Une lutte intestine ronge Switcher

EconomieSous le feu de la critique alors que la société est au plus mal, un membre de la famille indienne qui détient Switcher a décidé de parler.

Le magasin Switcher de la Coop Caroline à Lausanne a fermé. Les employés ne sont plus payés depuis plus d’un mois.

Le magasin Switcher de la Coop Caroline à Lausanne a fermé. Les employés ne sont plus payés depuis plus d’un mois. Image: Philippe Maeder

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Switcher, une success story vaudoise, une entreprise garante du commerce équitable. Plus qu’une marque, un emblème. Mais derrière cette fabuleuse aventure lancée en 1981 par Robin Cornelius se propage désormais une guerre où les coups fusent. Vendredi dernier, on apprenait que la quarantaine d’employés de Switcher ne sont plus payés depuis le mois d’avril. On découvrait que les poursuites contre la société se montent à plus de 3 millions de francs. Que les fournisseurs ne sont plus payés, que le CEO Alban Dupuis a démissionné le 2 mai et qu’une audience de faillite se tiendra le 26 mai au Tribunal d’arrondissement de Lausanne. Le business allait mal. Tout le monde le concède. La faute à une clientèle qui tournait le dos aux T-shirts de la marque suisse? Peu probable. Preuve en est les nombreux sauveurs qui se sont manifestés depuis le grand déballage du fiasco de la baleine jaune. Que ce soit le fondateur, l’ex-CEO ou un groupe d’employés prêts à reprendre l’entreprise basée au Mont-sur-Lausanne, tous s’accordent sur un point: Switcher est viable. Et les clients sont fidèles. Les clans se déchirent

Les problèmes sont ailleurs. Et, dans cette histoire où seul un juge sera peut-être en mesure de trancher, les clans se déchirent désormais par avocats interposés. Pour comprendre, il faut revenir au commencement de l’aventure. Le fondateur, Robin Cornelius, s’était allié à un producteur de textile en Inde du nom de famille Duraiswamy. En 2010, sous le nom de PGC, le groupe indien devenait majoritaire tout en laissant Robin Cornelius aux commandes.

Fin 2014, les deux fils Durais­wamy reprenaient le flambeau et rachetaient dans la foulée des parts de Switcher pour atteindre les 86%. Robin Cornelius en conservait 14%. Tout en restant actionnaire, il quittait alors la société. Puis, fin 2015, il lançait des poursuites contre son bébé pour plus de 700 000 francs. De l’argent dû par les Indiens, a-t-il toujours affirmé.

Depuis la dégringolade publique de Switcher ces derniers jours, les actionnaires principaux indiens passaient pour les grands absents. Lundi, le président de PGC écrivait enfin un courriel aux employés suisses dans lequel il expliquait la situation actuelle.

La version de l’Inde

Vendredi, un membre de la famille Duraiswamy, qui a fait le voyage jusqu’en Suisse, a souhaité donner en détail sa version. Sa démarche est anonyme. Par crainte des mesures ordonnées par un juge suisse empêchant certains membres de PGC de parler à la presse. «En six ans, nous avons perdu 40 millions avec Switcher, affirme-t-il. Si nous avions abandonné Switcher, comme certains ont pu le dire, pourquoi aurions-nous donc injecté autant d’argent dans cette société depuis des années? Aujourd’hui, nous avons tout à perdre. Comme les créanciers impayés et les salariés.» Au dire de ce membre de la famille à la tête de Switcher, Robin Cornelius empêcherait les salariés d’être payés. «Il a fait bloquer un compte bancaire d’une Sàrl de Switcher d’où les liquidités arrivent.» A leurs yeux, le fondateur de Switcher essayerait aujourd’hui de conduire ainsi la société à la faillite.

Le conflit ne date pas d’hier. «Au moment où nous avons investi dans Switcher, un rapport disait que la société avait 4,5 millions de cash et garantissait de très bons revenus pour cinq ans. Mais, dès l’acquisition de Switcher par PGC, nous avons découvert que la société allait très mal. En 2010, elle a fait près de 5 millions de pertes. Jusqu’en 2014, nous avons continué à faire confiance au fondateur, avec qui nous avions eu une très belle collaboration par le passé. Mais la situation n’a fait que se détériorer. Nous avons dû injecter des millions pour maintenir la barre. Et, pendant ce temps-là, Robin Cornelius, lui aussi actionnaire, n’a jamais mis un dollar. Au contraire, il percevait un salaire de 500 000 fr. par an, et cela malgré les problèmes financiers.»

Aux yeux des investisseurs indiens, la société a finalement souffert d’un «mauvais management». En 2014, Switcher aurait déjà évité la faillite et créé d’importants dommages à PGC. Les Indiens, comme le confirment de nombreux autres informateurs, pointent du doigt la mésentente profonde entre Robin Cornelius et l’ex-CEO Alban Dupuis, qui avait repris l’opérationnel à un moment où Switcher accusait les coups. «Lorsque Robin a perdu le contrôle de l’entreprise, il n’a pas supporté la situation, clame un membre de la famille Durais­wamy. Nous avons donc été plus que surpris de les voir ensemble dans la presse récemment. Nous avons toutefois toujours eu confiance en Alban Dupuis.» (24 heures)

Créé: 20.05.2016, 21h45

«Ce qui a tué Switcher, c’est une question de gestion»

Face aux accusations, le fondateur de Switcher, Robin Cornelius, se défend: «J’ai mis aux poursuites Switcher car je n’étais pas payé. Il est faux de dire que c’est à cause de moi que les employés n’ont pas reçu leur salaire. Mes avocats ont fait bloquer le compte bancaire de Switcher Pro Sàrl, qui n’est pas le compte salaire de Switcher. Cela afin de comprendre pourquoi plusieurs sociétés ont été créées à la fin de l’année dernière. Est-ce que Switcher est devenu une coquille vide? Qui est derrière ces sociétés et à quoi servent-elles? J’estime, en tant qu’actionnaire, avoir le droit de savoir. J’essaie aussi de comprendre pourquoi les marques Switcher ont été transférées récemment à une société basée à Singapour.»

Robin Cornelius confirme que les Indiens ont injecté, en deux fois, 25,5 millions pour acheter des parts de Switcher. «Aujourd’hui, on veut me rendre responsable de la situation actuelle. Mais je rappelle que je ne suis plus dans l’entreprise depuis fin 2014 et que, dès 2011, Alban Dupuis était CEO, alors que j’étais président du conseil. Je ne gérais donc ni l’exécutif ni la finance.»

Selon lui, Switcher était une bonne entreprise lorsque la famille Duraiswamy est devenue majoritaire. «Oui, je gagnais 500'000 fr. par an; cela avait été voté par le conseil d’administration. Je ne prenais pas de dividende. J’ai aussi renoncé à toute indemnité de départ. Je m’occupais de l’identité de la marque; j’ai aussi eu l’idée de faire les Geelee, qui ont cartonné.» Les divergences de vues entre les acteurs de Switcher ont-elles tué la baleine jaune? «Ce qui a tué Switcher, c’est une question de gestion. Nos divergences de vues ne portaient que sur la vision et l’émotionnel.»

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