Ces maris qui épousent le nom de leur femme

SociétéMalgré l’évolution du droit en 2013, moins de 1% des nouveaux couples optent pour le patronyme de l’épouse comme nom de famille unique. Témoignages.

M. et Mme Bertoncini, Mme et M. Reymond et famille et Mme et M. Rapin.

M. et Mme Bertoncini, Mme et M. Reymond et famille et Mme et M. Rapin. Image: Olivier Vogelsang

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Prendre le nom de famille de son épouse en se mariant. Voilà un domaine où l’égalité hommes-femmes n’est pas pour demain puisque, selon un sondage informel réalisé auprès de quelques officiers d’état civil par le responsable de la communication du Service de la population du Canton de Vaud, ce choix serait effectué par… moins de 1% des couples. Soit, à la louche, une trentaine de cas dans notre canton, où se célèbrent entre 3300 et 4000 cérémonies d’union par le mariage chaque année.

Le poids de la tradition

«Ce chiffre reflète le poids de la tradition selon laquelle l’ensemble d’une famille nucléaire se retrouve rattaché à l’homme, commente Maribel Rodriguez, cheffe du Bureau de l’égalité. Alors qu’actuellement le taux de divorce est de presque un mariage sur deux (40%), et que dans bien des cas la plus large part de la garde des enfants revient à la mère, on aurait pu penser que la modification du droit du nom en 2013, qui visait à mettre sur un pied d’égalité les conjoints en leur permettant de conserver leur nom de célibataire, aurait connu un plus grand engouement. Mais c’était compter sans le fait que les personnes, quand elles se marient, ne se projettent pas dans une éventuelle dissolution future du mariage.»

Mais alors qu’est-ce qui pousse quand même quelques hommes à prendre le nom de leur épouse au moment de se passer la bague au doigt? Sur les cinq avec qui nous avons pu échanger, deux y ont vu un moyen de tourner une page, de rompre symboliquement avec une famille qui ne leur a pas laissé que de bons souvenirs. «J’étais le seul en Suisse à porter ce nom, tenu de mon père que j’avais perdu de vue», raconte ainsi Pascal, qui a pris un nom bien vaudois en se mariant en 2001. Il ne désire toutefois pas qu’on le publie, puisque son couple est désormais séparé. «Prendre le nom de ma femme, qui venait d’une famille nombreuse et bien ancrée, me semblait avoir bien plus de sens. Mes beaux-parents ont été un peu surpris, mais au final ils en étaient plutôt fiers.»

Ancrage local

Pour deux autres maris, c’est la portée historique ou symbolique du nom de leur épouse qui a semblé supérieure à celle de leur propre nom. «Le nom de ma femme correspondait bien plus que le mien à la région dans laquelle nous allions vivre et élever nos enfants», explique ainsi Daniel Saugy (ex-Baillod), Neuchâtelois tombé successivement amoureux du Pays-d’Enhaut et d’une de ses habitantes à la fin des années 1990.

Alors qu’il est d’une banalité affligeante dans le cas contraire, ce choix d’adopter le nom de son épouse suscite à chaque fois des réactions. Et pas toujours des plus agréables. «Certaines personnes nous ont félicités d’oser briser les vieilles traditions, mais d’autres ont tout de suite conclu que j’étais soumis à ma femme», regrette Matthieu Bertoncini, qui s’est marié ce printemps. «Je comprends que des gens d’une autre génération ne comprennent pas, mais je suis surprise par certaines réactions de gens de notre âge», complète son épouse, Christelle Bertoncini. Du côté de la vallée de Joux, les réactions ont, heureusement, été plus agréables. «J’ai des copines qui étaient carrément jalouses», rigole Anouchka Reymond.

Dans certaines familles, ce choix du marié d’abandonner son nom peut être symboliquement très fort, notamment lorsqu’il signifie la fin d’une lignée. A contrario, il peut aussi permettre de prolonger artificiellement d’autres lignées dans les familles dépourvues de naissances masculines. Mais tout cela s’embrouille lorsqu’on apprend que le changement des origines ne suit pas automatiquement le changement de nom. «Comme personne ne m’a dit d’en faire la demande, je me retrouve être très certainement le seul et unique Reymond originaire de Schwytz», s’amuse ainsi Cédric Reymond, ex-Inderbitzin.

Garder son nom

«Tout cela montre à quel point la notion de choix individuel libre est dans les faits très largement conditionnée par les normes, les traditions et l’environnement social, fait remarquer Maribel Rodriguez. Ce qui est souhaitable, et qui est d’ailleurs le but visé par la modification légale de 2013, est que les personnes qui se marient conservent le nom de famille qu’elles ont reçu à la naissance, indépendamment de la variation de leur état civil au cours de la vie.»

Quant aux cinq hommes que nous avons rencontrés ou entendus, aucun ne regrette son choix. Tous se sont parfaitement habitués à leur nouveau nom, au point d’oublier parfois de se retourner lorsqu’un copain d’armée les hèle par leur ancien nom.


Anouchka et Cédric Reymond

Les Bioux, mariés depuis 2008

«Je n’étais pas plus que ça attaché à mon nom, mais j’ai hésité jusqu’à la dernière minute, jusque devant l’officier d’état civil, se souvient Cédric Reymond (ex-Inderbitzin). Finalement, je me suis décidé un peu sur un coup de tête: ce nom correspond au coin de pays que j’aime et dans lequel je vis (ndlr: la vallée de Joux), il m’évite de devoir tout le temps épeler mon nom et, en plus, je trouve que ça fait une jolie preuve d’amour pour ma femme.» «Ça a été une grande surprise, mais j’étais très contente de pouvoir garder mon nom, explique Anouchka Reymond. L’idée de le perdre m’embêtait carrément, même si j’étais prête à le faire par amour.»


Christelle et Cédric Rapin

Vers-chez-Perrin, mariés depuis 2008

«Ça faisait huit ans qu’on était ensemble quand on a commencé à parler mariage, raconte Cédric Rapin. Comme mes parents avaient divorcé quand j’étais enfant et que je n’avais plus trop de contacts avec mon père, je n’étais plus trop attaché à mon nom. Comme un des deux devait changer de nom, autant donc que ce soit moi. Mais c’est vrai que si je n’avais pas eu des antécédents, je ne me serais probablement pas posé la question.» «Moi non plus, avoue son épouse, Christelle Rapin, une des quatre habitantes de Payerne à avoir ce nom. Mais, là, ça m’arrangeait bien, j’étais contente de pouvoir garder mon nom très payernois.»


Matthieu et Christelle Bertoncini

Goumoens-la-Ville, mariés cette année

«Ça été compliqué. On en a discuté de longs mois, se remémore Matthieu Bertoncini (ex-Ballmer). Elle avait plus d’arguments que moi et avait l’air d’y tenir beaucoup. Le jour avant le mariage j’hésitais encore, et puis finalement je me suis dit: pourquoi pas? C’était une occasion de faire bouger les choses. Mais au moment de signer, je me suis demandé quelles réactions ça allait provoquer!» «C’est une question à laquelle je pensais depuis longtemps, confirme Christelle Bertoncini. Ce nom est tout ce qu’il me reste de mes origines italiennes… avec un caractère assez fort, c’est vrai (Rire).»

Créé: 19.08.2019, 07h15

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