Les montres vintage, séduisantes mais risquées

TendanceLe marché des montres d’occasion est en plein essor, mais n’est pas sans pièges. Des spécialistes de la branche livrent leurs recettes pour éviter les mauvaises surprises.

Henry Kramer vend des montres d’occasion pour toutes les bourses: de 1000 à plus de 15 000 francs

Henry Kramer vend des montres d’occasion pour toutes les bourses: de 1000 à plus de 15 000 francs Image: Odile Meylan

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Cette montre, Romain, jeune quadra vaudois établi à Zurich, en rêvait. Après des mois d’intenses recherches, il est parvenu à dénicher l’objet de ses convoitises. Pourtant, il ne l’a jamais portée. Et pour cause. «Lorsque je l’ai reçue, j’ai fait changer le bracelet et me suis empressé de la mettre en vente», confie le jeune homme. La montre, une Rolex Daytona des années 1990, a donné lieu à une lutte acharnée entre deux intéressés à coups de surenchères. Romain reste évasif sur les chiffres mais affirme avoir réalisé un bénéfice «de plusieurs milliers de francs».

«Il y a une mode toujours plus grande autour des montres d’occasion, elles permettent de s’offrir un bout d’histoire»

Depuis quelques années, le marché des montres d’occasion, dites vintage, est en plein boom. Les sites Internet qui leur sont dédiés sont si nombreux qu’on s’y perd, et les forums où les passionnés échangent tuyaux, conseils et expériences pullulent. «Il y a une mode toujours plus grande autour des montres d’occasion, elles permettent de s’offrir un bout d’histoire. Elles ont en outre déjà décoté, ce qui assure aux acheteurs de les acquérir à leur juste valeur. Avec un peu de chance, il peut même arriver que leur prix s’envole au bout de quelques années», explique Vanessa Chicha, directrice d’Iconeek, à Genève, enseigne spécialisée dans les montres d’occasion.

Un autre argument en faveur du marché d’occasion, qui concerne même les montres qui n’ont que quelques mois et qui n’ont jamais été portées, est qu’il permet de contourner les délais d’attente parfois interminables de certains modèles, ce qui donne la possibilité aux marques de contrôler le marché.

Côté amateurs, il y a les spéculateurs, comme Romain, les amoureux de montres anciennes, prêts à aligner de 1000 à 3000 francs, ou encore les collectionneurs à la recherche de pièces très précises, qui ne regardent pas à la dépense.

Jamais sans sa boîte

Mais la jolie médaille a un revers. Dans un secteur opaque et complexe, les pièges ainsi que les arnaques sont légion. Car le marché, qui peut parfois atteindre des prix délirants ( lire encadré ), n’attire pas que les meilleures intentions du monde. «Les montres d’occasion séduisent de plus en plus, mais c’est un milieu qui n’est pas sans risque», confirme d’emblée Henry Kramer, derrière son comptoir de Lutry.

Spécialiste de l’expertise de montres et expert auprès d’assurances et de la justice de paix depuis un demi-siècle, Henry Kramer commence par la consigne la plus élémentaire: «N’achetez jamais une montre sans sa boîte, ses papiers d’origine et les factures qui vont avec. Sans ça, impossible de la tracer et de savoir ce qu’elle a traversé depuis sa première vente.»

Cette mise en garde, Vanessa Chicha l’adresse également très rapidement. «Les montres anciennes, qui n’ont ni boîte ni papiers, il faut impérativement les soumettre à une expertise. Pour les plus récentes, il faut obtenir boîte et papiers. Pouvoir suivre l’historique de la montre est indispensable. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’assemblages, c’est très dangereux pour les acheteurs.»

Bricolées

L’assemblage, qui consiste à changer des parties de la montre afin de lui donner l’air – et le prix – d’un modèle bien plus coté, est l’un des pièges les plus pernicieux de la montre d’occasion. La magouille débouche sur une «Franken watch», Frankenstein version horlogerie. «Si le cadran ou les aiguilles ont été changés, la valeur de la montre peut chuter», prévient Vanessa Chicha.

