes les deux semaines des comptages des pigeons de la ville. «Établir un recensement exhaustif n’est pas très intéressant scientifiquement. En revanche, je fais un parcours à pied, toujours le même, pour compter les pigeons visibles. Cela permet de savoir comment la population globale évolue.» Selon son dernier rapport annuel, leur nombre est resté stable ces 13 dernières années dans divers points stratégiques de la ville, la Riponne ou Bel-Air par exemple, qui sont autant d’endroits où les amis des oiseaux aiment répandre des miettes de pain.

L’héritière et les pigeons

Il n’en a pas toujours été ainsi. Les statistiques récoltées depuis vingt ans montrent en effet que la population de pigeons a drastiquement baissé à partir de 2004. L’explication est étonnante. Cette année-là marque en effet le décès d’une riche héritière connue pour dépenser des sommes considérables en nourriture pour les oiseaux lausannois. Cocasse, l’histoire avait fait le tour du monde à l’époque, mais avait donné des cheveux blancs aux autorités. «Aujourd’hui, le nourrissage problématique est surtout le fait de trois à quatre personnes irréductibles. Malheureusement, cela a pour effet de concentrer les pigeons à certains endroits, et donc leurs déprédations sur les bâtiments alentour», explique Gérard Cuendet.

Les services de ce spécialiste vont toutefois bien au-delà du comptage et de la prévention. Il intervient également sur demande pour déloger des pigeons ayant élu domicile sur le balcon de particuliers. Dans bien des cas, la seule solution est de les euthanasier. Il raconte l’histoire d’une famille lausannoise qui, pour se débarrasser d’un pigeon squatteur, a pris la peine de le relâcher à Stuttgart, en Allemagne, lors d’une visite en famille. «Il était de retour après une dizaine de jours.»


Infos: www.lausanne.ch/pigeons

Créé: 10.09.2019, 18h05

En visite au pigeonnier de St-François

Sous la charpente de l’église Saint-François se niche l’unique pigeonnier communal de Lausanne. Avis aux amateurs, il est ouvert aux visites sur rendez-vous, mais il faut être prêt à gravir les nombreuses marches qui y conduisent. Cela vaut le détour, car Gérard Cuendet, qui conduit les visites, n’économise pas son temps pour partager ses connaissances encyclopédiques sur les pigeons.



Il raconte que le pigeonnier a été créé dans les années 30 par une poignée de bourgeois locaux pour leur plaisir. «Ils se sont mis à élever deux races différentes de pigeons, qui sont celles que l’on a aujourd’hui en ville. On pouvait les déguster au restaurant Manuel sur la place Saint-François.»

Après une décennie d’abandon, il a été remis en fonction par la Ville au début des années 90 dans l’espoir de réguler une soudaine explosion de la population de pigeons. Deux autres pigeonniers avaient également été ouverts, un dans la tour de l’Ale et l’autre au parc Mon-Repos. Ils ont été mis hors service ces deux dernières années. «Un pigeonnier n’a aucun effet sur la régulation des pigeons. Ils sont à peine 40 à nicher à Saint-François. Ce n’est rien! sourit Gérard Cuendet. Par contre, c’est un bon moyen de toucher le public.»

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