Les volontaires redoutent l’essor des pompiers pros

Services incendieLe projet de confier les interventions de jour aux professionnels de la capitale fait grincer des dents dans les casernes et chez les élus de la couronne lausannoise.

Au SDIS Chamberonne, on redoute de perdre des pompiers de milice.

Au SDIS Chamberonne, on redoute de perdre des pompiers de milice. Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les pompiers professionnels s’apprêtent à gagner du terrain dans le dispositif de lutte contre le feu en région lausannoise. Et la tendance ne fait pas l’unanimité. L’automne passé, les corps de pompiers actifs sur 18 communes ont été informés des contours d’un vaste projet, baptisé VIDIS 20-25, qui vise à réorganiser l’action des Services de défense incendie et de secours (SDIS). À l’horizon 2025, il est question de confier les interventions de jour aux pompiers professionnels de la Ville de Lausanne, et ce, dans toute la couronne lausannoise, soit une région qui va de Bussigny à Lutry, en passant par Cheseaux et Saint-Sulpice. En contrepartie, les pompiers de milice, eux, auront la responsabilité des missions de nuit et du week-end dans toute la zone, y compris dans la capitale. Pour les volontaires de la périphérie de Lausanne, le changement est de taille, sachant qu’à l’heure actuelle, ils sont mobilisables 24 heures sur 24, selon le système de milice qui prévaut dans le reste du canton.

Un horizon lointain

«Les volontaires ont été contents d’être informés de l’avancement du projet, mais il y a un sentiment de frustration, car VIDIS pose beaucoup de questions qui n’ont pas de réponse pour l’instant», estime Frédéric Jacot, commandant du SDIS Chamberonne, qui couvre les communes de Chavannes-près-Renens, Ecublens et Saint-Sulpice. Un des arguments en faveur du projet, lancé et piloté par l’Établissement cantonal d’assurance (ECA) et validé par les communes concernées, est que les pompiers volontaires sont de moins en moins disponibles en journée. En cause: leur vie professionnelle, mais aussi le trafic qui – surtout en agglomération – tend à retarder leur arrivée à la caserne, puis sur le lieu du sinistre en cas d’alarme. Dans les SDIS, cette analyse n’est pas contestée, mais elle dessine une perspective qui ne se traduit pas encore en pratique: «A ce jour, jamais nous n’avons manqué d’effectifs pour assurer une intervention, insiste Frédéric Jacot. On voit que le nombre de personnes disponibles pour le premier départ véhicules est en baisse, mais ce n’est pas encore un problème.» Pour le commandant, VIDIS répond à un besoin d’optimisation des ressources, mais laisse encore les miliciens dans le doute quant à sa mise en œuvre opérationnelle et ses effets. «Les volontaires passent beaucoup de temps à se former. J’ai cette crainte, sans doute partagée par d’autres, que ces gens passionnés ne soient plus appelés et que nous finissions par les perdre.»

Des mesures déjà prises

Dans l’Est lausannois, aussi concerné par VIDIS, le discours, lui, est aussi nuancé. «Les gens comprennent la démarche, commence par assurer Sébastien Cornuz, chef du détachement de premier secours pour le SDIS Ouest-Lavaux, qui couvre Lutry, Belmont, Pully et Paudex. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que les quatre communes du SDIS Ouest-Lavaux ont déjà pris des dispositions pour favoriser l’engagement de jour chez les employés communaux. Il y a six ou sept ans, nous avions 9 volontaires de jour pour le site opérationnel de Pully, aujourd’hui, ils sont 22.»

Même si VIDIS ne s’annonce pas particulièrement cher pour les communes de la couronne lausannoise, avec un surcoût global estimé à 42'000 francs par année, Sébastien Cornuz rappelle que les pompiers volontaires restent une force bon marché. «Il faudrait mettre en œuvre une telle vision là où les problèmes se posent, tout en maintenant au maximum le volontariat. VIDIS est parfaitement valable, mais ici, il n’y a pas d’urgence.»

«Pas d’opposition frontale»

Les séances d’information organisées dans les casernes cet automne ont mis en évidence les craintes des sapeurs-pompiers tant et si bien qu’elles sont remontées aux oreilles des élus, créant aussi des remous au niveau politique. Au mois de décembre, les Municipalités de Prilly et de Renens ont ainsi retiré un préavis visant à professionnaliser le poste du commandant du SDIS de Malley, qui couvre les deux communes. La proposition a manifestement fait les frais de la réception mitigée de VIDIS (voir encadré).

