«Les musulmans sont des Suisses comme les autres»

Témoignages de convertisDes Suisses qui ont embrassé la religion de Mahomet racontent pourquoi ils ont fait ce choix, évoquent leur spiritualité. Et disent comment ils vivent la défiance d’une partie de la société.

<b>Sophie Bailly Infirmière et herboriste,
49 ans, Genève</b>

Sophie Bailly Infirmière et herboriste, 49 ans, Genève Image: VANESSA CARDOSO

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«Cela se passe entre moi et Dieu»

«Je suis née et j’ai passé mon enfance dans le Jura bernois. J’ai vécu par la suite dans le canton de Vaud, où j’ai gardé de fortes amitiés. J’habite à Genève depuis vingt et un ans. J’ai passé mon enfance au Foyer des Petites Familles des Reussilles, où on mettait les enfants dont les parents ne pouvaient pas s’occuper. J’ai grandi dans une secte néoévangélique: à cette époque les éducateurs étaient durs, il y avait des tabassages et des réprimandes. J’ai été éduquée dans la peur de l’autre. On nous disait de ne pas fréquenter les Italiens, que c’était des sales Ritals, des violeurs, des gens sales. Les violences pour le séparatisme du Jura et la façon dont on traitait les étrangers résonnaient dans ma tête de petite fille. Je me suis dit qu’un jour j’irais chercher la vérité et la justice. Je me suis convertie à l’islam à 18 ans. Mon choix était spirituel. Tout m’était familier dans l’islam, excepté que Jésus est un prophète et pas le fils de Dieu. J’avais rencontré une femme indépendante qui vivait dans le canton de Vaud. Elle était chiite. Moi, j’ai préféré devenir sunnite, elle a quand même été témoin de ma conversion. Il n’y a pas besoin de se bagarrer car il n’y a qu’un seul Coran et un seul Dieu. C’est souvent un reproche que je fais aux musulmans.

» Je me suis mariée avec un Syrien. À cette époque, j’étais plutôt rigide dans mes convictions, comme le sont souvent les nouvelles converties. J’ai élevé mes deux premières filles dans ces principes. Je portais le foulard: j’ai été victime d’insultes, de crachats et même de coups ici, à Genève, où les rapports sont plus tendus que dans le canton de Vaud. On m’insultait rien que parce que je portais le foulard.

» Après mon divorce, il y a douze ans, j’ai changé d’optique. J’ai fait une pause dans ma pratique et j’ai voyagé, mais je n’ai jamais cessé de croire. Je ne porte plus le foulard, et c’est mon choix personnel: cela se passe entre moi et Dieu. Je ne fréquente pas la mosquée de Genève, qui ne correspond pas à mes valeurs, avec des imams qui viennent de l’étranger. Pour moi l’islam n’est pas une religion de fermeture, même si certains le vivent comme ça. J’évite de dire que je suis musulmane, car il y a de l’incompréhension et souvent une haine envers les musulmans. Je ne veux plus avoir à m’expliquer ni à justifier quoi que ce soit. Si on connaît bien l’islam, il est impossible de commettre des actes extrêmes. Le Coran est difficile à comprendre: pour l’interpréter il faut des années d’études. Oui, on peut parler d’une religion de soumission, mais uniquement à Dieu et dans l’amour. Bien sûr qu’il y a des intégristes, mais je ne dialogue plus avec eux. J’aimerais que les gens qui ont peur de l’islam ouvrent leur esprit et parlent davantage avec nous. On n’a peur que de ce qu’on ne connaît pas.»


Kevin Braichet, logisticien dans une société, 33 ans, Vevey

«Nous devons nous rapprocher»

«Je me suis converti il y a douze ans. J’ai toujours eu la foi. J’étais catholique et j’ai vu une émission sur les prêtres pédophiles: cela m’a fait très mal. Je me suis intéressé à plusieurs religions entre 17 et 20 ans, dont le bouddhisme. J’ai fait un long chemin. Finalement l’islam est ce qui me convenait le mieux, avec sa spiritualité et les codes à observer: cinq prières par jour, le ramadan… ça me plaisait.

» Ma maman était un peu réticente au début, mais elle a vu que rien n’avait changé dans mon comportement. J’ai continué à faire du football et à fréquenter les mêmes amis. Je ne buvais déjà pas d’alcool avant: j’avais un papa suisse et une maman mauricienne, ce n’était pas dans les habitudes de la famille. Faire du sport pendant le ramadan? Pas de problème! Comme disait Zidane, le sport, c’est à 80% dans la tête.

