Près d’un millier d’écoles doivent être assainies

Santé publiqueGaz radioactif causant des cancers du poumon, le radon est très présent dans le canton de Vaud. Le Conseil fédéral a lancé un plan d’action et baissé la concentration tolérée.


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Sournois, il se glisse partout incognito. À l’air libre il n’est pas bien méchant, mais enfermé il fait des ravages. Deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme, le radon squatte tous les locaux de Suisse et en particulier ceux de l’arc jurassien, du Tessin et des Grisons. À tel point que ce gaz naturel radioactif, découlant de la désintégration de l’uranium, est devenu un problème de santé publique.

Dans le cadre de la révision de l’ordonnance sur la radioprotection, le Conseil fédéral a donc lancé un plan d’action national de protection contre le radon, qui court jusqu’en 2020. Et revu à la baisse ses directives concernant l’exposition à ce gaz. Pour les personnes exposées professionnellement, la valeur limite de 3000 Bq/m3 s’est transformée au 1er janvier en une valeur seuil de 1000 Bq/m3. Et, pour «tous les locaux où les personnes séjournent plusieurs heures par jour», la valeur limite de 1000 Bq/m3 s’est muée en une valeur de référence de 300 Bq/m3.

«Au vu des dernières études épidémiologiques, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une concentration la plus basse possible, entre 100 Bq/m3 et 300 Bq/m3 selon la situation du pays, détaille Christophe Murith, chef de la section Risques radiologiques à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). La Suisse est riche en radon, une valeur de référence à 100 Bq/m3 aurait été inapplicable, nous nous sommes donc calqués sur les recommandations de la Commission internationale de radioprotection.»

Pour tenter de limiter les effets néfastes du radon, les constructions, comme les rénovations, seront à l’avenir surveillées de près. L’OFSP estime entre 50 000 et 100 000 locaux de séjour à assainir et près de 1000 écoles et jardins d’enfants. «Les propriétaires sont tenus de tout mettre en œuvre pour parvenir à cette valeur de référence, dans le cas contraire, les cantons peuvent exiger des assainissements. C’est pourquoi nous tenons aussi à renforcer la formation à la base, auprès des métiers du bâtiment», souligne Christophe Murith.

Vaud sous surveillance

Dans le canton de Vaud, plusieurs secteurs sont particulièrement exposés à ce gaz naturel. À Vallorbe, à Sainte-Croix ou à Saint-Cergue, l’OFSP a enregistré dans des logements des concentrations dépassant 1300 Bq/m3. «Le radon se concentre dans le sol, et plus celui-ci est perméable, comme dans la zone karstique du Jura, plus il y a de chances qu’il se retrouve en grande quantité dans les habitations.» Mais le problème ne s’arrête pas à l’arc jurassien, puisque de nombreuses communes affichent des concentrations supérieures à la valeur de référence. Et, si plus de 5000 mesures ont déjà été réalisées dans le canton, dans la majorité des communes, moins de 10% du total des bâtiments ont été analysés. Alors que la présence de radon peut fortement varier d’une construction à l’autre, comme d’une pièce à l’autre. «L’étanchéité du bâtiment, le soubassement ou encore le système de ventilation jouent un rôle», relève Christophe Murith.

«La législation a changé de manière fondamentale. Si avant on se concentrait sur les zones à risque élevé, il faut désormais prendre en compte tout le territoire»

L’entrée en vigueur de la nouvelle ordonnance pousse donc le canton de Vaud à rediscuter toute son action contre le radon. «La législation a changé de manière fondamentale. Si avant on se concentrait sur les zones à risque élevé, il faut désormais prendre en compte tout le territoire», souligne Bertrand Dubey, chef de la section Produits chimiques. Le canton devra notamment effectuer de nouvelles mesures dans les écoles et jardins d’enfants, les dernières datant de la fin des années 1990. Et procéder à des mesures plus systématiques dans les locaux d’habitation. Les pointages ponctuels dans les régions à risque élevé se révélant insuffisants. Car le radon n’est pas seulement dangereux à haute dose. Une longue exposition à petite dose peut se révéler néfaste.

Les études de l’OMS montrent que le risque relatif de cancer du poumon augmente de 16% par concentration de 100 Bq/m3. Le risque est encore plus élevé pour les fumeurs, puisque «le tabagisme et le radon agissent de manière multiplicative», précise François Bochud, directeur de l’Institut de radiophysique du CHUV.

