Les Lausannois se voient plus minces qu'ils ne le sont

SantéUn quart de la population a une perception fausse de son poids, révèle une étude. «Inquiétant», commente son auteure.

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Image d'illustration. Image: PAUL ELLIS AFP

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Il y a la façon dont on se voit. Et puis il y a le verdict, implacable, de l’Indice de masse corporelle (IMC)*. A Lausanne, un quart des femmes et la moitié des hommes en surpoids se voient plus minces qu’ils ne le sont en réalité. C’est la conclusion d’une étude menée par la Dre Nathalie Rouiller, relayée dans le dernier numéro du magazine de l’UNIL, L’Uniscope.

Cette cheffe de clinique adjointe au Service d’endocrinologie du CHUV s’est penchée sur une thématique encore jamais explorée en Suisse: la perception pondérale. Il s’agit de mettre en regard, d’un côté, la vision qu’a un individu de sa propre corpulence et, de l’autre, son fameux IMC. Pour ce faire, Nathalie Rouiller a exploité des données récoltées par l’étude CoLaus (Cohorte Lausannoise) auprès de 4'300 adultes recrutés entre 2009 et 2012. Avant de peser et de mesurer les participants, une question leur avait été posée: «Comment percevez-vous votre poids? Trop mince, normal ou trop gros?»

Moi, obèse?
L’analyse des réponses est surprenante: un quart de la population a une perception pondérale erronée. La tendance générale est à l’allégement: un cinquième environ des participants sous-estiment leur poids alors que seulement 7% le surestiment.

Plus inquiétant encore pour la santé publique qui se débat contre l’épidémie d’obésité: une partie non négligeable des personnes obèses (10% des hommes) s’imagine être dans la norme. «Cela fait un peu peur, réagit la Dre Rouiller. Une perception pondérale correcte est un facteur déterminant dans la prise en charge du surpoids ou de l’obésité. C’est aussi un facteur important dans la motivation à perdre du poids. Si les gens n’ont pas conscience d’être dans une catégorie à risque, ils ne vont pas se sentir concernés par les messages de prévention comme «manger mieux et bouger plus», ni par les risques de développer un diabète, par exemple.»

«Comment se sentir concerné par les messages de prévention si l’on n’est pas conscient de son poids?»

Plus l’âge est avancé, plus la perception pondérale est erronée. Dans l’échantillon examiné, le niveau d’éducation et le lieu d’origine ont aussi un impact. Les personnes originaires des pays du Sud, particulièrement le Portugal, sont plus à risque de sous-estimer leur poids. «Il y a dans cette population une identité communautaire forte. Ils se retrouvent souvent, se réunissent pour partager des repas. Une hypothèse est que si son cousin a la même carrure que nous, on se dit plus facilement qu’on est dans la norme. C’est comme si on calquait notre norme pondérale sur celle de notre entourage.»

On l’a dit, les hommes ont davantage tendance à sous-évaluer leur poids. En comparaison avec ces messieurs, les femmes sont plus nombreuses à se voir plus grosse qu’elles ne le sont (20% contre 8% seulement pour les hommes). «On sait que les femmes sont plus visées par la pression sociale et les diktats de la mode, explique la Dre Rouiller. Chez les hommes, l’embonpoint peut être perçu comme un signe d’opulence associé à la réussite sociale. Cela dit, les choses sont en train de changer. Ils font de plus en plus attention.»

Quand les médecins se taisent
Son enquête a mis en lumière une autre problématique pouvant affecter la prise en charge médicale. Une partie des personnes obèses de l’échantillon n’a jamais été diagnostiquée. En clair: leur généraliste ne leur a pas clairement dit qu’elles étaient obèses. «On sait que les médecins ne sont pas très à l’aise à l’idée d’aborder le sujet du surpoids, commente Nathalie Rouiller. Cela vaudrait pourtant la peine de le verbaliser au moins une fois; cela devrait même être une priorité. Même si pour le médecin, il est évident que le patient est concerné, ce dernier ne le sait pas forcément. L’entendre dans la bouche d’un professionnel de la santé peut faire office de déclic pour changer ses habitudes alimentaires.»

*L’IMC est calculé en divisant le poids d’un individu par sa taille au carré (par exemple: 80 divisé par 1,80 fois 1,80). Le surpoids qualifie les IMC compris entre 25 et 29,9. L’obésité correspond à un IMC supérieur à 30. (24 heures)

Créé: 28.07.2017, 06h39

En chiffres

60%


environ de la population étudiée présente une surcharge pondérale, selon la mesure IMC. 40% sont en surpoids et 17% sont obèses.

18%


des Lausannois de l’échantillon étudié sous-estiment leur poids alors que seulement 7% se voient plus gros que la réalité.

52%


des hommes lausannois en surpoids jugent leur corpulence «normale». Chez les Lausannoises, ce taux s’élève à 26%.

7%


des femmes souffrant d’obésité estiment que leur poids est dans la norme. Chez les hommes, ce pourcentage atteint 10%.

Les projections pour le canton de Vaud

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Pronostics inquiétants sur l’avenir pondéral des Vaudois

Se prêtant au jeu des prédictions, des médecins vaudois – parmi lesquels le professeur François Pralong, chef du Service d’endocrinologie du CHUV – ont réalisé d es projections sur les tendances en matière de surpoids en terre vaudoise à l’horizon 2040. On est loin, à les entendre, d’une stabilisation de l’épidémie.

«La prévalence de l’obésité est en constante augmentation dans notre région et les projections ne sont pas rassurantes. Il est essentiel de limiter cette tendance et la prévention devrait être intensifiée», relèvent les médecins dans l’article «Surpoids et obésité morbide dans le canton de Vaud: projections pour 2040», publié en mars dernier dans la Revue médicale suisse. Les spécialistes donnent une fourchette: d’ici 2040, on devrait dénombrer au minimum 19'500 nouveaux cas d’obésité et au maximum 79'500 cas.

Le but de ces prévisions est évidemment d’anticiper les besoins et d’adapter les politiques de santé afin de prendre en charge la population de façon satisfaisante. L’obésité est un problème mondial majeur mais aussi un défi régional, insistent les auteurs de l’article. Leurs recommandations: «Renforcer les compétences dans ce domaine (médecin, chirurgien, diététicien, psychologue, infirmière) pour s’occuper du nombre croissant de patients attendu au cours des prochaines décennies.» Aujourd’hui déjà, il faut prendre son mal en patience pour décrocher un rendez-vous à la Consultation du CHUV spécialisée dans l’obésité. La liste d’attente est longue.

En 2012, selon les derniers chiffres de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), la Suisse comptait 10% d’obèses. Notons que dans l’échantillon de la population lausannoise examiné par la Dre Rouiller, ce pourcentage est sensiblement plus élevé (17%).

L’urgence est sanitaire mais aussi financière. Le coût en Suisse de l’obésité et de ses conséquences (diabète, insuffisance cardiaque…) se chiffre en milliards (environ 8 milliards en 2011, selon le Swiss Medical Board).

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