La ville rêvée des jeunes architectes

UtopieDes étudiants de l'EPFL ont choisi d’axer leur travail de master sur des lieux lausannois. Tour d'horizon.

Image: Keystone

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S’il y a une exposition que les élus lausannois auraient dû aller voir, c’est celle des travaux de master des étudiants en architecture de l’EPFL. Les édiles, qui doivent et veulent imaginer la ville qu’ils souhaitent laisser aux habitants, y auraient, à n’en pas douter, trouvé de belles inspirations.

Dans les murs d’Archizoom, près d’une centaine de projets sont déclinés en maquettes, panneaux explicatifs et plans. La grande liberté dont bénéficient les étudiants – à l’inverse de leurs collègues zurichois, plus orientés par leurs professeurs – donne lieu à un grand bazar qui va de la conception d’un espace public à Dakar à un motel de Denver en passant par l’école de voile des Glénans.

Au milieu de tout ça, certains ont choisi de porter leur imagination sur ce qu’ils ont sous leur nez. L’arrivée de la buvette de la Jetée de la Compagnie semble donner des idées aux jeunes architectes, qui projettent une place, un théâtre ou encore un pavillon aux alentours du chantier de la CGN. Au centre-ville, la Riponne, le Tunnel et la Vigie sont passés à la moulinette architecturale. On y voit l’espace se modifier sous des interventions massives et profondes, mais aussi, parfois, de simples ajouts de mobilier urbain.

L’agriculture urbaine rêvée par Natacha Litzistorf trouve sa réalisation. La crise du logement inspire elle aussi. Avec une barre d’immeuble aux accents soviétiques et un écoquartier au nord de la ville et des immeubles faits pour la colocation du côté de Malley.

Certes, il n’est ici pas question de chiffrer les propositions, ni de savoir ce que les propriétaires des sols et des bâtiments en pensent. Et c’est là que réside peut-être le plus grand intérêt de ces travaux. Donner à rêver une ville avant de penser à ses contraintes, réelles ou construites. Cyril Veillon, directeur de l’Espace Archizoom, explique pourtant que jamais ces propositions – souvent utopistes – n’ont été montrées aux autorités. «Alors qu’un étudiant ira présenter son projet à Toulouse prochainement!» Tous les étudiants interrogés se déclarent favorables à une rencontre avec les autorités. Certains ont d’ailleurs l’intention de soumettre leur projet à la Ville. Tour d’horizon non exhaustif.


Marché couvert à la Riponne

Benjamin Gmür s’attaque à la plus grande place de la ville, pour son «immense potentiel inexploité». Si le débat politique n’est pas étranger à sa démarche, c’est davantage «par affection et par intérêt» qu’il a développé son «Forum». Il juge la place «ni esthétique ni fonctionnelle» et propose d’unifier l’ensemble, d’y intégrer une «continuité piétonne absolue». Les entrées et sorties de parking sont déplacées sur la rue du Tunnel. A l’étage de la place, plus aucune voiture. Il lie fortement le lieu au marché et lui adjoint deux étages de galeries/marché couvert pour «prolonger» les étals bihebdomadaires. Ceux-ci collent à la topographie du lieu et forment un L dans lequel l’ancien Romandie, le Folklor et les autres lieux publics sont intégrés. Le tout fait face au Palais de Rumine.


Agriculture à Sévelin

Marine Bersier a imaginé un centre d’agriculture urbaine «au croisement entre un couloir écologique et un plateau industriel», à Sévelin. Elle y conçoit des serres verticales aquaponiques, où la pisciculture et l’agriculture fonctionnent en circuit quasi fermé. «L’eau des poissons est utilisée comme engrais pour les plantes, qui, à leur tour, filtrent l’eau, ensuite réutilisée pour les poissons. Cette technique est très économe en eau et ne nécessite pas d’ajout d’engrais ou de pesticides et herbicides.» Résultat: une production de légumes et de poissons vendus sur place. L’héritage ferroviaire du site est transformé en cheminement piéton. L’étudiante inscrit son projet dans la lignée du rôle «pionnier» de Lausanne, avec ses plantages et jardins familiaux.


