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Sans marché, ils ont trouvé... de nouveaux marchés

Alors que Lausanne rouvrira quelques stands, les autres marchands forains tentent de sauver leur année. Coup de sonde.

Patrick Demont vend beaucoup moins son lait en vrac à la ferme qu'au marché de Lausanne.
Patrick Demont vend beaucoup moins son lait en vrac à la ferme qu'au marché de Lausanne.
Patrick Martin

Antonio Angelucci travaille comme un fou mais ne vend pas grand-chose. Le marchand de fromages et de charcuterie italiens de la place de la Riponne, à Lausanne, avoue «une énorme baisse du chiffre d’affaires» depuis la fermeture des marchés urbains. Quand on lui annonce que Lausanne va autoriser une trentaine de stands dès le 15 avril, il a une lueur d’espoir avant d’apprendre que ce ne sera que pour les maraîchers.

«J’ai récupéré des frigos dans mon dépôt du chemin du Trabandan mais les gens ne me trouvent pas ici. Je garde le moral parce que c’est ma nature, je me dis que ça va aller mieux un jour…» Le marchand dit pouvoir tenir deux mois mais il s’énerve quand même contre la «faveur» faite aux supermarchés: «Pourquoi est-ce que les gros peuvent devenir encore plus gros alors que nous devons fermer?»

Les poches vides

Son presque voisin, le fromager Jacques Duttweiler, a toujours le verbe haut: «Ce sont toujours les gros qui se remplissent les poches alors qu’on vide les nôtres.» Alors qu’il est en train de remettre son commerce, il a d’abord perdu les restaurants, 50% de son chiffre, avant de perdre les marchés de Vevey et de Lausanne. «On vient d’investir dans un nouveau dépôt à Forel. Les caisses sont vides et les banquiers, quand on est dans la mouise, ils te regardent de haut alors que les factures s’entassent.» Il fait de la vente directe, mais les clients montent rarement…

Patrick Demont, lui, a l’habitude de voir les Lausannois faire la queue devant sa remorque, place de la Palud, pour se fournir en lait en vrac. «Ce n’était pas l’essentiel de mon chiffre d’affaires, mais le marché représentait la moitié de mon revenu puisque c’est quasi mon seul canal de vente.» Et peu de bobos lausannois montent à Cugy se fournir à la ferme qui continue à produire crème et yoghourts pour ses habitués.

Limiter la casse

D’autres s’en sortent un peu mieux. Frédéric Pérusset vient de reprendre la boucherie Roch, à Orbe, avec son frère, fermant celle de Baulmes. Mais c’est bien sur leur stand à Morges qu’ils faisaient l’essentiel de leur chiffre. «On avait 300 clients par matinée devant le stand. Heureusement, une partie vient à Orbe et le magasin travaille mieux que la normale. Mais il y a moins de 100 personnes par jour.»

Résultat: chômage partiel pour le personnel. «J’ai même bricolé un drive-in devant le magasin avec deux interphones de maison. Ça fonctionne si bien que je crois que je vais le garder après la crise…»

Même constat pour Alain Schmid, son voisin de stand à Morges. «Ma pêcherie à Saint-Sulpice n’a jamais connu autant de monde, les gens font parfois la queue devant. J’ai perdu la majorité des restaurants, et ceux d’entre eux qui font take-away font de toutes petites commandes. Je ne me plains pas mais on fonctionne vraiment au ralenti. Heureusement, on n’a pas une énorme pêche pour le moment sur le lac.»

Avec sa microferme, Nicolas von Moos utilisait le marché comme seul canal de vente pour les produits issus de ses cochons de Servion. «J’avais en plus un arrière de bœuf quand ils ont arrêté le marché. On a réussi à le placer grâce à des amis. Autrement, on livre, on vend ici à la ferme. Je travaille autant avec les colis et les commandes, mais c’est un demi-régime. En plus, à l’abattoir, on respecte les distances, ça nous ralentit beaucoup.»

Avec leurs fleurs coupées, les Visinand gardent espoir après avoir ouvert un self-service à Blonay et l’aide des réseaux sociaux pour assurer 50% du chiffre du marché de Lausanne. «Ça a amorti les investissements en plante, explique Chantal Visinand. Mais nous sommes inquiets, nous ne pourrons pas forcément assurer les salaires. Pour le reste, on continue à cultiver comme si de rien n’était en vue d’une reprise. Pourtant, les fleurs sont de première nécessité pour l’âme des gens.»

Ceux qui s’en sortent bien

Cela ne faisait qu’un an que les Chappuis parquaient leur remorque des Saveurs du Coin sur la place Saint-François. «Nous avions commencé à nous faire une clientèle fidèle avec la viande de nos cochons», regrette Valérie Chappuis.

La famille a désormais parqué sa remorque devant le laboratoire de Lussery-Villars et vend tous les jours. «Les gens ont du temps, ils viennent, ils regardent, ils découvrent. Ça marche bien. Et nous avons monté un service de livraison large. Résultat: nous tuons davantage de bêtes qu’avant.»

L’équipe de Dame Gingembre respire: «On avait très peur, explique Amélie Jarlier, le marché de Lausanne représentait la moitié de nos ventes. Mais nous avions la chance d’avoir déjà un site d’e-commerce. Nous avons pas mal investi sur Facebook, accepté les commandes par SMS, par WhatsApp, etc. Et le mois de mars va être un de nos meilleurs mois depuis la création.»

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