Les lynx vaudois ont été décimés par les accidents de la route

FauneDepuis l’automne, pas moins de sept félins protégés ont été fauchés. Sont-ils en danger ou trop nombreux?

Malgré l’hécatombe de l’hiver dernier, le lynx n’est pas menacé d’extinction dans le Jura vaudois.

Malgré l’hécatombe de l’hiver dernier, le lynx n’est pas menacé d’extinction dans le Jura vaudois. Image: SERVICE DE LA FAUNE VAUDOISE

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Les services de la faune estiment à «99%» la probabilité d’avoir retrouvé et identifié le jeune lynx qui avait ému tout Vallorbe en décembre dernier. Il avait pris ses habitudes auprès des gamelles laissées sans surveillance, dans plusieurs jardins et terrasses de la cité du fer. Le félin a finalement été retrouvé près de la semi-autoroute A9b, au niveau de la douane du Creux, mort.

Ce lynx d’Europe n’est toutefois pas le seul à avoir été tué sur les routes. Une importante série de ces félins protégés ont perdu la vie près des chaussées depuis l’automne 2015: deux lynx ont été tués dans les Préalpes (l’un a dû être achevé après avoir été touché par un véhicule et l’autre a été heurté par le train Aigle-Ollon) et deux adultes ont été retrouvés à deux pas de la frontière, côté français. S’y ajoutent une mère au bord d’une route des Clées, et pas moins de deux jeunes – probablement ses orphelins – dans le Nord vaudois. Si l’on compte encore le braconnage de la femelle «B123» dans la région de Bière, cela fait huit morts au total. A titre de comparaison, 14 lynx avaient perdu la vie durant toute l’année 2014 et dans toute la Suisse. Pour la population du Jura-Sud, qui était estimée à une petite vingtaine d’adultes l’an dernier, il manque désormais quatre reproducteurs, et une part de la relève.

Baisse locale

«Le tout depuis septembre, cela fait beaucoup, note Frédéric Hofmann, chef de la Section chasse, pêche et surveillance. Il s’est visiblement passé quelque chose d’atypique cet automne. On n’a jamais constaté une pareille mortalité sur une période si restreinte.» Reste que l’espèce n’est pas menacée d’extinction pour autant. «Cela concerne une petite fraction de la population, poursuit-il, mais qui est loin d’être négligeable.»

Responsable du monitoring fédéral des grands prédateurs, le bureau KORA va dans le même sens. «L’impact est difficile à juger sans dénombrement récent, explique leur spécialiste des lynx, Fridolin Zimmermann. Toutefois, selon le comptage de l’hiver dernier, la densité de lynx dans le Jura vaudois est stable. Une partie des pertes concerne des juvéniles, dont le taux de survie est faible, de manière générale. Les femelles qui ont des petits sont plus mobiles à partir de l’automne, et de ce fait les petits sont plus exposés au trafic.» Il reprend. «Il peut y avoir des freins locaux dans la démographie si une femelle disparaît. Mais vu la situation de la population, ce territoire devrait rapidement être à nouveau occupé.»

Les spécialistes se posent toutefois des questions sur l’avenir du félidé. Presque tous les lynx sont issus d’individus lâchés dans les années 1970, originaires de la même région des Carpates. Ils auront, à terme et d’un point de vue génétique, besoin de connexions avec d’autres bassins de population.

Chasseurs aux aguets

Cette série de lynx fauchés sur les routes ne trouve pas la même explication partout. Pour Pro Natura, c’est la faute à l’inévitable augmentation du trafic routier, notamment sur des axes utilisés par la faune, comme le secteur du Creux.

Pour les chasseurs vaudois, c’est la faute à la surpopulation de lynx. «Si on le retrouve au bord de la route, c’est qu’il prolifère et qu’il est plus présent sur le territoire, juge Pascal Hügli, responsable des grands prédateurs à la Diana vaudoise. Il en faudrait 1,5 pour 100 km2. On en est à 3,26 lynx dans le Jura, c’est plus du double.» Député de la Vallée et amoureux de la nature, Dominique Bonny abonde dans ce sens. Il avait déposé en janvier 2015 une motion appelant à stériliser les félins (lire ci-dessous): «Les chevreuils tués sur la route diminuent, on en voit moins en troupeau, réagit-il. Sous les effets du lynx, le gibier a fortement diminué par endroits. Des secteurs sont même restés fermés aux chasseurs cette saison!» Pascal Hügli est catégorique. «Le plan fédéral de gestion du lynx est entré en vigueur début janvier. On a maintenant les moyens politiques de le réguler, et c’est ce qu’on demande.»

Ces moyens? La capture et le déplacement de lynx à l’étranger, voire le tir. Le Canton promet depuis plusieurs années des translocations aux chasseurs et il est prévu de capturer une dizaine de lynx dès l’hiver prochain sur tout l’arc jurassien. «La récente mortalité de lynx ne remet pas en question les efforts conduits pour cette campagne de translocation, la densité est suffisante dans le Jura», confirme Frédéric Hofmann.

Reste à les attraper. C’était d’ailleurs ce qu’ont tenté de faire les services de la faune avec le jeune lynx qui rôdait près de Vallorbe. En vain.

Créé: 07.03.2016, 17h19

La stérilisation des lynx est peu probable

C’était la proposition du député Dominique Bonny, dans un élan de bonne volonté en janvier 2014 au Grand Conseil: «Les lynx sont trop nombreux, et on en capture de temps à autre pour leur mettre des colliers émetteurs. Pourquoi ne pas en profiter pour en stériliser et limiter la population?» Une idée qui avait le mérite d’ôter une épine de la patte du Canton face au lobby des chasseurs. Pour l’instant, l’Office fédéral de l’environnement n’autorise que des translocations de lynx en bonne santé, inoffensifs et adultes. Difficile de trouver la perle rare.

Quant au tir, il ne doit concerner, avec l’aval de Berne, que des félins ayant boulotté au moins quinze bêtes de rentes en un an, ou en dernier recours, dans les cas de surpopulation avérée. «Et surtout aucun canton ne veut être le premier à tirer un lynx», souligne une source proche du dossier. Reste que la stérilisation des lynx risque de se faire attendre. «Ce qu’on peut dire en l’état, c’est que la thématique n’est pas explicitement réglée par le droit fédéral, répond Frédéric Hofmann. Cette méthode serait une première en Suisse dans le domaine de la gestion de la faune sauvage, mais rien n’est réglé à ce jour.» Personne ne se prononce quant à l’utilité de la mesure, jugée difficile à mettre en œuvre dans la nature. Un lynx n’est pas un matou dans un cabinet de vétérinaire.

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