La mendicité interdite grâce au vote dispersé des Verts

SécuritéLe Grand Conseil a accepté l’initiative de l’UDC pour interdire les mendiants. Les abstentions écologistes ont fait pencher la balance en faveur de la droite. Un échec pour le Conseil d’Etat.

La Ville interdit les mendiants à proximité des commerces depuis 2013. Un modèle «tortueux» selon la droite.

La Ville interdit les mendiants à proximité des commerces depuis 2013. Un modèle «tortueux» selon la droite. Image: LEO DUPERREX

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L’UDC a gagné. Mardi le Grand Conseil a accepté l’initiative que le parti avait déposée en 2013 avec près de 14'000 signatures pour interdire la mendicité. Résultat: tendre la main pour demander l’aumône dans la rue sera désormais illégal dans tout le canton de Vaud.

Le vote a été très serré entre, d’un côté, la droite et, de l’autre, la gauche et les partis du centre: 60 voix pour l’initiative, 56 voix contre (dont les centristes) et cinq abstentions. Le contre-projet concocté par le Conseil d’Etat – qui voulait laisser le libre choix aux communes – est donc enterré et la population n’aura pas besoin de se prononcer en votation, mais un référendum est encore possible.

Qui détenait la clé du vote au Grand Conseil? Les Verts. Même s’ils étaient opposés à l’interdiction, cinq d’entre eux ont préféré s’abstenir au moment de voter. En refusant de choisir, ils ont favorisé la droite. L’un d’eux, l’agriculteur Andreas Wüthrich, est le seul élu de gauche à avoir soutenu l’UDC.

«C’est donner beaucoup d’importance aux Verts et c’est un peu court de faire porter le résultat sur le vote de nos députés», réagissait après le débat leur chef de groupe, Vassilis Venizelos. Lui-même a combattu cette initiative «moralement condamnable». Selon lui, les écologistes qui se sont abstenus ont «estimé qu’il était difficile de choisir entre la peste et le choléra».

Amendes de 50 à 2000 francs

Le vote du Grand Conseil aura en tout cas de nombreuses conséquences. Première visée: Lausanne. Alors qu’une trentaine de communes vaudoises (dont la Riviera et l’Ouest lausannois) interdisent déjà la mendicité, la capitale cantonale l’autorisait encore, mais avec des limites. Depuis 2013 en effet, les mendiants n’avaient plus le droit de s’installer à proximité des commerces et des bancomats. «Une voie tortueuse», selon le chef du groupe libéral-radical, Marc-Olivier Buffat.

Désormais, chaque mendiant écopera d’une amende de 50 à 100 francs. Les policiers pourront confisquer immédiatement l’argent récolté par les mendiants, à titre d’avance sur amende. Si quelqu’un envoie mendier des enfants ou des personnes dépendantes, ou organise un réseau de mendicité, il sera puni d’une amende de 500 à 2000 francs. Dans son contre-projet, le Conseil d’Etat prévoyait 10'000 francs contre ceux qui envoient mendier des enfants et soulignait que l’interdiction générale décidée à Genève est un échec.

«La mendicité est congénitale de l’humanité. Depuis qu’il y a des hommes, il y a des mendiants»

Pour la droite, l’interdiction totale est indispensable pour lutter contre un phénomène qui dépasse le territoire vaudois. L’UDC et une grande majorité du Parti libéral-radical (PLR) disent vouloir combattre des réseaux «mafieux» et «claniques» qui envoient des gens mendier dans les rues. «Genève a su interdire la mendicité sur l’ensemble de son territoire, le Canton de Vaud se doit d’en faire de même. Cela n’alourdira pas le travail de la police», estime l’UDC Philippe Ducommun, également inspecteur de police judiciaire à Lausanne. «Nous en avons marre d’être harcelés par de nombreux mendiants», ajoute le PLR Jean-François Cachin.

Pour ne pas interdire la mendicité, les députés de gauche et du centre ont tenté en vain d’utiliser des arguments «humanistes» et «moraux». Voire religieux, comme le pasteur socialiste Claude Schwab, citant le Deutéronome: «Tu ouvriras ta main à ton frère, au pauvre et à l’indigent dans ton pays.» Et d’ajouter, à titre personnel: «La mendicité est congénitale de l’humanité. Depuis qu’il y a des hommes, il y a des mendiants. Le droit à la mendicité est le corollaire du droit à la propriété individuelle.»

A la tête du Département des institutions et de la sécurité, la conseillère d’Etat Verte Béatrice Métraux se dit «déçue». «Notre contre-projet était plus complet que l’initiative, ajoute-t-elle. Nous y avions intégré la lutte contre la mendicité des enfants, mais aussi la lutte contre les réseaux, la récidive, l’exploitation de la détresse et l’aide au développement dans les régions d’origine des mendiants Roms.» (24 heures)

Créé: 27.09.2016, 21h18

«Un phénomène compliqué à éradiquer»

«J’étais plutôt favorable à ce qu’une marge de manœuvre soit laissée aux communes.» Présidente de l’Union des communes vaudoises (UCV), Claudine Wyssa regrette le vote des députés et souligne les fortes disparités cantonales en matière de mendicité. «Une zone rurale et le centre de Lausanne n’ont pas les mêmes problèmes, pointe la députée libérale-radicale, absente au moment du vote. J’aurais donc préféré que les communes puissent se déterminer localement ou régionalement.» Et de nuancer l’efficacité d’une telle mesure: «Ceux qui instrumentalisent les mendiants et font commerce de leur activité vont probablement se déplacer, mais ça ne supprimera pas tous les problèmes, d’où ma préférence pour une solution de compromis.» Le syndic de Lausanne, Grégoire Junod, ne dit pas autre chose. Pour lui, la décision des députés va réduire le problème sans l’éradiquer. «Dans tous les cas c’est un sujet que nous devons réglementer, mais l’exemple genevois est très parlant et prouve que le phénomène est compliqué à faire disparaître. Lausanne avait opté pour une interdiction partielle, une ligne également défendue par le Conseil d’Etat, mais le Grand Conseil a souhaité une position plus radicale. Nous prenons acte.»
R.H.

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