Des «vrais» corbillards pour renouer avec le rituel

LausanneLes Pompes funèbres officielles de la Ville ont acquis deux limousines, pour répondre à la demande des familles.

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Le diable se cache dans les détails. Le bouton de fermeture automatique du coffre des deux nouveaux corbillards des Pompes funèbres officielles (PFO) de la Ville de Lausanne fera toute la différence, foi de croque-mort. «Vous appuyez là et ça se rabat doucement, puis ça se ferme sans claquement.» Cyrille Reymond joint le geste à la parole. Dos droit, mains jointes et visage contre le bas jusqu’au léger clic final; on y est. «La porte du corbillard qui se ferme, c’est déjà un bout du rituel», assure le coordinateur funéraire.

Lorsqu’il répète le cérémonial avec un des anciens véhicules, un Renault Espace aménagé en fourgon mortuaire, on comprend encore mieux. «D’abord, il faut se suspendre à la porte, puis la claquer pour être sûr qu’elle est bien fermée. Ça rend le moment moins solennel…»

Cercueil éclairé aux leds

La comparaison ne s’arrête pas là et d’autres atouts de la Mercedes Stylo – en fait une Classe E dont le châssis est modifié – sont passés en revue: l’intérieur du coffre en alu brossé, la rangée de leds qui laisse voir le cercueil à travers les vitres teintées le temps du démarrage, la petite trappe qui permet de ranger le tronc et le petit matériel, le moteur diesel et la conduite plus douce. Mais, surtout, la forme limousine rallongée, qui ne laisse pas de doute quant à la fonction du véhicule. Un élément capital, selon Chantal Montandon, cheffe des PFO: «Ces dernières années, plusieurs personnes nous ont demandé: «Vous n’avez pas un «vrai» corbillard?»

Un véhicule «digne»

Certaines traditions font leur retour à l’heure où les cimetières se vident – plus de 90% des gens se font aujourd’hui incinérer, la proportion était inverse il y a trente ans. «Les familles qui inhument un proche demandent à l’accompagner en cortège jusqu’à sa dernière demeure, témoigne Chantal Montandon. Et elles estiment qu’un service funèbre mérite un véhicule digne et différent de celui utilisé pour la levée de corps.»

«Lorsqu’on circule en ville avec des cou­ronnes de fleurs, rien ne nous diffé­rencie vraiment d’un plâtrier-peintre qui a installé des lauriers sur son véhicule pour fêter un jubilé»

Exit donc le Renault Espace et les trois Mercedes Vito, aménagés en corbillards à partir de véhicules standards, pour les cortèges solennels. Ces monospaces ser­viront principalement pour mener le défunt du lieu de sa mort à celui de son cercueil, à moins d’une trop forte demande. Cyrille Reymond s’en réjouit. «Lorsqu’on circule en ville avec des cou­ronnes de fleurs, rien ne nous diffé­rencie vraiment d’un plâtrier-peintre qui a installé des lauriers sur son véhicule pour fêter un jubilé, illustre-t-il. Voulus par les clients, ces véhicules sont aussi valorisants pour nous: ils sont à la hauteur du service qu’on rend.»

Atout marketing

L’achat de la Ville ne répond toutefois pas uniquement à quelques réclamations d’usagers. Ce serait un peu court pour justifier les quelque 200 000 francs dépensés (il faut compter environ 40 000 francs pour les anciens véhicules, dont les plus récents ont 12 ans et les plus vieux, remplacés, 16 et 19 ans). Les deux corbillards – choisis avec les options de base – se veulent aussi un atout marketing. «A l’époque où elles avaient moins de concurrence et une plus grande part de marché (ndlr: huit entreprises principales se partagent aujourd’hui le Grand-Lausanne), les Pompes funèbres officielles voulaient rester discrètes, rappelle Cyrille Reymond, qui y travaille depuis 1991. Au­jour­d’hui, nous devons être visibles.» Car les PFO doivent être rentables, alors qu’un fonds de réserve a longtemps compensé leurs pertes. La barre a été redressée en 2015 (bénéfice de 98'275 francs, après des années dans le rouge), mais un gros effort doit encore être fait. Surtout lorsqu’on sait que les familles choisissent de dépenser de moins en moins, de l’achat du cercueil à l’avis mortuaire, et que des pompes funèbres «low cost» ont fait leur apparition.

Le conseil des Pompes funèbres

Le «coming out» de la Ville correspond aussi à une tendance générale: on parle aujourd’hui bien plus de la mort qu’il y a dix ans. Ainsi, depuis 2014, Lausanne vante les prestations de ses pompes funèbres dans des publicités sur Internet et dans les journaux. En octobre passé, elle les a même exposées au Forum de l’Hôtel de Ville. «La mort dans tous ses états» présentait le service funéraire communal pour la première fois, alors que d’autres services de la Ville se sont déjà montrés à de nombreuses reprises à la population. «Nous avons eu plus de 1300 visites en neuf jours, chiffre Chantal Montandon. Cela dénote d’un fort intérêt des gens et de notre rôle important en tant que conseil, à une époque où l’on n’habite plus chez ses parents et où l’on manque de repères.» (24 heures)

Créé: 01.12.2016, 08h13

Un peu d'histoire



1948 Les Pompes funèbres officielles (PFO) de la Ville de Lausanne sont actives depuis 1948. La photo montre le premier site occupé par l’entreprise, à la rue Beau-Séjour 8, où la réception et le parc de véhicules de l’époque étaient regroupés.



2004 Les PFO ont déménagé le 26 mai 2004. La photo montre le parc des véhicules de l’époque à leur nouvel emplacement, sous les Arches à la Vigie. La réception, elle, se trouve à l’avenue des Figuiers 28. Le déménagement a rapproché l’entreprise du centre funéraire ainsi que du cimetière de Montoie. Les PFO emploient aujourd’hui 11 personnes, y compris la cheffe Chantal Montandon.

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