Si les enseignes qui ont pignon sur rue auront tendance à prévenir les acheteurs qu’une montre a été transformée, adaptant leurs prix en conséquence, d’autres pourraient être tentés d’oublier d’en parler pour maximiser leur marge. «Lorsque vous achetez une montre, vous achetez également son vendeur. Il est important de se renseigner et d’en choisir un connu et reconnu», image Vanessa Chicha. «Méfiez-vous de particuliers dont vous ne savez rien et privilégiez les commerçants inscrits au Registre du commerce», conclut Henry Kramer.

Créé: 14.08.2018, 06h42

Deux ans avant de se poser sur la Lune



L’histoire est connue. Lorsqu’il pose le pied sur la Lune le 21 juillet 1969, Buzz Aldrin porte une Omega Speedmaster. Quelques années auparavant, la marque suisse était devenue la seule qualifiée par la NASA pour toutes les missions spatiales habitées. Une histoire comme les aime l’industrie horlogère et qui a permis à la Speedmaster de connaître un incroyable succès commercial.

En terre vaudoise, Henry Kramer en possède une (qu’il garde dans un coffre loin de sa boutique) achetée en 1966 ( photo ci-contre ). Une époque prélunaire qui donne encore plus de valeur à la montre. «D’un temps où elle n’était pas encore à la mode et donc moins produite», précise l’expert, qui en vient à l’autre avantage incommensurable du garde-temps qu’il possède. «Elle a certes été réassemblée, mais cela a été fait dans les règles de l’art, par la marque elle-même. Tous les papiers le prouvent.

Mieux: la montre est accompagnée de toutes ses pièces originales, ce qui est absolument unique. La couronne est originale et nous pouvons remettre le boîtier original. Le rêve pour un collectionneur», s’enthousiasme Henry Kramer, rappelant au passage l’importance d’exiger les papiers d’origine et les factures liées à la montre. «Dans le cas contraire, un indélicat pourrait parfaitement vendre cette montre au cadran de 1966, pourvu d’un boîtier de 1965 et aux aiguilles flambant neuves, comme une pièce originale.»

Le Vaudois a acquis cette Omega il y a cinq ans 4500 francs. «Nous allons bientôt la mettre aux enchères. Je pense en tirer entre 12 000 et 15 000 francs.»

«Une grande part d’irrationnel»

Il n’a fallu que douze minutes, en octobre dernier, pour que le record tombe. À New York, la Rolex Cosmograph Daytona ayant appartenu à Paul Newman a été vendue aux enchères au prix ahurissant de 17,8 millions de dollars (celle en photo ci-contre, qui n’a de Paul Newman que le nom du cadran, est partie pour 3 millions).



Le garde-temps de l’acteur décédé en 2008 est devenu la montre-bracelet la plus chère jamais vendue aux enchères. «La vente record de New York est le pire exemple pour un expert en estimation tant la part d’irrationnel de cette transaction est grande, lâche Fabien Chicha, cofondateur d’Iconeek, à Genève. Sur le marché, cette montre vaut entre 300'000 et 500'000 francs. Les plus de 17 millions de différence sont liés à la provenance et à l’histoire particulière de cette montre», poursuit l’expert, qui cite encore l’Audemars Piguet Royal Oak qui doit beaucoup à Giovanni Agnelli. Hormis les pièces de référence et ces modèles qui peuvent compter sur l’aide d’une célébrité pour voir leurs ventes et leurs prix décoller, tenter de savoir quelle montre prendra de la valeur relève du fantasme. Aucun vendeur ne saurait garantir quelle pièce constituera le hit de demain. Tout au plus peut-on suivre les modes et savoir que les petits cadrans ne font plus recette. «Ne spéculez pas, achetez ce qui vous plaît», conclut Henry Kramer.

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