» Les amis ne m’ont pas jugé. En fait, je ne me suis jamais fait critiquer en tant musulman. Par contre, j’ai été insulté par racisme: on m’a traité de «bronzé» ou de «nègre» à cause de ma couleur de peau. Je ne discute que quand je sens que cela en vaut la peine. Sinon, à Vevey, c’est vraiment multiculturel. Quand je mène un de mes enfants à la garderie, il y en a de toutes les nationalités. Au football, c’est pareil.

» Je suis conscient que l’islam fait peur. Le pire, ce serait qu’on en rajoute une couche en excusant les terroristes ou en excusant ceux qui font des amalgames entre les musulmans et les terroristes. Je suis triste que des gens commettent des actes violents et le revendiquent au nom de Dieu et que d’autres y voient un comportement religieux. Et je pense à toutes les familles qui souffrent. Les gens qui recrutent s’attaquent à des esprits perdus.

» Je me situe également loin du salafisme, mais je ne connais pas bien le sujet. J’ai discuté avec certains salafistes: ils ont vite compris qu’avec moi et mes amis ils n’étaient pas tombés sur les bonnes personnes. Ils pourraient gagner en nombre ces prochaines années. Mais, à ce moment-là, les gens ouvriront les yeux et verront le véritable islam. Il y a 400'000 musulmans en Suisse et 1250 me cassent les pieds: où sont les autres? Une majorité des musulmans pratiquants sont des Suisses comme les autres, qui travaillent, élèvent leurs enfants et vont en vacances. Nous devons nous rapprocher et mieux nous connaître, c’est la seule solution. Les gens ont souvent «vu» ou «entendu» des choses, mais ils ne connaissent pas vraiment. Je discute souvent de l’islam avec des personnes. À la fin de la discussion, je dis que je suis musulman. Certains tombent des nues. Tu croyais quoi? Que j’étais grand, sec avec une djellaba et que je ressemblais à Ben Laden?» (Rires.)


Lysiane Brahmi, employée de commerce, 55 ans, Lucens

«Pourquoi toujours nous stigmatiser?»

«Je suis une Mercier de Chavannes-le-Chêne née à Payerne. J’ai épousé un homme d’origine algérienne en 1988, mais ma conversion à l’islam datait d’avant. Baptisée protestante, je ne pratiquais plus. Jeune, je militais à l’extrême gauche pour plus de justice et d’égalité dans le monde. Je n’ai pas abandonné ces idéaux. Je baignais dans une ambiance post-68 où il était interdit d’interdire. Les hommes et les femmes étaient déboussolés. J’ai rencontré mon futur mari en Finlande lors d’un voyage avec ma sœur. Il faisait ses prières, il avait des valeurs, les pieds bien sur terre. Il me proposait un projet de vie, et cela m’a plu. Je me suis convertie en 1987. Cela a été difficile pour ma famille: au départ ma maman ne voulait plus me voir. Ne pas boire d’alcool n’était pas un problème pour moi, mais ne plus manger de porc dans la Broye a été plus difficile.

» J’étais attirée par le côté juste de l’islam, qui prône la bonté, l’honnêteté, la sincérité. Je vois dans l’islam des solutions contre les inégalités de la société. Je suis très féministe et je trouvais que l’islam donnait beaucoup de valeur à la femme. Jeune, je militais en faveur de l’avortement. Vous savez que c’est toléré dans l’islam? Bien que les conditions soient strictes. La contraception est tolérée. Dans l’intimité, l’épanouissement de la femme est primordial. C’est une religion qui sublime la femme, même si malheureusement tous les musulmans ne le voient pas comme ça! On relève souvent que les femmes touchent moins d’héritage que les hommes: c’est vrai, mais les hommes doivent entretenir financièrement les femmes, alors que les femmes gèrent leurs biens pour elles-mêmes. Au VIe siècle, le prophète Mahomet avait créé une société démocratique où les femmes avaient droit à la parole.

» Je ne milite pas, mais je suis pour les réformateurs. Malheureusement, le monde musulman a beaucoup de retard sur l’interprétation des textes coraniques. Mais il y a beaucoup d’idées reçues sur la charia. On ne cite que la lapidation. Mais savez-vous qu’il faut quatre témoins oculaires pour constater une infidélité? C’est quasi impossible à réaliser dans la réalité. On oublie que le djihad, la guerre sainte, est avant tout une lutte contre ses propres mauvais penchants. La façon dont on applique la charia dans certains pays n’est pas du tout représentative.

