Un pas vers des meilleurs salaires à l'hôpital

SantéUn accord dans la Broye préfigure la marche vers de meilleures conditions de travail dans le secteur sanitaire vaudois. La volonté politique existe. Mais qui paiera la facture?

Les 760 employés de l’Hôpital de la Broye voient leurs conditions de travail se rapprocher de celles en vigueur dans tous les hôpitaux régionaux du canton. Un premier pas.

Les 760 employés de l’Hôpital de la Broye voient leurs conditions de travail se rapprocher de celles en vigueur dans tous les hôpitaux régionaux du canton. Un premier pas. Image: Jean-Paul Guinnard

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La sixième semaine de vacances dès 50 ans et un mois supplémentaire de congé allaitement sont les deux grandes avancées qui s’appliqueront aux 760 employés de l’Hôpital intercantonal de la Broye dès le 1er octobre 2017. La compensation du temps de travail la nuit et le week-end est aussi améliorée. Il en coûtera 500 000 francs à l’établissement situé à cheval entre Vaud et Fribourg. C’est le résultat de plusieurs mois de négociations entre les syndicats (SSP et Syna) et la direction de l’établissement.

L’accord scellé mardi règle les conditions de travail dans les hôpitaux de Payerne (VD) et d’Estavayer (FR). Formellement, l’établissement intègre la Convention collective de travail du secteur parapublic sanitaire vaudois. Baptisée CCT San, elle est en vigueur dans la plupart des hôpitaux, EMS et soins à domicile du canton. Les syndicats réclamaient davantage, car à leurs yeux la CCT San est «médiocre». La direction du HIB dénonçait une «surenchère».

Une étude en cours

Sur le marché du travail romand, la CCT San est réputée peu généreuse, surtout pour les métiers peu et moyennement qualifiés. Le CHUV, avec ses règles nettement plus favorables, rend parfois difficile le recrutement de personnel dans les hôpitaux régionaux vaudois. La Fédération des hôpitaux vaudois (FHV) s’en est plainte et a réclamé une harmonisation vers le haut. Une étude en cours cherche à identifier l’écart des salaires réels entre le secteur parapublic et le CHUV.

Entre-temps, un nouvel acteur a émergé: l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC), né de la fusion de cinq hôpitaux sur deux cantons, Vaud et Valais. Forcé d’harmoniser les conditions de travail pour 2000 employés, il a élaboré sa propre CCT. Elle est en vigueur depuis le 1er janvier 2015, à l’exception d’un point crucial: la grille salariale. Ce corpus de règles améliore la CCT San sur plusieurs points et se rapproche du Statut du CHUV.

Lors des négociations dans la Broye, la CCT HRC a été l’objectif à atteindre pour les syndicats. Ils ont réussi à obtenir de la direction du HIB son engagement à étudier, ultérieurement, le passage intégral à cette CCT. Signe du bon climat, des discussions en vue d’améliorations ponctuelles de la CCT San reprendront dès cet automne. Les syndicats réclament déjà un congé paternité et des modalités favorables de retraite anticipée, soit des avancées de la CCT HRC.

Le protocole d’accord de mardi fait référence au fait que le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard a évoqué à plusieurs reprises son souhait d’un traitement équitable du personnel de tous les hôpitaux régionaux du canton. Lui-même voit la CCT de l’Hôpital Riviera-Chablais comme le standard appelé à s’appliquer à terme à tout le secteur sanitaire parapublic vaudois. Il confirme: «Un cadre harmonisé des conditions de travail dans ce secteur, étendu autant que possible à la Suisse romande, donnerait au personnel une stabilité largement méritée.»

La générosité du patron de la Santé vaudoise contraste avec le piètre climat économique qui entoure le monde hospitalier. Tous les hôpitaux de soins aigus de la FHV, à l’exception du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL), dont l’Hôpital de Nyon est le pilier, ont réalisé un déficit en 2016.

Certains, comme le HRC, perdent de l’activité au profit d’autres prestataires privés. Tous les hôpitaux souffrent de tarifs plutôt à la baisse dans un contexte où le monde politique s’effraie de la hausse des coûts, et donc des primes. Les forfaits pour l’hospitalisation sont négociés durement par les assureurs. La rétribution de la médecine ambulatoire est sous pression: le Conseil fédéral doit confirmer à fin septembre des baisses de tarifs qui réduiront d’autant les revenus des hôpitaux.

Qui paie la facture?

Or la FHV a calculé que la mise à niveau des conditions de travail sur la CCT HRC coûterait quelque 20 millions de francs par an à ses membres. Des directeurs d’hôpital s’inquiètent: «D’accord pour cet effort, mais que l’Etat nous en donne les moyens, comme il l’a fait pour le CHUV.»

Qui donc paiera la facture? C’est la bouteille à l’encre. La seule application intégrale de la nouvelle grille salariale du HRC coûterait environ 4 millions de francs, selon plusieurs sources. Les bas salaires sont revalorisés. Les paliers d’entrée à l’embauche pour les jeunes font l’objet d’un effort, alors que certains maxima sont un peu corrigés à la baisse. Les échelles de progression sont recalculées. Vaud et le Valais doivent décider s’ils ont les moyens de ce geste important. Le dossier est remonté aux deux conseillers d’Etat chargés de la Santé. Les deux cantons s’entendront-ils pour se répartir la facture? «Ce serait un signal fort à tout le monde hospitalier romand», juge un fin connaisseur du dossier.

Pierre-Yves Maillard croit cet effort possible, puis généralisable dans son canton. Il cite comme sources de financement les effets de la concentration sur un seul site à Rennaz des soins aigus de l’Est du canton, ainsi que d’autres efforts de planification en cours. En outre, si elle est validée par la justice, l’harmonisation des rémunérations des médecins cadres peut aussi avoir des effets d’équité favorables, par des redistributions internes aux hôpitaux. «En tout état de cause, l’évolution ne pourrait être que progressive», souligne-t-il. Un directeur d’hôpital, sceptique, parle de «bricolage». La secrétaire générale de la FHV évoque, elle, «un long parcours semé d’embûches». A suivre. (24 heures)

Créé: 12.09.2017, 19h48

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