Les musulmans réunis pour leurs Assises ont questionné l’«islam vaudois»

PrillyLes Assises 2017 de l’UVAM ont tenté de définir les enjeux et perspectives d’un islam vaudois, dans l’idée d’une reconnaissance cantonale

Pascal Gemperli, Mostafa Brahami, Anaïd Lindemann et Jean-Claude Basset (de g. à dr.) étaient les quatre interlocuteurs de la table ronde animée par Bashkim Iseni (au centre) au Complexe culturel des musulmans de Lausanne (CCML).

Pascal Gemperli, Mostafa Brahami, Anaïd Lindemann et Jean-Claude Basset (de g. à dr.) étaient les quatre interlocuteurs de la table ronde animée par Bashkim Iseni (au centre) au Complexe culturel des musulmans de Lausanne (CCML). Image: Florian Cella

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Quel message doivent porter les centres musulmans du canton? Peut-on parler d’un «islam vaudois»? Les thèmes choisis pour les Assises 2017 de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), ce dimanche à Prilly, voulaient attirer du monde. «Cela a partiellement marché», a commenté avec humour Pascal Gemperli, président de l’UVAM, en ouverture de journée. En effet, seule une petite cinquantaine de personnes était au rendez-vous. Soit bien moins qu’en 2016, où le thème «S’unir à la recherche de la paix» – et la présence de Tariq Ramadan – avait attiré la foule. Réunis en table ronde, quatre interlocuteurs se sont attelés à définir ce que pouvait bien être l’islam vaudois. Pascal Gemperli, Jean-Claude Basset, pasteur et membre de la commission d’experts pour le traitement des demandes de reconnaissance, Mostafa Brahami, docteur en économie et auteur d’ouvrages sur l’islam, et Anaïd Lindemann, sociologue des religions (UNIL), ont vite établi qu’il est difficilement possible de dire que ce concept existe en tant que tel, tant la diversité est un élément constitutif de l’islam.

«D’ailleurs, y a-t-il un christianisme vaudois?» s’est interrogé Pascal Gemperli. Le président de l’UVAM a insisté sur le fait que ce concept concernait en réalité l’organisation et la coordination de l’exercice de cette foi sur le territoire vaudois. D’où l’importance, selon lui, d’une reconnaissance d’intérêt public. «Nous devons acquérir la reconnaissance sociale et juridique. Et je pense que la seconde, avec des attentes très claires des autorités, peut favoriser la première.» Un témoignage émouvant dans le public (lire ci-contre) a toutefois ébranlé cette conviction.

Mais le cahier des charges d’une demande de reconnaissance – qui inscrit la primauté du droit civil sur le droit religieux ou encore interdit toute discrimination fondée sur le sexe – est-il compatible avec l’islam, ou faudra-t-il le réformer pour le rendre «vaudois»? «Il faut différencier ce qui relève du message, des constantes religieuses, de ce qui relève des aspects culturels historiques, qui peuvent être remis en question», a précisé Mostafa Brahami. Le pasteur Jean-Claude Basset l’a rejoint sur ce point: «Il faut travailler sur les valeurs communes de la foi, voir où des convergences sont évidentes, plutôt que d’entrer dans une négociation dure. La relation homme-femme n’est pas dictée par la religion, mais bien par les pratiques culturelles.» Le pasteur a également plaidé pour la patience: «On voudrait déjà être arrivés, alors que c’est une dynamique qui implique un effort et demande du temps.»

Enfin, les chiffres apportés par la sociologue Anaïd Lindemann ont permis de rapprocher les deux communautés (chrétienne et musulmane). «On observe une similitude: un tiers des personnes interrogées dans les deux confessions en Suisse indiquent n’avoir rien à faire avec la religion.» C’est à elle que l’on doit aussi ce qui pourrait bien être une des seules spécificités vaudoises de l’islam: «Dans le canton, 90% des musulmans, lorsqu’on les questionne sur leur foi, répondent être «musulmans», alors qu’en Suisse alémanique, 38% précisent qu’ils sont «sunnites». Cette façon de ne pas mettre en avant son appartenance culturelle serait, pour elle, une preuve d’un réel projet commun. (24 heures)

Créé: 08.05.2017, 08h34

Témoignage

En finir avec le rejet social

Reconnaissance juridique ou sociale? Une femme a pris la parole dans le public: «Le plus important, c’est la reconnaissance sociale. Je suis là depuis vingt-cinq ans et je dois encore montrer patte blanche.
On trouve joli les femmes africaines avec leur turban ou le voile des Indiennes, mais on n’accepte pas le foulard des femmes musulmanes…
A l’issue de ma cérémonie de naturalisation, une femme m’a demandé: «Vous êtes là depuis si longtemps, vous avez un travail, êtes intégrée, comment ça se fait que vous portiez encore le foulard?»
Ce rejet fait mal, mais notre génération l’a intégré. En revanche, je vois le risque qu’il radicalise la nouvelle génération.»

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