» Quand on est musulman, on nous reproche tous les malheurs du monde. Laissez-nous vivre! Après trente ans d’efforts pour expliquer, je me sens toujours repoussée. Cherchez qui nous sommes… Ne vous arrêtez pas au voile. pourquoi toujours nous stigmatiser? Je dis toujours que, si des gens ne m’acceptent pas ou ne veulent pas de mon amitié, tant pis pour eux.»


Pascal Gemperli, médiateur, 40 ans, président de l'Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM)

«La liberté que je désire pour moi»

«Ma conversion à l’islam s’est faite en 2005. J’ai grandi dans une famille assez catholique de Saint-Gall, j’avais été enfant de chœur. J’avais arrêté de pratiquer, mais je n’ai jamais perdu la foi. J’étais un cérébral et je ne comprenais rien à un dogme chrétien comme la trinité. Je n’aimais pas non plus la représentation humanisée de Dieu en vieillard barbu. Je trouve intéressante l’interdiction de la représentation de Dieu dans l’islam, même si l’affaire des caricatures était très exagérée.

» Pourquoi l’islam? C’est difficile de vous répondre simplement. C’est venu progressivement. J’ai commencé à m’y intéresser quand j’ai connu un ami égyptien et voyagé au Moyen-Orient entre 1999 et 2001. Les gens que j’ai rencontrés m’ont impressionné: ils gardaient leur calme en permanence. C’était un idéal pour moi. Venu à Lausanne en 2000 pour mes études, j’ai suivi un cours d’introduction à l’islam avec une association. À un moment donné, je me souviens de m’être dit: en fait, tu es déjà musulman… J’aimais cette religion. Je me suis converti en 2005, l’année aussi de mon mariage avec mon épouse d’origine marocaine. Émotionnellement, je garde une affection pour le christianisme: je me recueille quand j’entre dans une église. J’ai remplacé l’église par la mosquée, en continuité avec le même Dieu.

» Je n’ai pas eu beaucoup à souffrir d’être musulman. On ne me déstabilise pas facilement! Ma famille l’a bien accepté. Parfois des gens que je ne connais pas m’attaquent sur Facebook, cela m’est égal. Ça s’est un peu calmé avec les lettres d’insultes. J’ai déposé une plainte récemment: c’était un mail menaçant signé d’un groupe qui me disait qu’il savait où j’habite. Comme j’étais à l’étranger et que ma femme et mes filles étaient seules à la maison, j’ai contacté la police.

» Je fais exprès de dire souvent que l’islam est une religion suisse. C’est vrai, j’aime Mahomet et le major Davel! Beaucoup de Suisses ont un problème avec la religion en général et avec l’islam encore plus, car ils ne voient que ce qui est normatif dans cette religion. Les débats futiles autour de la viande de porc ou le voile sont regrettables. L’islam est infiniment plus profond que ça. Mais c’est le même constat pour une partie de notre communauté: quand le normatif prend le pas sur le spirituel, c’est un souci. Mais je pense qu’il ne faut pas catégoriser les gens, les classer entre «bons» ou «mauvais» musulmans. Chacun vit la religion à sa manière. Même les gens très orthodoxes, tant que ça reste dans le respect d’autrui et des lois civiles, il faut les respecter. Je laisse aux autres la liberté que je désire pour moi-même.» (24 heures)

Créé: 02.02.2018, 18h35

Reconnaissance en terres vaudoises

Dans quelques jours, les musulmans vaudois déposeront leur demande de reconnaissance par l’État de Vaud. Premier acte d’un processus de plusieurs années. À son terme, l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) pourrait décrocher un statut d’intérêt public. Cela lui permettrait de financer des aumôneries, notamment dans les prisons et les hôpitaux, et de professionnaliser un fonctionnement encore largement bénévole.

Surtout, les musulmans vaudois aimeraient être mieux connus et mieux considérés. Actuellement, la communauté inspire de la défiance auprès d’une partie de la population. Les affaires d’imams et de jeunes radicalisés rythment l’actualité. «Les médias parlent de nous trop souvent au travers des extrêmes. Entre Nicolas Blanchot et Saïda Keller-Messahli, nous sommes pris en permanence entre deux feux. Cela ne reflète pas ce que vivent 99% des musulmans», regrette Pascal Gemperli, président de l’UVAM.

