«Non, je n'avais pas l'intention de tuer ma fille»

LausanneJugée pour avoir tenté d’abattre son unique enfant, une mère peine à s’expliquer. Son geste a rendu la jeune femme infirme.

Face à ses juges, A* s’est montrée fermée et parfois insolente. Ses propos n’ont guère permis de mieux comprendre son geste.

Face à ses juges, A* s’est montrée fermée et parfois insolente. Ses propos n’ont guère permis de mieux comprendre son geste. Image: Gilles-Emmanuel Fiaux

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«Je me souviens de ma fille au sol qui me disait qu’elle ne bougeait plus ses jambes.» C’est l’un des seuls éléments précis du drame dont elle est responsable qu’évoque A*, sexagénaire accusée de tentative d’assassinat sur sa propre fille. La Cour criminelle du Tribunal de Lausanne tente de comprendre depuis lundi pourquoi cette pharmacienne reconvertie dans l’immobilier a vidé un chargeur en direction de P*, 27 ans, dans leur immeuble de l’avenue Vinet à Lausanne. La jeune femme est restée paraplégique à la suite de ses blessures.

Le déroulement des faits a pu être établi par l’enquête: appelée par sa fille afin de vérifier les comptes de l’immeuble dont elle était propriétaire, A* grimpe les étages munie de son sac à main contenant son ordinateur et un pistolet Beretta – elle s’adonnait au tir sportif – chargé, prêt à servir. Arrivée chez P*, elle demande à voir le lapin du colocataire, comme elle le faisait chaque fois. Profitant que sa fille lui tourne le dos pour prendre l’animal dans sa cage, elle tire un premier coup. P* se retourne et reçoit encore un, voire deux, des cinq projectiles qui seront tirés avant que l’arme ne s’enraie, que A* ne «se réveille» et n’empoigne son téléphone pour composer le 117.

A* raconte avoir eu l’intention de se suicider ce jour-là. En attestent, selon elle, deux documents: un testament et des dernières volontés dissimulés dans son lit et des aménagements dans la cave du bâtiment où elle aurait compté mettre fin à ses jours. Elle aurait été interrompue dans ses préparatifs par l’appel de sa fille. À partir de là, difficile d’obtenir une explication cohérente de la part de celle qui admet avoir connu des épisodes dépressifs et des insomnies ayant généré une prise prolongée de zolpidem, un inducteur de sommeil déconseillé à long terme.

Ma faute, c’est le désespoir

Pour l’ancienne pharmacienne, une partie de son geste trouve son origine dans cette dépendance. Ton cassant, attitude revêche, l’accusée qui a peu collaboré en cours d’enquête, répondant évasivement à l’expert-psychiatre et refusant de se prêter à la reconstitution, ne s’est pas montrée plus loquace face à la présidente Katia Elkaim: – Quand vous avez franchi le seuil de chez votre fille, aviez-vous déjà décidé de tirer sur elle?
– Je ne m’en souviens pas.
– Pourquoi l’avoir fait?
– Peut-être pour ne pas la laisser seule. J’étais sa seule famille […] J’avais des problèmes au travail, avec la gestion de l’immeuble. Peut-être que la prise de médicaments avait des effets secondaires. Certainement que j’ai considéré les choses comme plus graves qu’elles ne l’étaient. J’étais confuse.
– Au fond, votre faute c’est d’avoir pris des médicaments, pas d’avoir tiré sur votre fille?
– C’est du désespoir, pas une faute.
– Depuis combien de temps aviez-vous ce projet d’emporter votre fille?
– Ce n’était pas préparé. C’est venu très peu de temps avant, je ne sais pas la raison, c’est comme ça. Une version contredite par d’autres: «Elle a affirmé plus d’une fois qu’elle voulait mettre fin à ses jours et m’emporter avec elle, affirme P* par la suite. Je précise qu’à chaque fois, elle était sous l’influence de l’alcool.»

P* a été entendue hors de la présence de sa mère. «Pour ne pas que sa vue ne biaise mon jugement», a expliqué la jeune femme qui lutte tant pour tenter de recouvrer sa mobilité que pour conserver dignité et élégance dans la chaise roulante où les balles de sa mère l’ont assise. Elle explique avoir pardonné, avoir maintenu contacts téléphoniques et épistolaires et implore la clémence des juges: «Quoi qu’elle m’ait fait, elle reste ma mère. Quand elle sortira, j’espère qu’elle poussera mon fauteuil. J’ai encore espoir qu’un jour on aura une vraie relation mère-fille.»

P* aussi analyse les faits sous l’angle de la dépression maternelle. L’expertise psychiatrique a d’ailleurs pu déterminer que A* souffrait de troubles de la personnalité borderline, avec des traits narcissiques et des tendances suicidaires, induisant une diminution moyenne de sa responsabilité. «Au fond, je savais qu’un jour quelque chose devait se passer, soupire P*. J’avais demandé du secours plein de fois, mais personne ne m’a crue.»

Propriétaire de quatre appartements en Italie et de l’immeuble de l’avenue Vinet à Lausanne, A* aurait-elle pu craquer sous la pression de difficultés financières, comme elle l’aurait confié à sa fille au cours d’un échange violent, affirmant qu’elles étaient ruinées? Ni l’une ni l’autre n’en dira rien. Le procès se poursuit mardi.

* Noms connus de la rédaction

Créé: 24.06.2019, 20h02

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