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Des matériaux synthétiques dans nos bâtiments

Des plastiques similaires à ceux incriminés à Londres sont aussi utilisés en Suisse. Mais des normes imposent des précautions

Selon des experts interrogés en Suisse, le polyéthylène, tout comme le polystyrène ou le polyuréthane, sont largement utilisés dans notre pays. (Archives)
Selon des experts interrogés en Suisse, le polyéthylène, tout comme le polystyrène ou le polyuréthane, sont largement utilisés dans notre pays. (Archives)
Keystone

Un locatif de 24 étages qui brûle complètement en quelques heures. L’incendie de la Grenfell Tower, à Londres, le 14 juin, soulève de nombreuses questions, dont celle de l’utilisation de matériaux isolants synthétiques dans les bâtiments neufs ou rénovés. A Londres, ce sont des panneaux de façade combinant une feuille d’aluminium à l’extérieur et une couche de polyéthylène à l’intérieur qui ont transformé le bâtiment en torche.

Selon des experts interrogés en Suisse, le polyéthylène, tout comme le polystyrène ou le polyuréthane, sont aussi largement utilisés dans notre pays. Et ce bien qu’ils soient inflammables – le polyéthylène s’enflamme aux alentours de 350 degrés –, que leur combustion dégage d’épaisses fumées toxiques et qu’ils soient difficilement recyclables.

«Ce sont des dérivés du pétrole qui se sont généralisés depuis deux décennies car ils sont bon marché et surtout très isolants, explique Jorgen Hempel, patron d’Hemp Eco Systems à Sainte-Croix, une qualité très recherchée à l’heure des économies d’énergie.» C’est la présence de bulles d’air et de gaz dans une structure d’hydrocarbures qui explique les vertus de ces mousses, mais qui les rend aussi particulièrement inflammables et qui entraîne des températures très élevées lors de la combustion.

L’entrepreneur, très engagé dans les matériaux naturels, dénonce aussi la mise en œuvre de ces synthétiques. «Ils sont souvent collés directement sur la structure du bâtiment. Au moment de la démolition, il sera pratiquement impossible de les séparer du béton ou du bois.» L’ensemble devra être éliminé comme déchets spéciaux.

Premiers signaux d’alarme

En Europe, les enveloppes de bâtiment en synthétique ont commencé à soulever des inquiétudes bien avant le drame de Londres. Plusieurs incendies spectaculaires ont été autant de signaux d’alarme. En 2012 par exemple, un pan de la tour Mermoz à Roubaix (18 étages) est détruit en quelques minutes. Depuis les années 80 déjà, l’Allemagne a interdit l’utilisation de panneaux contenant des synthétiques inflammables sur les constructions de plus de 22 mètres.

En Suisse, les matériaux tels que le polyéthylène, le polystyrène ou le polyuréthane sont autorisés dans la construction. Mais les normes légales les prohibent totalement pour les bâtiments de plus de 30 mètres ainsi que pour les hôpitaux et les EMS. Pour les édifices de moins de 11 mètres, ils peuvent être utilisés sans restriction alors que, entre 11 et 30 mètres, des bandes coupe-feu de 20 centimètres entre chaque étage doivent être posées. «Le même type de mesures est appliqué pour les façades en bois: dans ce cas, des lames métalliques horizontales coupent la progression des flammes et interrompent la lame d’air dans le cas des façades ventilées», précise Eric Tonicello, fondateur du bureau lausannois ISI Ingénierie et Sécurité incendie.

«Personnellement, je déconseille à mes clients de recourir à ces matériaux car leur utilisation correcte, dans les conditions d’un chantier, est très pointue», ajoute l’ingénieur civil. «Le risque zéro n’existe pas. Lorsqu’on construit bon marché en particulier, il y a presque toujours un défaut quelque part», estime ce spécialiste incendie qui recommande plutôt la laine de pierre, un matériau indigène, naturel et résistant à des températures de plus de 1000 degrés.

Au-delà des normes actuelles, la question de la résistance au feu demeure entière pour les bâtiments de plus d’une dizaine d’années et pour ceux qui ont été bricolés ou rénovés par des amateurs. «Le contrôle de conformité se fait au moment de la mise à l’enquête, pendant la réalisation et à l’issue du chantier», explique Eric Tonicello. Mais nombre de travaux échappent à tout contrôle.

Les architectes s’en méfient

Architecte à Yverdon-les-Bains, Alain Vanderauwera ne cache pas ses réticences face aux synthétiques. «Certes, les normes prévoient que les façades doivent être ininflammables. A cet effet, les couches d’isolant peuvent être recouvertes d’un crépi, par exemple.» L’architecte peut comprendre l’utilisation de matériaux «poly» pour isoler des sols. «Pour les murs ou les toits, je ne les aime pas et je préfère recourir à des matériaux naturels comme la laine de pierre, les fibres de chanvre, voire même le papier.»

Et de rappeler que les architectes assument toujours davantage de responsabilités concernant l’application des normes par les différents corps de métier sur les chantiers. «Après tout, nous avons des compétences de généralistes et nous devons aussi les exercer en contrôlant ce qui se fait pendant les travaux.»

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