De mauvaise humeur, les députés vont solder le fiasco de Beaulieu

PolitiqueLa relance du site lausannois implique un coup d’éponge de l’État sur un prêt de 15 millions. Cela ne se fera pas sans coups de gueule.

Lausanne compte reprendre seul le pilotage de Beaulieu pour lui donner un avenir.

Lausanne compte reprendre seul le pilotage de Beaulieu pour lui donner un avenir. Image: Chantal Dervey-A

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Une déconfiture tartinée sur vingt ans de gestion chaotique: voilà ce que devront avaler prochainement les députés. Pour la bonne cause, car il s’agit de donner un avenir au site de Beaulieu, miné par une crise politico-financière depuis fin 2017. Le Grand Conseil doit autoriser l’État de Vaud à retirer ses billes pour laisser le soin à la Ville de Lausanne de piloter seule le paquebot, via une société anonyme à créer. Le Canton doit ainsi renoncer au remboursement d’un prêt sans intérêt de 15 millions de francs accordé en 2009 à la fondation propriétaire, tout en officialisant un cautionnement à hauteur de 27,3 millions pour les travaux liés à l’arrivée de l’École de la Source.

S’il ne fait pas un pli que ce virage stratégique sera approuvé, comme il l’a été en mai par le Conseil communal de Lausanne, la mauvaise humeur des députés transparaît dans les deux rapports que l’étude du dossier a suscités.

«Fâchés par le gaspillage»

Celui de la majorité PLR-PS-Verts-UDC recommande de voter oui. Il n’est pas tout miel pour autant. «L’histoire de Beaulieu est parsemée d’erreurs de gestion, de mauvaise gouvernance et d’argent perdu. [Les commissaires] prennent acte que le Conseil d’État partage à demi-mot ce constat», y lit-on. «Il n’a pas battu sa coulpe et a tout juste concédé quelques erreurs d’appréciation», résume l’écologiste Anne Baehler Bech, rapportrice. «Oui, les députés étaient indignés et fâchés par le gaspillage d’argent et de compétences durant toutes ces années.»

Entre la sous-dotation de la fondation propriétaire créée en 2000 et sa gouvernance valdo-lausannoise baroque et opaque qui a abouti à une plainte pénale en 2017, il y a eu les désillusions du repreneur bâlois MCH Beaulieu, puis le refus de la Tour Taoua censée booster l’attractivité du site. Des millions de francs d’argent public – versés aussi par des Communes il y a vingt ans – ont été engloutis dans ce fleuron chancelant.

«Il y a une incapacité à reconnaître ses erreurs dans ce dossier, qui donne le sentiment qu’on ne tire pas les enseignements de ces échecs successifs», estime Jérôme Christen (Vaud Libre). Le député veveysan souligne aussi que Beaulieu a bénéficié d’une aide cantonale bien plus importante que celle du Centre de Congrès 2M2C, à Montreux. Même si le désengagement du Canton rétablit cette égalité, l’abandon du prêt sonne pour lui comme un ultime cadeau.

Avec Jean-Michel Dolivo (EàG), le centriste a donc signé un rapport de minorité refusant le projet. Il est écrit au vitriol par le député de gauche radicale, évoquant la «politique erratique menée aussi bien par des édiles de la droite que de la gauche, municipale lausannoise et gouvernementale du canton». Et d’enchaîner: «Les déboires du Comptoir Suisse et de la Fondation de Beaulieu illustrent hélas les dérives d’une «caste» économique et politique dont les protagonistes se sont partagé les strapontins et les prébendes institutionnels, et ce sur le dos des contribuables de Lausanne et du Canton de Vaud.»

Pragmatisme

Depuis les séances de commission, le Ministère public a rendu un non-lieu à l’encontre du secrétaire général de la fondation, visé par la plainte pénale. Son ordonnance de classement éclabousse toute la gouvernance de Beaulieu. Cela a déjà chiffonné les élus de droite au Conseil communal de Lausanne, il y a dix jours (lire encadré). Coups de gueule il y aura donc sans doute dans l’hémicycle du Grand Conseil. Mais il n’y aura pas de majorité politique pour refuser une solution qui n’a pas d’alternative. «Que Lausanne gère seule Beaulieu, c’est pragmatique, admet Anne Baehler Bech. La gouvernance à deux, État-Commune, ce n’est pas terrible. On l’a bien vu avec le spectacle «Champions!» en 2015 (ndlr: un bide laissant un trou de 1,2 million)

Si certains députés pensent qu’abandonner le prêt est une faveur de trop consentie par le Canton, des conseillers communaux lausannois y voyaient, en mai, le signe que Beaulieu était un cadeau empoisonné dont l’État était heureux de se débarrasser. Pas tout à fait gracieusement cela dit: une convention sera signée, qui permettra au Canton de toucher une partie des plus-values foncières que promet le développement du site.

Créé: 05.09.2019, 19h16

Un non-lieu au pénal, deux recours

C’est l’audit du Contrôle communal des finances de Lausanne réalisé en 2017 au sein de la Fondation de Beaulieu qui a servi de levier pour amorcer le virage stratégique à Beaulieu. Ses conclusions alarmantes suspectaient le secrétaire général de la fondation d’être l’auteur d’une énorme fraude qui a laissé exsangues les caisses de l’institution.

Or la plainte pénale déposée par la fondation – procédure à laquelle s’est joint ensuite l’État de Vaud – a débouché en juin sur un non-lieu prononcé par le Ministère public.

«En acceptant le préavis sur la restructuration, on a alloué un crédit de 36 millions et un cautionnement de 26 millions pour la société anonyme», a relevé le PLC Philipp Stauber. «Le Conseil communal s’est basé sur les explications de la Municipalité, mais le procureur n’a pas la même appréciation de la situation et des irrégularités. Nous n’avions pas les bonnes informations pour statuer.»

Pas de quoi démonter le syndic, Grégoire Junod: «Il y a un recours et la procédure est toujours en cours. Avant de tirer des conclusions, il faut attendre la décision définitive et exécutoire.»

Deux recours ont en effet été déposés contre l’ordonnance de classement. L’un émane de la Fondation de Beaulieu, présidée par Grégoire Junod, l’autre de l’État de Vaud. Tous deux demandent des mesures d’instructions complémentaires.

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