Tout le monde répugne à tirer sur le castor

FauneL’animal ne figure pas dans la ligne de mire des chasseurs, même si la nouvelle Ordonnance sur la?chasse valide sa?régulation.

Le castor bénéficie d’un vrai capital sympathie auprès du public. Et les chasseurs ne tiennent pas du tout à le mettre en joue.

Le castor bénéficie d’un vrai capital sympathie auprès du public. Et les chasseurs ne tiennent pas du tout à le mettre en joue. Image: LDD

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Le castor, avec ses incisives rutilantes et sa petite bouille farceuse, ferait bien de se tenir à carreau. La révision de l’Ordonnance sur la chasse (lire ci-contre) permet de prendre plus facilement des mesures pour juguler les populations de ce bûcheron des rivières qui se retrouve couché sur la même liste que l’ours, le lynx ou le loup…

Au vu du capital sympathie dont bénéficie le grand rongeur – chassé jusqu’à sa disparition à la fin du XIXe siècle, puis réintroduit et protégé dès les années 1950 –, il est facile de deviner la réaction des milieux écologiques et des amis de la faune. «Je suis absolument contre, c’est une aberration», soupire Samuel Monachon. Le cinéaste indépendant s’érige en défenseur du père castor. «Qu’il aille grignoter des arbres près des rives, soit. Mais c’est facile de les protéger. Quant à ses incursions dans les champs de maïs, il ne faut pas exagérer: il ne peut pas tout saccager, quand même!»

Président de Beaver Watch, l’association qui assure le suivi de l’animal et préserve ses intérêts en Suisse, Pierre-Alain Marro rappelle que le concept castor établi en 2004 prévoyait déjà que l’animal «puisse être tiré dans des cas extrêmes».

S’il veut bien se mettre dans la peau de certains propriétaires lésés par les incisives du castor, il estime néanmoins qu’un tir de régulation ne sert à rien. «Tous les agriculteurs touchés par les dégâts causés vont se réjouir de pouvoir «enfin dégommer ce castor qui nous embête depuis tant d’années». Mais si on en élimine un, à coup sûr un autre reviendra, Mieux vaut donc lui barrer l’accès au coin qu’il s’est choisi…»

Conservateur de la faune du canton de Vaud, Sébastien Sachot calme le jeu. Il rappelle ainsi que le tir n’interviendra qu’en dernier recours. «On regardera même s’il n’est pas plutôt possible de déplacer l’animal, ce à quoi nous nous sommes résolus à deux ou trois reprises ces dix dernières années.»

Comme la marmotte
Quoi qu’il en soit, une régulation par les armes ne pourra se faire sans un feu vert préalable de la Confédération assorti d’un délai de recours. «Cet animal étant fort apprécié, il semble évident que la première demande se terminera devant une Cour de droit», reprend Sébastien Sachot.

Reste à savoir qui – le cas échéant – mettra en joue le castor. Et là, autant dire qu’on ne se presse pas au portillon. «Ce n’est absolument pas notre rôle. C’est celui des surveillants professionnels de la faune. Nous ne sommes pas du tout en train de demander à pouvoir saluer des individus d’une nouvelle espèce», affirme Charles-Henri de Luze, président de la Diana vaudoise.

Membre du comité vaudois et responsable du petit gibier, Jean-Claude Givel va même plus loin, lui qui affirme qu’aucun chasseur ne va se réjouir de pouvoir tirer des castors. «La problématique est exactement la même que pour la marmotte ou toute autre espèce emblématique auprès du public.»

Créé: 11.07.2012, 07h11

Pierre-Alain Marro, de l’organisation Beaver Watch. (Image: Jean-Paul Guinnard)

L’ordonnance ne fait pas l’unanimité

La révision de l’Ordonnance sur la chasse doit permettre la gestion des conflits générés par un certain nombre d’espèces (loup, lynx, ours, harle ou castor). Même s’il a fait l’objet d’une longue consultation, le nouveau texte ne fait pas l’unanimité. Du côté de l’Association suisse pour la protection des animaux, on salue l’instauration de zones de tranquillité pour la faune sauvage – «essentielles pour la survie des animaux au vu de l’augmentation de l’urbanisation et des loisirs» – mais on condamne fermement un texte «qui autorise le tir d’espèces protégées dès lors qu’elles mangent trop d’animaux convoités par les chasseurs». «Cette nouvelle disposition fait reculer d’un siècle la politique de gestion de la faune», souligne son président, François Turrian.

Du côté des chasseurs, on regrette surtout le manque de latitude laissé aux cantons. «Cela prend du temps de devoir conduire des procédures jusqu’à l’Office fédéral», soupire Philippe Duperrex, secrétaire cantonal de la Diana vaudoise. «C’est d’autant plus dommageable que j’ai de grandes craintes que l’Office fédéral de l’environnement ne soit pas favorable à la régulation du lynx dans les Alpes vaudoises», regrette Charles-Henri de Luze.

Et le président de la Diana vaudoise de préciser que les monitorings effectués en 2010 attestent de la présence d’un lynx pour 28 km2: «C’est sept fois plus que ce que préconisaient les spécialistes du Kora (ndlr: le bureau qui s’occupe de la conservation et de la gestion des carnivores en Suisse)

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