«Médecine et spiritualité sont deux univers qui ont beaucoup à se dire»

FormationL’UNIL lance un cursus inédit afin d’impliquer davantage les soignants dans la quête de sens des patients.

Ancien chef du service de psychiatrie communautaire au CHUV, Jacques Bessons a notamment signé l'ouvrage «Addiction et spiritualité».

Ancien chef du service de psychiatrie communautaire au CHUV, Jacques Bessons a notamment signé l'ouvrage «Addiction et spiritualité». Image: Marius Affolter

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Dès cette rentrée, l’Université de Lausanne (UNIL) proposera une formation d’un nouveau genre pour le corps médical. Sur deux ans, médecins et infirmiers pourront suivre des modules théoriques, mais aussi pratiques, afin de faire une place plus grande à la spiritualité dans la prise en charge des patients. Ancien chef du Service de psychiatrie communautaire au CHUV, Jacques Besson, aujourd’hui professeur honoraire à l’UNIL, plaide depuis des années pour une plus grande sensibilisation des soignants à la dimension spirituelle de la santé. Il préside le comité scientifique de ce nouveau cursus.

Cette formation est présentée comme inédite en Suisse. Quel est son objectif?
Elle s’adresse à la fois aux soignants et aux personnes issues du monde de la spiritualité, tout en bénéficiant d’un parrainage mixte, des Facultés de médecine et de théologie. C’est son originalité. Il s’agit de faire se rencontrer deux univers qui ne se parlent pas forcément et qui ont pourtant beaucoup à se dire.

Quels sont les points de convergence?
Plusieurs études épidémiologiques solides montrent aujourd’hui l’impact positif de la spiritualité sur la santé physique et mentale. Des travaux en neurosciences montrent notamment les effets sur le cerveau de la méditation, mais aussi, plus récemment, de la prière. Malgré cela, les implications pratiques restent très peu nombreuses.

Quelle est la place de la spiritualité dans les soins aujourd’hui?
On ne vient pas tout à fait de nulle part. Il y a une longue tradition d’aumônerie en milieu hospitalier, que l’on appelle désormais accompagnement spirituel pour évacuer la dimension confessionnelle. Au CHUV, ces accompagnants ont accès aux patients au sein des services et peuvent inclure des soignants dans leur démarche. Mais chaque intervenant continue de travailler de son côté.

Selon vous, le soignant ne devrait pas se limiter à appeler l’aumônier?
Une étude américaine a montré que 80% des patients souhaiteraient pouvoir parler de spiritualité avec leur médecin, tandis que 80% des médecins y sont opposés. C’est ce déséquilibre que nous souhaitons atténuer. Les professionnels de la santé ont des notions de spiritualité, mais sans avoir de méthodologie pour approcher les patients. On observe aussi que tous ne sont pas armés de la même manière. Le personnel infirmier est déjà sensible à la dimension spirituelle, dans une perspective de prise en charge globale de la personne. Il en va tout autrement pour les médecins, chez qui le divorce entre foi et science est consommé depuis longtemps.

Faire entrer la spiritualité dans un cadre laïc, c’est délicat?
Oui. C’est pourquoi il est important de donner une définition de la spiritualité dans le cadre de cette formation. C’est un besoin naturel, universel, de lien et de sens, qui peut être religieux ou non religieux. Il s’agit donc bien d’amener de la spiritualité en milieu hospitalier, et non de la religion.

Quels sont les besoins des patients sur le plan spirituel?
On pense évidemment à la fin de vie, car la mort interroge autant le patient que son entourage et les soignants. Mais la naissance entraîne aussi des questions, lorsque l’enfant a une malformation par exemple. La question du maintien en vie peut se poser dans le cas de grands prématurés. Les éthiciens abordent déjà ces questions dans une démarche scientifique, mais les patients apprécient aussi d’avoir un regard spirituel dans ces situations.

Au-delà des besoins, quels sont les domaines où l’impact de la spiritualité peut être particulièrement marqué?
En psychiatrie, le fait de pouvoir donner un sens à la pathologie permet une amélioration de la qualité de vie, voire un rétablissement plus rapide, notamment en cas de troubles anxieux, mais aussi de psychoses ou de délires mystiques. On observe aussi des effets positifs en oncologie, par exemple. Aborder la maladie sous l’angle spirituel peut permettre au patient d’être plus serein et plus combatif.

Faire intervenir la spiritualité, c’est aussi une manière de dire que la santé ne doit pas tout à la science?
Les médecins sont formés à identifier et traiter des pathologies. Mais prenons le cas d’un patient atteint de la maladie de Parkinson ou celui d’un enfant autiste. Une fois le diagnostic posé, s’il n’y a pas de traitement ou que les traitements sont insuffisants ou frustrants, le patient se trouve dans une impasse sur le plan scientifique. C’est dans ces situations qu’il devient crucial de chercher d’autres vecteurs de santé, non pas dans le passé et dans les causes de la maladie, mais dans le futur du patient. L’une des composantes de cette démarche, que l’on appelle salutogénèse, est de trouver du sens à sa situation. Salus, en latin, veut dire à la fois santé, mais aussi salut. Cela nous ramène aux origines de la médecine. On le sait peu, mais Hippocrate était prêtre!

Créé: 05.08.2019, 06h53

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