Le mystère des sorties hors du corps

SantéCinq à dix pourcent de la population aurait déjà vécu une décorporation. La recherche sur les états de conscience modifiés n’en est qu’à ses balbutiements. Témoignage

Lors d’une Out-Of-Body Experience, la personne a l’impression d’être à l’extérieur de son corps.

Lors d’une Out-Of-Body Experience, la personne a l’impression d’être à l’extérieur de son corps. Image: GETTY

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Il y a quelques semaines, la très sérieuse Haute École de Santé Vaud (HESAV) organisait au sein du non moins sérieux CHUV une table ronde sur un sujet troublant, voire dérangeant: les OBE, acronyme de Out-Of-Body Experience. Comprenez: un état modifié de conscience durant lequel une personne a l’impression d’être à l’extérieur de son corps. Cinq à dix pour-cent de la population aurait vécu au moins une fois ce phénomène.

«Je pouvais voir tout ce qu’il se passait»

«Les sorties hors du corps sont plus banales que ce que l’on croit, explique Claude-Charles Fourrier, psychothérapeute à l’Institut Suisse des Sciences Noétiques. Chaque expérience est différente; il n’y a pas de règle.» Les décorporations peuvent être déclenchées par un traumatisme, des peurs, avoir un aspect spirituel ou pathologique. Ou rien de tout cela.

Nicolas Fraisse, infirmier trentenaire français, dit vivre des OBE quotidiennes spontanées depuis son enfance. «Chaque jour, j’en fais une au moment de m’endormir. J’ai l’impression qu’une partie de moi, plus fluide, se décale légèrement de mon corps. Il y a un flash lumineux et je me retrouve ailleurs, dans le Cosmos. C’est magnifique. Je vis aussi des décorporations quand je m’ennuie. Gamin, à l’école, je me retrouvais chez moi et je pouvais voir tout ce qu’il se passait.»

Il raconte cet autre épisode. «J’étais malade au fond de mon lit, impossible de me rendre à l’anniversaire de mon ami. Et pourtant j’y étais! Hors de mon corps. Je voyais tout, j’entendais tout, je pénétrais dans les pensées des personnes présentes… Le lendemain j’ai appelé mon ami, qui m’a confirmé tout ce que je lui ai décrit.»

«Mieux qu’un GPS»

Parfois, il poursuit son activité pendant l’OBE, comme lorsqu’il est au volant pour de longs trajets. «J’ai le souvenir des cinq premières minutes et des cinq dernières, sourit-il. C’est mieux qu’un GPS. je vous rassure, ma conduite est parfaite. Tous les accidents que j’ai eus se sont produits quand j’étais complètement conscient.»

Hallucinations? Mensonges? Ce n’est pas l’avis de Sylvie Dethiollaz, docteure en biologie moléculaire et directrice de l’Institut Suisse des Sciences Noétiques. Avec Claude-Charles Fourrier, elle a soumis Nicolas Fraisse à une série de tests. Le duo conclut que ces expériences sont bien réelles et vérifiables. Il raconte leurs travaux sur dix ans avec Nicolas Fraisse dans le livre «Voyage aux confins de la conscience», publié en 2016. «Nous avons vu Nicolas faire des choses incroyables, assure Sylvie Dethiollaz. Il y a eu tellement d’exemples; on ne peut plus douter. Une anecdote: la crèche m’appelle un jour pour me dire que ma fille ne va pas bien. Il «part» pour voir et me dit que ce n’est rien, juste un petit problème à l’œil droit. C’était vrai.

Où se trouve la conscience?

L’exploration des états modifiés de conscience ne fait que commencer. La communauté scientifique est frileuse. «On est dans une impasse, regrette Sylvie Dethiollaz. Ces phénomènes remettent en question notre modèle, à savoir que la conscience est produite par le cerveau. Admettre que la conscience est partout et que le cerveau fonctionne comme un récepteur remettrait en question les fondements des neurosciences. Et plus encore.»

Elle attend que d’autres scientifiques refassent les tests réalisés avec Nicolas Fraisse pour valider ses résultats. «Le but, c’est de publier le plus vite possible. Mais le chemin est long. Il y a beaucoup de méfiance des chercheurs. Certains m’ont déjà dit que le sujet les passionnait mais qu’ils ne voulaient pas risquer leur réputation en s’associant à ces recherches. D’autres m’ont fait part de leur embarras en ces termes: «Si c’est vrai, je n’oserai jamais publier une bombe pareille.»

Il est un professeur du CHUV qui s’intéresse de près aux OBE: Jacques Besson, chef du Service de psychiatrie communautaire. Il se décrit comme «un scientifique et un mystique» et juge qu’«il n’est pas impensable que l’Univers soit un esprit et que la matière se spiritualise. Je rappelle qu’il existe des produits qui permettent de se dissocier.» (24 heures)

Créé: 04.11.2018, 08h26

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«Il faut briser ce tabou»

Pourquoi la Haute École de Santé Vaud (HESAV) s’intéresse-t-elle aux sorties hors du corps? «Plusieurs soignants ont vu leurs patients vivre cela, explique Corinne Schaub, professeure associée. Les malades sentent bien qu’on n’a pas de réponse à leur donner et du coup, ils n’en parlent pas. Il faut briser ce tabou pour mieux les accompagner.»

Les situations propices sont les accouchements ou encore les soins très douloureux.
«L’écoute est essentielle», insiste Valérie Renoud. Cette professeure à l’HESAV a vécu elle-même une Out-of-Body Experience lorsque, enfant, elle a manqué se noyer. Elle a accompagné des patients en fin de vie sujets à ces états. «Il faut garder un esprit ouvert pour accueillir ce que vit la personne. J’avais parfois plus à rassurer les familles que les intéressés.» «Les proches ont tendance à dramatiser, acquiesce Sylvie Dethiollaz. Souvent, l’expérience en soi n’est pas traumatique mais c’est la réaction provoquée chez les autres qui va causer des problèmes.»

«Les gens qui vivent ce genre de choses ne savent pas où s’adresser, regrette Nicolas Fraisse. Mes parents n’étaient pas armés pour comprendre ce que je vivais. Je n’avais personne à qui en parler. Je serai probablement devenu fou si je n’avais pas trouvé des oreilles attentives.»

M.N.

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