[Vidéo] Les maçons bâtissent leur retraite dans la rue

LausanneIls étaient près de 4000 à répondre à l’appel des syndicats pour défendre les conditions de travail de la branche en Suisse. Une manifestation précisément orchestrée par Unia.

Comme à Neuchâtel, à Genève ou au Tessin, les maçons vaudois entrent en grève.
Vidéo: ANETKA MÜHLEMANN

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La majorité des chantiers vaudois étaient fermés ce lundi matin, ou tournaient au ralenti. Et pour cause, l’essentiel des maçons actifs sur le canton de Vaud s’était déplacé à Ouchy en attendant le départ, vers 13h30, d’un important cortège à travers les rues de Lausanne. Il s’est étiré au centre-ville jusqu’en fin d’après-midi, réunissant plus de 4000 maçons, selon le syndicat Unia. Cela fait des mois que la tension monte au sein de la profession, en raison de l’approche du terme de la convention nationale qui lie employés et patrons. Or les négociations sont bloquées. Pour les syndicalistes, la manifestation de lundi avait tout du tour de chauffe avant la vraie confrontation, ce mardi à Zurich, sur les terres de la Société suisse des entrepreneurs. Une délégation vaudoise sera du voyage, promet le syndicat Unia.

On se lève tôt pour bosser sur les chantiers. Avant 6h, lundi matin, les ouvriers étaient déjà en train de quitter certains postes de travail. Destination: la place de la Navigation, à Ouchy, recouverte d’une imposante cantine. Sur les routes, une quarantaine de bus avaient été affrétés pour faire le tour des chantiers. Un militant nous explique que des hommes ont été placés aux entrées afin d’en bloquer les accès. «À certains endroits, il a fallu tirer les fusibles parce qu’il y a des sous-traitants qui voulaient travailler, détaille-t-il. C’est déloyal, ils ne sont pas affiliés aux conventions collectives.»

Les maçons syndiqués, eux, ont accouru de tous les coins du canton. Bien préparée, la mobilisation vaudoise est telle que les syndicats se sont débattus pour organiser le transport des troupes. «On a tellement de monde dans le Nord vaudois qu’on est à cours de bus et nous négocions avec les CFF pour pallier ce manque», confie Pietro Carobbio, syndicaliste d’Unia Vaud, en charge du secteur de la construction.

À Ouchy, les casquettes syndicales rouges se dirigent toutes aux abords de la tente. C’est là que l’on se regroupe, que l’on galvanise les troupes. Au micro, on rappelle les raisons de cette journée: la remise en question de la retraite anticipée à 60 ans est soumise en premier lieu à l’applaudimètre. Elle suscite un tonnerre. Il retentira encore à l’évocation des horaires flexibles, qui permettraient d’augmenter le temps de travail à 50 heures par semaine et 12 heures par jour entre mars et décembre.

Point sensible, la retraite

Les maçons crient fort. Une colère qu’ils partagent volontiers tant la question de la retraite paraît sensible. «J’ai 43 ans et j’ai déjà mal partout, confie Albino Cumbe, venu de Chavornay. Alors je donne des coups de main à mes collègues qui ont plus de 50 ans, mais c’est inacceptable d’imaginer qu’on peut faire ce métier au-delà de 60 ans.» Son confrère Samy Ousmani, âgé de 30 ans, ne dit pas autre chose: «Je n’ai pas retenu tout ce qu’on nous a expliqué mais on voit beaucoup d’anciens sur les chantiers, dit-il. Moi je suis jeune, je peux accumuler les heures, mais eux, ils (ndlr: les patrons) veulent les mettre dans la tombe.»

Vite fait, mal fait

Non loin de là, un groupe évoque le retour au pays. «On vit de mieux en mieux au Portugal et de plus en plus mal ici alors, si ça ne va plus, on pourrait tout aussi bien partir», songe Joel Reis en se référant aux augmentations constantes des primes maladie. Dans le même temps, «les maçons n’ont pas été augmentés depuis quatre ans», martèlent les syndicats.

Un autre maçon évoque clairement «la fin de la qualité suisse». «Il y a toujours plus de pression sur les chantiers, tout doit se faire vite, dit-il. Le résultat, c’est qu’on n’arrive pas à faire le travail comme il faut.»

Le mouvement ouvrier enfle depuis le 15 octobre, date à laquelle les maçons étaient descendus dans la rue au Tessin. Après Fribourg, le Valais, Genève ou encore Berne, c’était au tour de Lausanne d’accueillir la grogne des maçons. Le cortège annoncé pour 13 h 30 a mis un peu de temps à se mettre en place. Au besoin, les organisateurs temporisaient, histoire de s’assurer que toute la largeur des avenues traversées était bien occupée. Le camion embarquait une généreuse sono. D’abord pour la musique.

Sous le pont de la gare résonne un chant révolutionnaire portugais, repris en cœur par la foule. Est-ce sa force qui a arraché les larmes de cette femme de passage? On n’ose pas troubler son émotion mais elle ramasse un tract au passage. Plus loin, le long de l’avenue Ruchonnet, l’impressionnant cortège s’adresse en hurlant aux représentants romands de la Société suisse des entrepreneurs: «Patron, t’es foutu, les maçons sont dans la rue». Le rendez-vous est pris pour ce mardi à Zurich.

(24 heures)

Créé: 05.11.2018, 09h30

Le dialogue contre le dumping

Divergences

Les maçons vaudois étaient dans la rue, mais ce n’est pas pour défendre leurs propres conditions de travail. La Société suisse des entrepreneurs (SSE) ne semble pas pressée de renouveler la convention nationale de travail.

Une ligne ultralibérale que les patrons vaudois ne partagent pas entièrement. «Nous ne soutenons pas cette mobilisation, car elle perturbe l’organisation des chantiers, rectifie René Grandjean, secrétaire patronal à la Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE). Mais nous répétons aux travailleurs que leurs retraites ne sont pas menacées.»

En effet, le Canton de Vaud semble entretenir un dialogue qui ne semble pas avoir cours outre-Sarine. La FVE s’adressait lundi aux maçons dans les pages de plusieurs quotidiens, en leur rappelant que leur caisse de retraite était «en bonne santé» et gérée à la fois par le syndicat UNIA et la FVE. Le salaire minimum d’un maçon qualifié (5633 francs) est «parmi les plus élevés du secteur», avec 5 semaines de vacances (6 à partir de 50 ans).

Enfin, le Canton est le seul à avoir mis en place un fonds spécial intempéries, avec le soutien des syndicats, des patrons et du Conseil d’État. «Contrairement à d’autres régions de Suisse, nous ne souhaitons pas un vide conventionnel», explique René Grandjean. Pour lui, l’absence de convention de travail ne ferait que favoriser l’implantation d’entreprises qui tireraient les prix vers le bas. Un risque de dumping dont le Canton veut encore se préserver.

Galerie photo

La grève des maçons gagne le canton de Vaud

La grève des maçons gagne le canton de Vaud Pour défendre leurs conditions de travail et l'âge de leur retraite, plus de 4000 maçons vaudois sont attendus à Lausanne. Des perturbations sont attendues.

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