Les musées payants n'attirent plus les écoles

Sorties scolairesDes institutions muséales ont observé jusqu’à 44% de visites scolaires en moins en 2018. L’interdiction récente de faire payer les parents est montrée du doigt.

Aux Mines de sel, rouvertes après rénovations en mars 2018, on développe une offre destinée à des groupes hors écoles.

Aux Mines de sel, rouvertes après rénovations en mars 2018, on développe une offre destinée à des groupes hors écoles. Image: Keystone/Jean-Christophe Bott

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L’arrêt fédéral de décembre 2017 qui interdit désormais aux écoles de réclamer de l’argent aux parents pour les activités extra-­muros, aurait-il sonné le glas des excursions scolaires dans les musées? Si aucun acteur du milieu n’ose désigner la décision fédérale comme unique responsable, elle n’a pas aidé un secteur déjà en perte de vitesse à cause de la multiplication de l’offre d’activités. «La gratuité pour les parents, dans l’idée, c’est joli, mais ils ont tué le truc», lâche Philippe Ligron, responsable des ateliers culinaires de l’Alimentarium, à Vevey.

Le musée de l’alimentation est, de tous ceux que nous avons interrogés, celui qui souffre le plus. En 2018, il a observé une baisse de fréquentation de ses visites guidées scolaires de 44%, et de 10% pour ses ateliers culinaires pour les écoles. Également sur la Riviera, le château de Chillon a enregistré une baisse de 16% sur les groupes d’enfants, alors qu’une progression de 5% a été constatée sur les groupes d’adultes. «Nous pouvons donc imaginer que l’arrêt du Tribunal fédéral en est en partie responsable», dit Aline Méan, directrice marketing, communication et ventes.

Le coût du transport

En partie seulement, car l’érosion des visites scolaires ne daterait pas d’hier. «Nous en avons perdu environ 20% sur cinq ans, chiffre Philippe Benoît, directeur des Mines de sel de Bex depuis quinze ans. On le remarque surtout en juin.» Pour lui, le phénomène est lié au coût des transports – surtout pour les musées hors des villes –, qui représente une part importante du prix de la journée et augmente chaque année. La désertion des classes suisses alémaniques à l’Alimentarium milite pour cette hypothèse, même si deux expositions en lien avec l’alimentation ont eu lieu outre-Sarine en 2018.

Fréquenté aux deux tiers par les écoles genevoises et internationales, le Musée romain de Nyon a également souffert de leur désertion l’année passée. «En 2018, on a eu deux animations pédagogiques (en plus des visites guidées) pour les Genevois, contre une quinzaine d’habitude, témoigne Sandra Gigon, responsable de l’accueil. Les enseignants genevois nous disent que cela commence à faire loin…» Du côté des transporteurs, on ne ressent toutefois par l’érosion (lire encadré).

Musées gratuits privilégiés

Le constat fait dire à Philippe Benoît, des Mines de sel, que «même si l’on offrait l’entrée, ça ne changerait pas. Et nous devons vivre de nos entrées! On sent la concurrence des sites subventionnés par l’État, à prix très bas, voire gratuits.» Laurène Weguener, responsable de communication à l’Alimentarium, confirme: «Des enseignants nous l’ont dit: ils privilégient désormais les musées gratuits.» Certains évoquent en outre des coupes budgétaires dans leur établissement (lire encadré).

Renseignements pris, les institutions communales qui offrent la gratuité aux élèves de la Ville n’observent en effet pas de baisse. À Lausanne, au Mudac, où le nombre de visites est très fortement lié à la thématique, l’arrêté de 2017 n’y a rien changé, constate Marie-Laure Offredi, responsable de l’accueil. «Seule la visite guidée est facturée 50 fr. (au lieu de 100 fr.) pour une classe jusqu’à 25 personnes. Ce tarif ne freine pas les écoles.» Les chiffres sont constants à la Collection de l’art brut également.

