Line Dépraz: «Les pasteures brisent encore un cliché»

ReligionL’Eglise vaudoise est dirigée en majorité par des femmes. Un héritage de la Réforme, explique la pasteure et conseillère synodale lausannoise.

Ancienne pasteure de Chailly-La Cathédrale, Line Dépraz siège au Conseil synodal. Image: FLORIAN CELLA

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Sexiste, la religion? En tout cas pas chez les protestants! La série web «Ma femme est pasteure» le rappelle avec humour. L’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) accorde une grande importance à l’égalité parmi ses ministres. Bilan avec Line Dépraz, pasteure consacrée en 1994 et membre du Conseil synodal depuis 2009.

Est-ce que le fait d’être une femme joue un rôle particulier dans votre métier?

Personnellement, je n’en ai jamais fait une question de genre et je n’ai pas dû me battre pour le pastorat féminin. Je n’ai jamais eu l’impression de devoir prouver quelque chose ou de devoir faire mieux qu’un homme. C’est peut-être différent pour certaines collègues, mais j’ai la conviction que ce n’est pas lié au ministère, cela existe dans toutes les professions. De fait, les pasteures en général brisent un cliché: quand, pour tout le monde, le pasteur est un barbu quinquagénaire avec une croix autour du cou et portant des sandales toute l’année, toute femme excède, de fait, ce cadre-là. Mais je n’ai jamais dû en faire un combat féministe.

Une femme dirige le Synode de l’EERV. Et au Conseil synodal (exécutif) elles sont quatre sur sept. Diriez-vous que c’est une Eglise modèle en termes d’égalité?

Oui, heureusement, et nous pouvons en être fiers. Dans les Eglises issues de la Réforme, en Suisse et pour une grande part en Europe, il y a une pleine égalité pour l’accession à toutes les fonctions ecclésiales. Cela a pris du temps, la première femme au Conseil synodal a été élue en 2009. Ce n’est peut-être pas encore une évidence pour tout le monde, mais on a passé un cap.

Un des aspects qui ressort des 500 ans de la Réforme, c’est le constat d’une foi moderne. Le féminisme en fait-il partie?

Le féminisme, je ne sais pas, mais une place accordée aux femmes, c’est certain. Comparativement à leur époque, les réformateurs ont fait beaucoup pour cela. Quand ils ont remis au premier plan une théologie du mariage pour dire qu’il n’était pas admissible que les hommes se permettent tout au détriment des femmes, quand ils ont valorisé le rôle de l’éducation et du partage des tâches au sein d’une famille, ils ont donné une juste place aux femmes. Certes, Luther n’aurait pas voulu que sa femme devienne prédicatrice, mais la Réforme a posé les bases d’une longue évolution jusqu’à la situation actuelle.

L’égalité est loin d’être acquise partout. Les religions en général ne sont-elles pas sexistes?

C’est un problème d’interprétation. Le ministère féminin est évangélique, au sens premier du terme. Il n’est pas une concession à la modernité. Jésus est plus proche des femmes que beaucoup de personnes de son époque. Les premières à être témoins de sa résurrection sont des femmes, et ce sont elles qui vont l’annoncer. Le fait que des femmes puissent prêcher vient des Ecritures. En revanche, je suis d’accord avec vous sur ce que la tradition en a fait. Je suis triste pour les femmes des autres traditions, je pense qu’elles subissent une injustice. Ce n’est pas tant la Bible qui a un problème avec les femmes que la manière dont les traditions figent les doctrines.

Pourtant l’apôtre Paul, dans la lettre à Timothée, «ne permet pas à la femme d’enseigner».

Oui, il a des paroles très dures. Mais c’est le même Paul qui affirme avec force l’égalité hommes-femmes, dans la lettre aux Galates ou aux Corinthiens. Ce qui est complexe avec les textes, c’est qu’en prenant une phrase hors contexte on peut lui faire dire n’importe quoi. Paul a écrit beaucoup de lettres, et il se contredit parfois, cela permet de travailler l’interprétation.

N’est-ce pas une réalité que les disciples étaient des hommes et qu’on trouve plus d’hommes dans les Ecritures?

Jésus a choisi comme disciples douze travailleurs, il les a arrachés à leur premier métier pour leur en donner un deuxième. Les femmes, à l’époque, n’avaient pas de profession. Mais c’est aussi par un homme qu’il a été trahi et pas par une femme, si on lit bien les textes (rires). Les Écritures mettent en histoire davantage d’hommes, mais c’est qu’elles proviennent d’un bassin culturel où ils avaient une prééminence. La pleine égalité est possible chez nous, aujourd’hui, parce que c’est notre donnée culturelle. Tout le travail de l’Eglise consiste à traduire le message évangélique d’il y a 2000 ans pour aujourd’hui, et c’est un travail permanent.

Créé: 27.12.2016, 07h12

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