Gare - Bellerive en 4 étapes

Laure Cantale place la beauté au cœur de sa réflexion. «L’architecture se doit de lui donner une réponse claire, car elle est primordiale puisqu’elle est non seulement contemplée mais aussi arpentée et vécue». Son regard s’est porté sur Bellerive pour ses «potentialités». Le projet lie la gare de Lausanne au lac au moyen de quatre interventions principales: une passerelle, un tunnel, un bâtiment pont et un dernier bâtiment s’avançant sur le lac. «Séparant ainsi le flux piéton des flux automobiles, la promenade crée une fluidité et une harmonie du parcours tout en liant des lieux emblématiques, tels que l’Aula de Jean Tschumi, le dôme du parc de Milan et sa fontaine. C’est par l’observation d’un langage unique et la cohérence dans le développement des différentes interventions que le site de Bellerive prend toute sa valeur. En étendant son rayonnement par le projet, il trouve du sens et devient essentiel pour la ville de Lausanne.»


Approche sociale au Tunnel

L’approche de Carla Jaboyedoff part d’une collaboration avec Karen Devaud, étudiante en psychologie, et porte sur la relation entre la procédure d’asile et la pratique du territoire. «Le choix de la place du Tunnel relève non seulement de cette recherche mais également d’autres facteurs, tels que son emplacement central, son histoire importante, sa richesse architecturale et son état en friche qui offre de multiples possibles.» Ici les interventions imaginées sont légères, tiennent souvent à du mobilier urbain… un abri, un banc, une estrade, un foyer, un amphithéâtre, qui, ensemble, constituent la nouvelle place. L’étudiante projette une réalisation en collaboration avec la population. «L’acte est alors celui de transformer une friche en lieu de vie, de rencontre et d’échange par l’action citoyenne.»


Lier le Flon à Sévelin

«C’est un projet qui affiche clairement son ambition, celle de produire un espace de rencontre, de transition, mais aussi de contemplation.» Thomas Lepoutre propose de faire de la Vigie un «lieu de connexion majeur de la ville». Pour mener à bien sa réflexion, il n’envisage rien de moins que la destruction de la caserne des pompiers pour ouvrir le Flon sur l’ouest et le connecter à Sévelin. Les arches du pont Chauderon deviennent ainsi un lieu de vie. «Les projets actuels au Flon et la venue du tramway le long de la rue de Genève n’ont fait qu’accroître mon envie d’améliorer la transformation de cette friche et la connexion des différentes entités qui la composent.» L’étudiant intègre l’existant: «La topographie artificielle, la hauteur du pont, la proximité du métro, le langage industriel des cages d’ascenseur…»


Barre au Nord

C’est dans son histoire personnelle que puise Fabian Wieland. «J’ai habité jusqu’à mes 12 ans dans une des barres de logements sociaux du quartier de l’Ancien-Stand, et donc une grande partie de mon enfance est liée à ce lieu. Le projet de master marque la fin de mes études, et c’était pour moi l’occasion de jeter un œil en arrière et de me demander avec du recul quel est mon rapport à ce quartier.» C’est aussi l’absence de son quartier dans les plans de Métamorphose et l’envie de l’intégrer qui l’ont inspiré. Le résultat est une proposition radicale sous forme de barre de logements sociaux. En écho avec des bâtiments déjà existants mais adapté aux normes actuelles. Il y intègre une piscine intérieure et propose de la relier au bassin extérieur, lui aussi déjà existant mais vétuste. Il donne à sa barre des allures de «carcasse fossilisée» que les hommes auraient colonisée. (24 heures)

Créé: 07.08.2017, 17h24

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