Les musiques actuelles accèdent enfin au bachelor

LausanneLa Haute Ecole de Musique lance le bachelor de Creative Performer, premier du genre en Suisse romande. Une reconnaissance.

Stephan Kohler, responsable des musiques actuelles à la Hemu, a constitué le cursus du nouveau bachelor en s'inspirant de ce qui existe dans les pays anglo-saxons.

Stephan Kohler, responsable des musiques actuelles à la Hemu, a constitué le cursus du nouveau bachelor en s'inspirant de ce qui existe dans les pays anglo-saxons. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’escalier intérieur qui lie l’Ecole de jazz et de musique actuelle (EJMA) au nouveau bâtiment de la Haute Ecole de Musique (HEMU), au Flon à Lausanne, parle de lui-même. La nouvelle entité joue la transversalité. Son tout jeune département des musiques actuelles et son bachelor de Creative Performer en sont une autre preuve. Premier du genre en Suisse romande – un bachelor et un master pop-rock existent depuis une dizaine d’années à Zurich –, il accueillera six étudiants à la rentrée 2016, une vingtaine d’ici à cinq ans.

«La création de ce bachelor était logique, commente Stephan «Mandrax» Kohler, DJ lausannois nommé responsable du nouveau département à la Hemu. Les musiques populaires représentent 95% de la musique consommée, c’était un anachronisme qu’il n’existe pas de formation professionnelle.» Cette dernière est d’ailleurs accueillie très favorablement dans le milieu des musiques actuelles et sonne comme une reconnaissance, un peu tardive, de cette catégorie face aux musiques «savantes» que sont le classique et le jazz. «Classique, folklorique, baroque, contemporaine, actuelle… il n’y a qu’une musique, elle traverse les siècles et évolue avec les technologies», témoigne Franz Treichler, fondateur des Young Gods, soulagé que le genre fasse «enfin partie de notre culture».

Vivre de son art

Le lauréat du premier Grand prix suisse de musique, remis par l’Office fédéral de la Culture en 2014, a su exporter son art et en vivre. Mais les Franz Treichler ne sont pas légion. «Pour vivre de cette profession, il faut comprendre que tout a changé et continue d’évoluer, que tout est important, et connaître l’industrie inorthodoxe de la musique actuelle pour ne pas se faire rouler», explique Stephan Kohler. Quid des droits d’auteur? Comment se positionner face à une maison de disques? Comment communiquer dans la presse ou sur Internet? Le cursus consacre une large part aux notions de management et de production, et impose aussi l’anglais, incontournable. «Le but est de former des gens polyvalents et autosuffisants», résume le responsable.

Pour Daniel Rossellat, patron du Paléo Festival de Nyon, «c’est une très bonne nouvelle. Le talent ne suffit pas. Il est essentiel de donner des bases de management dans le domaine culturel, pour que des groupes émergent et vivent de leur art. Proposer une formation, c’est mettre en valeur un talent, reconnaître que musicien de musique actuelle est un vrai métier, qu’il n’y a pas la musique sérieuse d’un côté et une autre qui ne demande pas d’effort, qu’on joue pour le plaisir.»

Sortir de la «sous-culture»

Jusqu’à maintenant, celui qui voulait se professionnaliser dans le domaine des musiques actuelles n’avait d’autre choix que de suivre la filière jazz de la Hemu (80 étudiants, contre 420 en classique). C’est le cas de certains musiciens de Bastian Baker. Etudiante en 3e année de chant jazz, Mélanie Epenoy aurait été intéressée par la nouvelle filière: «A côté de ma production personnelle, je me destine aussi à l’enseignement, et la demande est plus marquée du côté pop-rock que jazz: les gens veulent chanter ce qu’ils entendent à The Voice

La plupart des interlocuteurs saluent la sortie des musiques actuelles de leur réputation de «sous-culture», mais d’autres craignent le formatage Haute Ecole, bien loin de la naissance de groupes mythiques dans une cave insalubre – imaginez Sid Vicious sur les bancs de la Hemu. «Bien sûr, on a toujours su se débrouiller dans ce milieu, mais l’idée est de donner aux étudiants le bagage qu’on se faisait seul avant», explique Stephan Kohler. Avec en plus, grâce à la nouvelle transversalité de la Hemu, un accès facilité à un ensemble de cordes classique ou à une trompette jazz.

Créé: 10.02.2016, 07h22

«Le studio, un instrument à part entière»

Le bachelor de Creative Performer propose un cursus en trois ans inspiré de ce qui se fait à Londres ou à Berlin. En discipline principale, l’instrument (qui peut être la voix) côtoie l’enregistrement et le studio, «un instrument à part entière pour la musique actuelle», explique Stephan Kohler, responsable du bachelor. La formation pratique comprend principalement la musique assistée par ordinateur et un second instrument, mais aussi du songwriting, de la technique de scène et des notions de production artistique. Quant à la formation musicale générale, elle va du solfège au management et à l’histoire des musiques populaires en passant par la musique à l’image, qui permet d’illustrer pubs, films et jeux vidéo. Le cursus est jalonné de masterclass avec des artistes confirmés.

Inscriptions jusqu’au 1er mars 2016 sous forme vidéo. Examens d’admission en avril. Début des cours en septembre. Toutes les infos ici

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.