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Médecin de son plein gré

Un membre de l’Association vaudoise des écrivains adresse et publie, chaque samedi dans «24heures», une lettre aux personnes les plus concernées par le Covid-19, nos aînés confinés chez eux ou dans les EMS.

Olivier Chapuis

«Papa, où serais-tu aujourd’hui, à l’aube de tes 80 ans? Au travail sans doute, vu les circonstances, même si tu n’étais pas virologue. Un médecin, ça prend sa retraite que contraint et forcé. Tu n’aurais pas fait exception. La chirurgie était ta passion, ta vocation, ton souffle. Tu vivais la médecine, tu la respirais. Tu en aurais fait une épopée si la calanche ne s’était pas interposée.

Ces temps, tu rates quelque chose. D’un point de vue médical déjà. Une si petite chose, au nom si étrange, qui grippe toute une humanité. Déconcertant, n’est-ce pas? Dire qu’un si frêle virus est en train de coincer les rouages du capitalisme. De confiner trois milliards d’individus. De terrasser une économie autosatisfaite. Ce que nous vivons est exactement ce que tu redoutais, mais aussi la raison de ton engagement. Ce virus est un évident dommage collatéral à notre mode de vie contre lequel tu pestais il y a trente ans déjà. Fric, pollution, exploitation, individualisme… Toi, tu réparais, tu recollais les morceaux, tu suturais, tu apaisais. Tu désirais la fraternité. L’échange. L’amour.

Maman pense à toi! Elle me l’a dit l’autre jour. Le confinement ne change pas grand-chose pour elle qui ne sort plus beaucoup. Voilà des semaines, des mois que ses hanches, son dos et qu’une partie de sa mécanique la privent de moyennes et longues sorties. Mais elle sait que toi, tu ne tiendrais pas en place. Elle me l’a dit en époussetant le cadre et la photo qui trônent sur sa table de nuit. Ton visage barbu, l’air pensif. Celui que tu portais sur le monde. Maman prend soin de toi! Et si tu es l’homme de sa vie, tu es sans conteste aussi celui de la mienne. Je ne peux m’empêcher de penser à toi en ces jours où la maladie s’attaque à nous, toi qui en as combattu une chronique jusqu’au bout, et je dédie cette lettre à tous ceux qui la combattent aussi maintenant.»

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