«Envisager le pire, c’est mon job toute l’année»

La CôteResponsable de la quiétude des festivaliers de l’Asse, Pascal Viot vivra en juillet une édition «post-attentats» un peu particulière.

Le plus grand danger étant de céder aux solutions toutes faites, Pascal Viot prend le temps de la raison.

Le plus grand danger étant de céder aux solutions toutes faites, Pascal Viot prend le temps de la raison. Image: Philippe Maeder

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L’homme est d’un calme absolu. On le croirait sorti tout juste d’une séance de méditation zen. Et pourtant c’est sur ses épaules que repose la sécurité des presque 250'000 personnes qui se presseront cet été sur l’Asse. A l’heure où la billetterie du Paléo affiche «complet» et où nombre d’organisateurs suent devant une menace d’attentat aussi crainte que présumée, Pascal Viot, responsable sécurité du Paléo, semble respirer la sérénité.

Avril a dévoilé ses premières chaleurs lorsque nous le rencontrons dans les bureaux du festival. L’idée: sonder le bonhomme, voir comment et où il va alors que jamais la pression sécuritaire n’aura été aussi forte pour les grands raouts populaires (lire ci-contre). Mais la menace, le risque, Pascal Viot n’a jamais cessé de s’y préparer. Titulaire d’un doctorat de l’EPFL en architecture et science de la ville, chargé de cours en sociologie urbaine et auteur d’une thèse sur le «Territoire sécurisé des grandes manifestations contemporaines», il est une référence européenne en matière de sécurité et de gestion des foules. Envisager les pires scénarios, «c’est mon job toute l’année». Il n’empêche que tout s’est corsé avec les attentats de Paris, le 13 novembre dernier.

«Tout a changé»

«Deux mois plus tôt, on s’était réuni à Hambourg avec les membres du Yourope Event Safety Group. On a parlé du terrorisme, qui a toujours fait partie de l’inventaire des risques. Mais, moi comme d’autres, on ne se sentait pas vraiment concerné.» Et puis les kalachnikovs ont arrosé des jeunes sur des terrasses et dans une salle de concert. «Alors, tout a changé. Le risque est passé de rationnellement sous-estimé à potentiellement surestimé par l’émotion suscitée.»

Pas question pour autant de sacrifier les principes fondamentaux de l’organisation nyonnaise: on réfléchit – parfois longtemps – puis on agit, «s’il y a lieu d’agir. Mon travail, c’est d’anticiper, d’analyser et d’être le moins possible dans la réaction», explique Pascal Viot. Autrement dit, on ne connaîtra pas (encore) les mesures pour cette édition «post-attentats». «Mais il y en aura, communiquées uniquement si elles impactent directement les festivaliers. Il y a une attente, pas seulement médiatique, sur ces questions. Des festivaliers nous demandent des précisions. Des collaborateurs bénévoles aussi.»

Fouiller ou ne pas fouiller

Le staff sécurité, justement, c’est plus d’un millier de gilets jaunes qui gardent les accès, patrouillent sur les sites, dialoguent avec les festivaliers. Et les fouilles? «Cela fait partie des questions récurrentes.» Sans formellement la rejeter, le patron de la sécu semble sceptique sur cette solution. «Elle pourrait poser plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. Actuellement, on entre sur le site en une quinzaine de minutes au maximum. En fouillant, on créera de nouvelles zones d’attroupement, notamment à l’entrée. Ce qui n’est évidemment pas souhaitable en termes de sécurité.»

Et puis, si l’on fouille parce que l’on craint de trouver des armes ou des explosifs, peut-on vraiment confier cette charge à des bénévoles? «Certainement pas! Il faudrait faire appel à des sociétés spécialisées, avec des agents spécifiquement entraînés.» L’hypothèse d’un renforcement des contrôles d’accès n’est toutefois pas exclue. «Différentes variantes sont à l’étude avec la police et les autorités.»

«Des laboratoires à l'échelle 1:1»

Alors Pascal Viot et son équipe affinent. «Chaque fois qu’une probabilité devient une réalité – orage à la fête de gym à Bienne, tempête au Pukkelpop en Belgique… –, nous précisons nos procédures. C’est aussi valable pour les attentats.» Mettre les théories à l’épreuve de la réalité, c’est justement tout l’intérêt de l’Euro à venir, pour Pascal Viot. «C’est pour nous un laboratoire à l’échelle 1:1. On pourra vraiment mesurer l’impact de mesures que l’on pourrait prendre.» Le conditionnel encore. «Parce qu’il n’y a pas de standards dans les risques. On est dans l’adaptation permanente.» Une adaptation à une réalité posée, pas aux discours tonitruants. «Je me méfie autant de la fatalité que de la poudre aux yeux. Si on écoute les «y-a-qu’à», on arrive à une frénésie de mesures pas vraiment réfléchies qui génèrent de nouveaux risques.» (24 heures)

Créé: 24.04.2016, 19h51

Fête de lutte: exercice grandeur nature

Avec 270'000 spectateurs attendus sur un week-end en août à Payerne, la Fête fédérale de lutte Estavayer2016 sera l’événement populaire numéro un du pays cette année. Le risque terroriste? «Un événement avec une telle visibilité impose de toute façon des mesures particulières et conséquentes, indique un spécialiste de la sécurité proche de l’organisation. Le risque terroriste fait partie des scénarios, au même titre que la chute d’un avion sur l’arène. Tout est possible. Après, c’est une question de probabilités. Les attentats de Paris et de Bruxelles ont démontré que le risque était moins éloigné que lors du 11 septembre, mais la Suisse n’est apparemment pas une cible.»

Le silence est bien gardé sur les moyens prévus. On sait juste qu’il s’agira «d’un déploiement exceptionnel de l’armée et de la police», selon une source. C.A.

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