Risque de cancer du poumon

En Suisse, ce gaz d’origine naturelle, principale source d’exposition de la population aux rayonnements ionisants, cause entre 200 et 300 décès par année. «Ce sont des statistiques basées sur des études de cas, car, contrairement au cancer lié à l’amiante, nous ne pouvons pas déceler si un cancer du poumon est dû au radon. D’ailleurs, pour être précis, ce n’est pas le radon en soi qui pose problème, c’est sa désintégration en d’autres éléments radioactifs, le polonium, le plomb et le bismuth. Des éléments qui se collent à la manière d’aimants aux poussières que nous inhalons, et irradient les poumons.»

Comment donc se prémunir? «Il faut déjà mesurer la concentration, en plaçant des dosimètres à différents endroits de l’habitation, de préférence pendant trois mois. Cela est particulièrement conseillé pour les personnes vivant dans une maison individuelle ou pour les entresols aménagés», explique François Bochud. L’OFSP dispense sur son site une liste des services de mesures agréés. Le prix des analyses varie suivant les organismes, mais démarre à environ 70 francs.

Les méthodes d’assainissement vont ensuite du bétonnage de la cave à l’installation d’un système de ventilation en passant par la création d’un puits à radon et d’un conduit d’évacuation sous le bâtiment. Le coût moyen oscille entre 4000 et 8000 francs. Mais chacun peut déjà agir au quotidien pour juguler une petite partie des effets néfastes du radon, comme des autres polluants intérieurs. La clé? Aérer régulièrement son appartement, ouvrir grandes les fenêtres, histoire de délivrer cet hôte sournois. (24 heures)

Créé: 12.03.2018, 06h36

La traque des déchets radioactifs

Produits de beauté, dentifrice ou encore vêtements de ski. Dans l’entre-deux-guerres, le radium était perçu comme la panacée et largement utilisé. Entre les années 1920 et 1960, le monde horloger suisse s’empare de cet élément radioactif avec la peinture luminescente pour cadrans et aiguilles. Son usage se répand alors dans les petits ateliers à domicile. Mais son confinement et son élimination sont négligés. Une décharge de déchets contaminés a notamment été mise au jour en 2014 dans le cadre des travaux de construction du contournement de l’A5 de Bienne. «Jusqu’au début des années 1960, il n’y avait pas de législation, on pouvait enterrer des déchets radioactifs dans un coin de son jardin sans être inquiété», relève Christophe Murith. Pour nettoyer les biens-fonds de ces résidus de radium, l’ordonnance sur la radioprotection, entrée en vigueur le 1er janvier, prévoit un point sur la «gestion des héritages radiologiques». «C’est une continuité du plan d’action radium, qui a commencé en 2015. L’objectif est d’identifier tous les sites, bâtiments et jardins, qui sont susceptibles d’être contaminés au radium, d’effectuer des mesures et de procéder si nécessaire à des assainissements lorsque la dose d’exposition dépasse 1 mSv/an.» Les responsables de la pollution doivent payer les frais d’assainissement, qui se montent en moyenne à 50 000 francs. S’ils ne peuvent pas être identifiés, la Confédération prend en charge ces coûts.

À l’heure actuelle, l’OFSP a repéré plus de 500 biens-fonds potentiellement contaminés, principalement dans l’arc jurassien, à Bienne et à La Chaux-de-Fonds. Elle en a déjà visité plus de 400 et a procédé à près de 50 assainissements sur les 80 requis. «Identifier les lieux demande des recherches poussées, et il faut ensuite se rendre sur le terrain pour contacter les usagers des locaux, cela prend beaucoup de temps et seulement deux postes ont été créés à cet effet», souligne Christophe Murith. La période radium a-t-elle fait la part belle à d’autres éléments radioactifs? «Avec le radium, nous avons trouvé de l’américium pour améliorer les performances de luminosité, ainsi que dans les paratonnerres. Il convient aussi de mentionner l’américium utilisé dans des détecteurs d’incendie. L’OFSP et la Suva ont d’ailleurs organisé des campagnes de ramassage. Ces systèmes ne posent pas de problème au niveau de l’exposition des habitants, mais ils doivent être éliminés correctement. Et, comme à l’époque il n’y avait aucune réglementation, nous ne sommes sûrement pas au bout de nos découvertes.»

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