Les Libres Penseurs voudraient recruter des jeunes et des femmes

CroyancesL’association vaudoise d’opposants à la religion a fusionné avec la section genevoise. Elle est en quête d’un renouveau.

De g. à dr., Ivo Caprara, François Bavaud et Patrick Goette, trois membres du comité de la Libre Pensée romande.

De g. à dr., Ivo Caprara, François Bavaud et Patrick Goette, trois membres du comité de la Libre Pensée romande. Image: Christian Brun

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Les sans-Dieu progressent. Plus d’un quart des Suisses rejette les cultes religieux, selon les statistiques. Un tiers des Vaudois ne croit en aucune divinité, quelle qu’elle soit. Cela réjouit forcément les Libres Penseurs, cette association créée il y a plus de cent ans pour diffuser l’incroyance. «Athées, agnostiques, sceptiques… nous sommes ouverts à tout le monde», précise Ivo Caprara (72 ans), membre de l’Association vaudoise de la Libre Pensée (AVLP) depuis trois décennies, actuel archiviste du mouvement.

Malgré la multiplication des mécréants, l’AVLP peine à recruter. L’association compte une centaine de disciples, surtout des hommes âgés. «Adhérer à un mouvement signifie s’exposer, s’impliquer et cela rebute pas mal de gens. Les jeunes n’ont pas un intérêt marqué pour cette question», regrette Patrick Goette (53ans) psychologue psychothérapeute et membre du comité. Comment faire pour redonner du pep à l’association? Comment séduire une nouvelle génération d’hérétiques 2.0?

Première mesure: les «Libre penseurs» vaudois ont fusionné mercredi soir avec la Libre Pensée de Genève (LPG), forte d’une cinquantaine de membres, afin de créer la Libre Pensée romande. Ce regroupement apportera une base élargie au club des impies. «Nous avons l’intention de faire des pages Web, des communiqués de presse pour réagir à l’actualité, de recruter et de créer des antennes locales dans les autres cantons romands», explique Patrick Goette, plein d’ambition.

«Comme les féministes»

Mais la Libre Pensée romande trouvera-t-elle plus d’écho? Après tout la liberté de croyance est un acquis et l’athéisme ne provoque plus le scandale. «Nous sommes pareils aux féministes historiques, qui se sont battues pour leurs droits et qui disent aux jeunes de faire attention. Il serait naïf de penser que les droits acquis le sont pour toujours», assure François Bavaud (57 ans) mathématicien et enseignant à l’Université de Lausanne. «Des forces religieuses guettent la moindre occasion pour mettre le pied dans la porte, on le voit avec le créationnisme dans l’enseignement.»

Au fond, que demande la Libre Pensée? D’abord, une stricte séparation entre l’Eglise et l’Etat. Dans le canton de Vaud, on en est loin: les autorités civiles continuent d’être assermentées à la cathédrale: le Canton encaisse l’impôt ecclésiastique pour le redistribuer aux Eglises chrétiennes; la Constitution prévoit que les communautés religieuses peuvent demander à être reconnues d’utilité publique pour financer des services d’aumôneries dans les prisons, les hôpitaux ou les écoles. «Les Eglises sont rémunérées pour mêler réconfort et prosélytisme dans des endroits où les gens sont vulnérables ou en détresse, un mélange des genres très dérangeant», estime François Bavaud. Les syndicats «sont aussi des services publics, mais ce n’est pas l’Etat qui les finance», fait remarquer Ivo Caprara.

Les contempteurs de la religion entendent également rester vigilants sur le droit à l’avortement, le droit à la mort assistée (Exit). Et ils souhaitent étendre leur offre de cérémonies laïques: «De plus en plus de personnes nous demandent des services de célébration pour des mariages ou des enterrements sans qu’il y ait de référence divine», indique Ivo Caprara. L’Association suisse des Libres Penseurs (dont les Romands sont une section) milite pour la laïcité en se gardant de stigmatiser les individus: elle désapprouve par exemple le port de la burqa mais la plupart de ses membres s’opposent à son interdiction.

Le plus gros «mouvement laïciste»

Les Libre Penseurs compteraient quelque 1700 membres actifs en Suisse, la plupart en Suisse alémanique. «C’est le plus important mouvement laïciste du pays», confirme le sociologue des religions Jörg Stolz. L’Observatoire des religions de l’Université de Lausanne a précisément entrepris une étude sur ces mouvements antireligieux. En Suisse romande, la Coordination laïque genevoise mène un combat similaire. Outre-Sarine on recense notamment des sections du mouvement des Sceptiques, l’organisation «IG Stiller» qui se bat contre le bruit des cloches ou encore des sympathisants de la Fondation Giordani Bruno. «Ces mouvements n’ont jamais été vraiment étudiés alors qu’on constate un renouveau international de la critique des religions», note Jörg Stolz.

Créé: 23.06.2017, 16h30

«Briser les chaînes»

La Libre Pensée est apparue officiellement en Suisse romande avec la création d’une section à Genève, en mai 1890. Cinq ans plus tard, une section vaudoise a été créée à Grandson.
Scientiste, humaniste, le mouvement n’a pas changé ses buts: il s’agit de «briser les chaînes du conditionnement de la pensée humaine» et de s’opposer «aux détenteurs d’une vérité révélée qui prétendent tout expliquer par la volonté divine», résumait en 1994 Maurice Manoukian, ancien président de l’association vaudoise.
En 1904, le comité militait déjà pour l’idée de refuser la quote-part de l’impôt cantonal destiné aux cultes. Plusieurs journaux relaieront ces idées. Le trimestriel «Le Libre Penseur» est actuellement l’organe officiel de la section romande. «Il fait un peu poussiéreux avec sa mise en page en noir et blanc, admet Patrick Goette, mais nous allons le rafraîchir.»
Les libres penseurs se défendent d’êtres intransigeants: «A une certaine époque notre virulence était une réaction contre la propre virulence des curés et des pasteurs, explique Ivo Caprara. Mais nous n’imposons jamais nos idées aux autres, nous pratiquons le doute et le dialogue raisonnable. Je pense même que le jour où tout le monde sera athée sera un triste jour, car j’aime tellement échanger avec des gens qui ont d’autres idées que les miennes.»

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