La stabilité est observée aussi à la Maison d’Ailleurs, à Yverdon, qui reçoit principalement des classes de la ville, qui n’ont donc à payer ni entrée ni transport. «De plus, une médiatrice en milieu scolaire organise pour toutes les classes des écoles primaires d’Yverdon des activités culturelles qui privilégient la visite active des institutions culturelles de leur région et imagine des projets participatifs incroyables», complète Mercedes Gulin, médiatrice culturelle de la Maison d’Ailleurs.

Diversification de l’offre

Face à ce manque à gagner, les musées privés s’organisent. Les Mines de sel ont rouvert fin mars 2018, après seize mois de travaux, et proposent une offre diversifiée qui permet malgré tout d’augmenter globalement leur clientèle. L’offre pour les groupes, comprenant visite et repas, a été développée, et un partenariat avec CarPostal est en cours pour faciliter l’accessibilité des lieux. Au Musée romain de Nyon, on se concentre désormais davantage sur le local. «Fin 2017, on a mis en place les anniversaires et cela commence à bien marcher auprès des Nyonnais», indique Sandra Gigon.

Et puis il y a ceux qui veulent encore y croire, à l’image de l’Alimentarium, qui a récemment adapté ses ateliers au Plan d’études romand. Depuis deux ans, le musée de Vevey fait aussi de l’éveil au goût dans les classes primaires de La Tour-de-Peilz (cinq sessions d’une heure). «Pendant vingt ans, on a été les leaders des ateliers culinaires.

On s’est sans cesse posé des questions, on a fait un monstre boulot, milite Philippe Ligron. Le parlement vient d’estimer que le sucre n’est pas un problème? Nous, on sait que ça l’est. Et nous avons tout pour prévenir les problèmes de santé liés à l’alimentation. Ces visites devraient être d’intérêt public! Et une petite participation des parents les responsabiliserait.»

Créé: 25.03.2019, 06h53

Canton et Communes s'organisent

La Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) est-elle proactive pour pallier les manques liés à l’arrêt du Tribunal fédéral? Le Canton donnera tout prochainement une conférence de presse en lien avec cette décision, promet son porte-parole, Sacha Horovitz, et ne souhaite pas en dévoiler les détails. «On espère que, comme pour les camps de ski, il sera possible de maintenir l’offre actuelle», glisse-t-il. Début 2018, le chef de la DGEO avait calculé que ces camps coûteraient quelque 12 millions aux collectivités publiques sans apport des parents.

Comme beaucoup de sorties scolaires sont du ressort des Communes, certaines ont pris le taureau par les cornes, à l’instar de Vevey. «C’est, à ma connaissance, une des seules à avoir décidé, dès l’entrée en vigueur de l’arrêt, de prendre en charge toutes les sorties scolaires, indique Fabien Descoeudres, directeur de l’Établissement primaire de Vevey. Il n’y a donc pas de diminution de ressources. La seule exigence communale est que sa participation financière soit signifiée sur la circulaire aux parents.»

Pas de baisse chez les transporteurs

Selon la plupart des responsables de musées qui déplorent une érosion de leur clientèle scolaire, le coût des transports pèse lourd dans la balance. Pourtant, les CFF observent plutôt un nombre d’écoliers en augmentation, indique le porte-parole Jean-Philippe Schmidt.

Surtout durant les mois de courses d’école de mai-juin. Du côté des caristes, l’érosion n’est pas non plus ressentie. Mais si la demande reste sensiblement la même que les dernières années, François Buchard, responsable du contrôle interne et de la gestion de projets chez Buchard Voyages, note que «la composante budgétaire revêt un poids de plus en plus important dans la décision d’achat. C’est un gros critère.»

Sans pouvoir étayer son hypothèse avec des statistiques, il avance un autre argument lié à cette période d’urgence climatique pour justifier cette stabilité: «Certaines écoles bannissent de plus en plus les voyages en avion et se rabattent sur le train ou le car. L’un dans l’autre…»

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