«Les retours sont différenciés d’un corps de pompier à l’autre, mais nous n’observons pas d’opposition frontale. Les échos dans les Municipalités et les SDIS sont globalement positifs, réagit quant à lui Laurent Fankhauser, directeur de la division défense incendie et secours à l’ECA. Alors que l’institution travaille actuellement, en collaboration avec la Ville de Lausanne, à définir les impacts de ce projet sur le fonctionnement du corps professionnel lausannois, il assure déjà: «Avec VIDIS, nous sommes dans un système où tout le monde est gagnant. Pour la population, cela garantira plus de sécurité, les corps de sapeurs-pompiers volontaires ne seront pas démantelés et aucun pompier professionnel ne perdra son poste.» (24 heures)

Créé: 08.01.2018, 07h01

La professionnalisation perturbe aussi les élus

La réception mitigée du projet VIDIS semble avoir déjà un effet collatéral. En décembre dernier, les Conseils communaux de Prilly et de Renens devaient se prononcer sur un préavis visant à créer et financer un poste de commandant pour le SDIS Malley, pour l’instant occupé par un pompier volontaire. Coup de théâtre, l’objet a été supprimé de l’ordre du jour dans les deux communes à la dernière minute.
«Vu ce qui se disait au sein des groupes politiques, il était plus judicieux de retirer le préavis», commente Olivier Golaz, municipal renanais en charge de la Sécurité publique. Le conseiller communal Walter Siegrist, qui a présidé la commission chargée d’étudier le préavis à Renens, était plutôt favorable à l’idée. Pour lui, la présentation du projet VIDIS dans les casernes a toutefois brouillé les cartes, car elle a eu lieu en même temps que les débats des élus: «Entre notre première et notre deuxième réunion, nous nous sommes rendu compte que les pompiers volontaires étaient découragés. Ils ont eu une très mauvaise réception de VIDIS. Certains au sein de la commission se sont dit qu’avec ce projet, aussi bien les pompiers volontaires que le commandant n’auraient plus rien à faire. C’est pourtant une erreur fondamentale.»
Les débats de commission ont aussi été animés à Prilly. Le conseiller communal Fabien Deillon a mené la charge: «Avoir un professionnel à plein temps, cela veut dire diminuer les attributions des autres officiers d’état-major. On risque une démotivation.» Olivier Golaz, lui, regrette un préavis qui n’a pas été compris par tout le monde dans le contexte de VIDIS: «Au niveau du commandant, il n’y aura pas moins à faire à l’avenir, au contraire. Il ne s’agit pas seulement d’éteindre des incendies.» La création d’un poste à 100% devait en effet permettre de renforcer les tâches d’encadrement des nombreux projets de construction que comptent Prilly et Renens, afin que les pompiers puissent intervenir efficacement.
«L’ECA a fait une présentation lors des séances de commission avec des arguments défavorables au préavis, peste aussi Olivier Golaz. Ce qu’ils ont laissé entendre était «ne faites pas cela, nous allons vous manger dans peu de temps». J’étais assez fâché de cette attitude.» Laurent Fankhauser, de l’ECA, confirme ce préavis négatif, mais clarifie sa position: «Nous avons défendu auprès des commissions que ce préavis n’était pas indiqué et qu’il fallait notamment mettre en perspective son coût par habitant avec le bassin de population concerné.» S’il a essuyé un camouflet, le préavis pour la professionnalisation du poste de commandant n’est peut-être pas tout à fait mort. «On va certainement l’adapter et le présenter à nouveau», glisse Olivier Golaz.

Articles en relation

Les pompiers professionnels vont étendre leur terrain

Lausanne Face à des volontaires de moins en moins disponibles, les communes de la couronne lausannoise veulent confier les interventions de jour au service incendie de la capitale. Plus...

Prilly et Renens veulent un pro à la tête du SDIS

Pompiers Développement démographique et urbain obligent, maintenir un commandant volontaire ne serait «plus tenable». Plus...

Panne de vocations chez les pompiers volontaires

Services du feu Les casernes vaudoises ont de plus en plus de mal à attirer des nouvelles recrues. Le système de milice reste vital, mais le métier se professionnalise. Plus...

La professionnalisation perturbe aussi les élus

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.