Vaud: La mère au foyer tend à disparaître

Portraits de familles 4/4Les mamans sont toujours plus nombreuses à travailler. Mais leur activité rémunérée est le plus souvent à temps partiel.

Virginie Beney et Guillaume Conne travaillent tous deux à temps partiel et peuvent ainsi davantage profiter de leurs enfants, Lucie et Arthur.

Virginie Beney et Guillaume Conne travaillent tous deux à temps partiel et peuvent ainsi davantage profiter de leurs enfants, Lucie et Arthur. Image: FLORIAN CELLA

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Papa au boulot, maman aux fourneaux, qui surveille d’un œil ses casseroles et de l’autre les enfants: l’image semble sortie de Martine en vacances à la maison . Si l’on considère que 77% des Vaudoises, mères de jeunes enfants, exercent un emploi en 2014, force est de constater que cet exemple familial typique de l’après-guerre prend un méchant coup de rouleau à pâte sur le nez. Un peu moins toutefois quand on réalise que le modèle d’activité professionnelle le plus fréquent au sein des familles reste celui d’un père travaillant à plein-temps et d’une mère à temps partiel.

Pourtant, évolution il y a, c’est indéniable. En 1970, la proportion de femmes au foyer atteignait 72% au sein des couples avec enfants de moins de 7 ans. Aujourd’hui, la tendance a été inversée: elle n’atteint plus que 25% (et descend même à 20% quand le plus jeune enfant a entre 7 et 14 ans). Toutefois, si plus de trois mères de famille sur quatre sont actives professionnellement (la statistique a grimpé de 7% depuis 2002), c’est souvent pour une occupation inférieure à 50%.

De manière générale, les Vaudoises sont plus nombreuses à exercer une activité à temps partiel (54%) qu’à temps complet. Chez les mères, c’est même plus de 7 femmes sur 10 qui exercent une profession à temps réduit. «La carrière féminine est encore celle qui est laissée de côté. Cette influence vient de notre vision qui veut que le salaire de l’homme soit la ressource financière principale, alors que celui de la femme a fonction d’appoint», commente Magaly Hanselmann, cheffe du Bureau pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Il faut néanmoins relever que les mamans vaudoises actives se distinguent sur le plan national par leur taux de travail élevé: elles sont nettement plus nombreuses (78%) que la moyenne suisse (60%) à occuper un poste entre 50% et 100%. «Hypothèse avancée parmi d’au­tres pour expliquer cette tendance, le nombre plus important de places d’accueil pour les enfants en Suisse latine qu’en Suisse alémanique», reprend Magaly Hanselmann.

7% de pères à temps partiel

Quant aux papas, évolution il y a aussi, mais elle est nettement moins franche. Actif à 70%, le Lausannois Guillaume Conne fait ainsi partie d’une très forte minorité (lire ci-dessous). La part des pères vaudois qui travaillent à temps réduit reste faible. C’est presque un euphémisme: en 2014, ils sont 7% parmi les 25-54 ans. «Je regrette qu’ils soient si peu nombreux. On se trouve encore dans un modèle traditionnel. Il y a bien une évolution, mais elle est extrêmement lente», commente Magaly Hanselmann.

Selon elle, ce n’est pourtant pas par manque d’envie. «Dans la rue, on sent qu’ils souhaitent être des pères présents auprès de leurs enfants.» Et puis, une étude réalisée auprès des jeunes cadres de l’Administration cantonale montre qu’ils s’imaginent une vie domestique avec un partage des tâches plutôt égalitaires. «Or une meilleure répartition des tâches non rémunérées du ménage est positive», reprend-elle.

Une culture à changer

Mais, alors que la statistique tend à prouver que les trois quarts des hommes engagés à temps partiel souhaitent occuper un emploi à plein-temps, Magaly Hanselmann estime que le véritable frein est ailleurs. «C’est encore difficile de demander un temps partiel. C’est une question de culture professionnelle, informelle certes, mais cela peut passer pour un dés­investissement en termes de carrière», conclut-elle.

(24 heures)

Créé: 09.01.2016, 11h54

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«Je suis conscient d’être privilégié»

Que seulement 7% des pères de famille vaudois travaillent à temps partiel n’a pas surpris outre mesur e Virginie Beney et Guillaume Conne, les parents d’Arthur (6 ans) et de Lucie (4 ans). «Mais je m’attendais tout de même à un taux un peu plus élevé, souligne le trentenaire. Sans doute parce que notre entourage partage les mêmes valeurs de la vie de famille. Toutefois, je sais que le regard des autres, et particulièrement celui des collègues, est important et je suis conscient d’être privilégié.»

Ce couple de Lausannois d’adoption – ils se sont rencontrés au Gymnase du Bugnon – a adopté un schéma presque impensable voilà une trentaine d’années encore. Guillaume, comme Virginie, travaille à temps partiel. Lui en tant que chargé d’information au Service d’orientation de l’UNIL, elle à 60% comme enseignante. «Mais jusqu’à ce qu’on ait des enfants, je travaillais à 100%», précise-t-elle. Et donc plus que son conjoint. «J’occupe un poste à 70% et je n’ai jamais demandé à l’augmenter», précise Guillaume.

Ce choix de vie, ils l’assument pleinement. En faisant fi des remarques? «Il n’y en a pas tant que ça, même si, quand on a eu nos enfants, on m’avait demandé si Guillaume n’allait pas travailler davantage. A l’école, les autres mamans sont au contraire à me dire que j’ai de la chance d’avoir un conjoint plus souvent à la maison, qui ne rentre pas tous les soirs à 19 h.»

Et les enfants s’y retrouvent, eux aussi pleinement. «Je pense même qu’ils y trouvent un superéquilibre, reprend Virginie Beney. Ils vont deux jours à la garderie, mais ils ont des moments en semaine, avec leur papa ou avec moi, et un après-midi avec nous deux.» Le lundi, Lucie et Arthur voient leur papa vaquer à diverses tâches ménagères. «Ça donne un bon exemple. C’était déjà comme ça chez moi quand j’étais enfant, même si mon père travaillait à plein-temps», estime Guillaume.

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