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«Les musulmans vaudois respectent les lois, où est le problème?»

Pascal Gemperli, secrétaire général associations musulmanes vaudoises, répond au théologien Shafique Keshavjee et à son livre, «L'islam conquérant».

Pascal Gemperli, porte-parole de la Fédération des organisations islamiques de Suisse.
Pascal Gemperli, porte-parole de la Fédération des organisations islamiques de Suisse.
ODILE MEYLAN

Le théologien Shafique Keshavjee se tromperait sur le compte de l'islam. L'ancien pasteur serait dans l'erreur lorsqu'il affirme que la violence de certains textes fondateurs est ignorée par les disciples de Mohammed. Tout comme lorsqu'il suggère que la volonté de conquête militaire ne peut être dissociée de la spiritualité musulmane.

C'est en tout cas ce que répondent plusieurs responsables musulmans. Questions à Pascal Gemperli, porte-parole de la Fédération des organisations islamiques de Suisse (FOIS) ancien président et actuel secrétaire général de l'Union vaudoise des musulmans.

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A lire: «L’État de Vaud ne peut pas ignorer la violence contenue dans le Coran»

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Shafique Keshavjee n'a-t-il pas raison de pointer du doigt certains textes religieux violents de l'Islam?

Non, M. Keshavjee créée une polémique gratuite. Il peut pointer du doigt des textes mais il ne peut pas y associer Pierre, Paul ou Jacques dans un procès d'intention. J'ai l'impression que vingt ans de dialogue interreligieux ont laissé peu de traces chez lui et c'est regrettable. Ce livre s'inscrit dans une tendance, hélas connue, qui consiste à isoler des textes sans recul ni interprétation et de les considérer comme normatifs pour autrui. Il rappelle que Mohammed aurait dit «Celui qui change de religion, tuez-le», alors qu'étant musulman depuis bientôt vingt ans je n'ai jamais entendu un imam ou un autre propager de telles bêtises.

N'y a -t-il pas de musulmans qui font une lecture littérale du Coran et des hadiths?

Certainement. Personnellement je prends le verset suivant à la lettre: «Celui qui tue une âme c'est comme s'il avait tué toute l'humanité et celui qui sauve une âme c'est comme s'il avait sauvé toute l'humanité». Ou encore ce hadith: «Souhaite pour ton prochain ce que tu souhaites pour toi-même». En outre, les musulmans suisses respectent la loi et cherchent la paix avec leurs concitoyens. Il suffit de regarder autour de vous: vos collègues de travail, vos voisins, les amis de vos enfants... Ce qui est pervers, c'est que M. Keshavjee insinue que tous les musulmans devraient suivre une lecture violente pour être véridiques. Et même, assez subtilement, que les musulmans paisibles auraient tort. Dans un débat que nous avions en 2015, il parlait de «l'Islam normatif», qui serait dangereux pour notre société. Je lui ai demandé ce que c'était, et il m'a répondu: «C'est celui que tous les musulmans doivent suivre». Sa propre lecture littérale s'apparente à un culturalisme de premier degré. Il concède aux chrétiens le pouvoir de faire abstraction des passages violents dans la Bible mais il ne reconnaît pas cette capacité aux musulmans, comme s'ils étaient dépourvus d'une sorte de gène de l'intelligence, c'est une sorte de phrénologie moderne. Mais bon, M. Keshavjee affirme aussi que pendant trois siècles aucun chrétien n'a tué qui que ce soit. On peut en déduire la lucidité de sa démarche.

Peut-on affirmer que les membres de l'Union vaudoise des musulmans (UVAM) interprètent avec distance les textes problématiques de l'islam?

Tout ce qui est contraire aux lois ou à la Constitution vaudoise est inacceptable et banni des associations membres de l'UVAM. Il faut juger les gens sur leurs paroles et sur leurs actes, sans projeter ses propres peurs sur autrui.

L'apostasie (ndlr: le fait de quitter sa religion) est-elle possible?

Oui! Ecoutez, la communauté musulmane vaudoise s'apprête à signer une déclaration liminaire d'engagement pour sa reconnaissance. L'Etat aura ensuite cinq ans pour vérifier ces engagements. La liberté religieuse en fait partie, tout comme les autres libertés constitutionnelles, la contribution à la paix sociale, etc. Cela devrait répondre à toutes les peurs. M. Keshavjee s'inquiète du soi-disant silence des musulmans sur ces questions, mais il a dû sauter quelques pages! Je me réjouis que nos communautés musulmanes signent cette déclaration liminaire avec l'Etat pour affirmer nos volontés citoyennes et confirmer notre adhésion aux principes de l'Etat de droit.

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A lire l'édito: De bonnes questions au sujet de l’islam

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Vous êtes fatigué de devoir vous justifier face à ces attaques?

Oui! Cela me dérange de devoir toujours répéter que nous sommes des gentils et des bons petits Suisses, que nous n'avons pas l'intention de commettre des meurtres. Je comprends un certain besoin de clarification de la part du public mais, en réalité, c'est ridicule de devoir répondre à des questions pareilles. Vous vous rendez compte, je dois vous répéter que, non, nous n'avons pas l'intention de conquérir le monde, parce que M. Keshavjee n'a pas su mettre en contexte ce qu'il a lu... Je souligne que son livre est édité par l'IQRI (Institut pour les questions relatives à l'Islam), qui est en fait associé au réseau évangélique suisse. Je sais, de ma propre expérience, qu'on y trouve des tendances pas toujours très amicales vis-à-vis des musulmans, pour le dire avec diplomatie. Si le livre de M. Keshavjee est soutenu ou financé par ces groupes, ceci explique cela.

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