Désir de discrétion
Figure emblématique de l’islam vaudois, Pascal Gemperli est un Suisse converti. Comme lui, ils seraient quelque 6000 à avoir choisi cette religion, sur une population de 400'000 musulmans – dont 32'000 dans le canton de Vaud selon les statistiques les plus récentes. Comment ces convaincus d’Allah vivent-ils ce climat de défiance? Pourquoi ont-ils choisi cette religion et pas une autre? Quelle est leur spiritualité? Autant de questions que nous avons posées à des convertis de la région lémanique.

Premier constat: plusieurs d’entre eux rechignent à s’exprimer à visage découvert. «Je ne veux pas attirer l’attention, c’est pour ça que je ne porte pas le voile. Je n’aimerais pas que cela me pose des problèmes sur le plan professionnel, ni que cela ennuie ma famille», explique une Vaudoise trentenaire. «Depuis les attentats de 2001, l’islam souffre d’une mauvaise image dans le monde, et il est difficile pour les musulmans de toujours se justifier face à une horreur qui ne correspond en rien à leur religion. Je peux comprendre que certains préfèrent rester discrets», explique Grégory Stergiou (42 ans), Veveysan converti en 1997. Il affirme avoir trouvé dans l’islam «des trésors de sagesse et de paix, une raison de vivre et un appel au don de soi pour les autres».

Pas de convertis récents
Deuxième constat: les personnes qui acceptent de témoigner ne sont pas des convertis de fraîche date. Elles ont fait le pas «à une autre époque. Dans le climat actuel, nourri par des campagnes politiques comme la votation sur les minarets en 2009, les conversions donnent forcément une image plus négative», explique un musulman qui souhaite lui aussi garder l’anonymat. L’amalgame parfois fait entre convertis et djihadistes est particulièrement difficile à accepter pour nos interlocuteurs. «En fait les djihadistes qui vont faire la guerre en Syrie ou ailleurs ne sont pas des convertis à l’islam mais à la violence, nuance Pascal Gemperli. Ce sont des victimes perdues dans la vie et manipulées qui deviennent des criminels. Ils ne sont pas convertis à l’islam mais à une fuite et à une quête d’identité, ils ne vont pas vers quelque chose mais cherchent à fuir quelque chose. Il y a trente ans, cela aurait pu être l’extrémisme de gauche.» Les musulmans vaudois espèrent que leur reconnaissance mettra un terme à ce genre de confusions.

«Bien intégrés mais pas acceptés»

Interview de Mallory Schneuwly Purdie, chercheuse au Centre suisse islam et société, Université de Fribourg



– Les convertis récents à l’islam rechignent à témoigner. Y a-t-il une différence de génération dans les conversions?
– Le contexte a changé. Les conversions dans les années 1980 étaient moins visibles. Il y avait beaucoup de conversions au soufisme, où le voile n’est pas forcément porté. À cette époque, l’islam n’était pas une question publique. À partir de 2001, on a commencé à racialiser la catégorie religieuse en parlant de musulman plutôt que d’étranger. En 2009, l’initiative contre les minarets a contribué à produire une image des musulmans comme menace pour l’identité nationale. Dès 2011, avec la montée de l’État islamique, l’islam est même devenu un problème de sécurité. L’actualité concernant les musulmans est de plus en plus négative. Beaucoup de gens ne comprennent pas qu’on puisse rejoindre l’islam aujourd’hui.

– Une partie grandissante des convertis actuels seraient fondamentalistes.
– La sécularisation suscite deux tendances. D’une part, l’athéisme; d’autre part, une montée des mouvements fondamentalistes, toutes religions confondues. Pour des jeunes qui ont du mal à se définir, le fondamentalisme apporte un cadre. Il y a une tendance générale dans les conversions à aller vers le prêt-à-croire. Si le salafisme plaît aujourd’hui, c’est qu’il permet d’affirmer une identité sociale à partir de quelques principes performatifs. Il ne s’agit pas de s’interroger, mais d’appliquer un corpus de pratiques et de croyances.

– Les convertis, comme les autres musulmans, se plaignent d’être discriminés ou stigmatisés.
– Les études empiriques montrent que les musulmans sont bien intégrés mais pas acceptés. Les chiffres indiquent un bon niveau de formation et une bonne intégration dans le monde du travail, par contre il est plus difficile pour beaucoup de trouver un appartement ou une salle associative. Enfin, il y a une véritable discrimination envers les femmes voilées. Les actes d’hostilité envers les musulmans ont doublé en l’espace de quelques années.

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