Le N° 2 de Jacqueline de Quattro accusé de calomnie

Affaire Nicod/OrllatiLe secrétaire général du Département du territoire est visé par une plainte pénale déposée par un directeur de Bernard Nicod SA.

Malgré la plainte, le département de Jacqueline de Quattro (photo) maintient toute sa confiance en son secrétaire général.

Malgré la plainte, le département de Jacqueline de Quattro (photo) maintient toute sa confiance en son secrétaire général. Image: Keystone

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C’est une affaire qui n’en finit pas de rebondir de plaintes en recours, et qui est encore loin d’avoir trouvé son épilogue. Dans les suites de la bataille Nicod/Orllati, où s’affrontent deux mastodontes de l’immobilier et de la construction, un nouveau personnage fait son entrée médiatique malgré lui: il s’agit de Nicolas Chervet, secrétaire général du Département du territoire et de l’environnement (DTE) de Jacqueline de Quattro.

«Ils savent manier la caisse en bois»

À la tête de l’état-major du département, cet ancien gendarme chargé d’appuyer la ministre dans son rôle de direction fait l’objet d’une plainte pénale pour «calomnie, subsidiairement diffamation», envoyée au Ministère public vaudois le 27 novembre. La procédure a été initiée par un directeur de Bernard Nicod SA, lui-même prévenu dans un autre volet de l’affaire pour avoir transmis des documents alarmant la population.

Dans la lettre qu’il a fait parvenir au Ministère public, le plaignant revient sur des propos que Nicolas Chervet lui a attribués, et qu’il aurait tenus lors d’une rencontre organisée au DTE en 2016. Nous sommes alors aux prémices de ce qui deviendra l’affaire Nicod-Orllati, au moment où trois entrepreneurs, dont Bernard Nicod, approchent de manière confidentielle la ministre Jacqueline de Quattro pour lui faire part de leurs inquiétudes et de leurs soupçons concernant un système de pollution à large échelle organisé par Orllati. La réunion dont il est question ici est une entrevue portant sur les aspects techniques, qui fait suite à une première rencontre avec la ministre, le 17 mai.

Un compte rendu de cette seconde séance, rédigé par le secrétaire général, figure dans le rapport remis par le département au procureur Christian Buffat le 2 octobre 2018 («24 heures» du 13 novembre). Le procureur demandait ces informations dans le cadre d’une enquête faisant suite à une plainte déposée par Orllati en juillet 2017, soit plus d’une année auparavant.

Dans ce document, Nicolas Chervet écrit que le directeur de Bernard Nicod SA a, durant la séance en question, «insisté sur les risques que représente le «clan Orllati» pour l’intégrité corporelle, voire la vie des informateurs, utilisant notamment les termes suivants: «Ils savent manier la caisse en bois.»

Démenti catégorique

Dans le courrier qu’il a envoyé au Ministère public, le plaignant assure ne jamais avoir tenu ces propos. «Non seulement ce ne sont pas mes expressions, mais encore je n’ai jamais imaginé ou soutenu qu’Orllati puisse représenter une quelconque menace physique pour qui que ce soit», écrit-il. Le directeur de Bernard Nicod SA estime que ces propos, par ailleurs reproduits «publiquement dans «Le Temps», lui «font potentiellement un tort considérable dès lors qu’ils m’exposent à une plainte pénale de la part d’Orllati alors que je ne les ai jamais tenus, comme peuvent en attester les autres participants à cette réunion».

Contactés, ces derniers, de même que le plaignant, refusent de s’exprimer tant que l’instruction est en cours. Cependant, selon un procès-verbal que nous avons pu consulter, l’un des participants à la séance a affirmé devant le procureur être certain que le directeur de Bernard Nicod SA n’avait «pas parlé de caisse en bois».

D’après nos informations, le document rédigé par Nicolas Chervet comporte en outre deux erreurs importantes: il y est écrit que la séance en question s’est tenue «courant juin 2016», alors qu’elle a eu lieu en réalité le 24 mai. De plus, le secrétaire général ne cite que quatre des cinq personnes avec qui il s’est réuni ce jour-là, omettant la présence de Sylvain Rodriguez, de la Direction de l’environnement industriel.

«Je suis parfaitement serein quant à l’issue de la procédure pénale ouverte suite à cette plainte»

Pourquoi ces imprécisions? Plus de deux ans après les réunions en question, sur quoi le secrétaire général s’est-il basé pour écrire son rapport au Ministère public? «Je ne peux pas répondre à ces questions au vu du secret de l’enquête pénale en cours relative au contenu de ce rapport», répond Nicolas Chervet.

Cette plainte étant pendante, travaille-t-il toujours sur des dossiers en lien avec Orllati? «Oui, cela ne remet pas en question mon impartialité, mon honneur ou la probité de mon travail. Je suis d’ailleurs parfaitement serein quant à l’issue de la procédure pénale ouverte suite à cette plainte. Cela dit, je ne travaille pas sur beaucoup de dossiers en lien avec Orllati. La procédure administrative m’impose d’organiser des séances d’audition d’entreprises dans le domaine des gravières et carrières, mais je ne suis jamais seul: il y a toujours avec moi des techniciens.»

La Chancellerie est-elle au courant de cette dénonciation? Oui, confirme le chancelier Vincent Grandjean. «Nous laissons le Ministère public instruire. De notre point de vue, cette plainte ne péjore en rien le travail de M. Chervet.»

Contacté, le Ministère public répond qu’il ne fera aucun commentaire. Sollicité également, le groupe Orllati déclare quant à lui qu’il «n’entend pas commenter les plaintes de tiers».

Créé: 29.01.2019, 07h10

L’affaire en dates

17 mai 2016 Bernard Nicod rencontre Jacqueline de Quattro en compagnie de deux autres entrepreneurs. Ils évoquent une pollution à large échelle qui serait le fait de leur concurrent, le groupe Orllati.

24 mai 2016 Une seconde séance plus technique a lieu sans la ministre, ni Bernard Nicod, mais en présence du secrétaire général du DTE ainsi que du directeur de Bernard Nicod SA qui s’estime calomnié aujourd’hui.

15 juillet 2016 Une dénonciation pénale pour un «cas potentiel de pollution à large échelle» par le groupe Orllati est envoyée au Ministère public par Jacqueline de Quattro.

27 septembre 2016 Perquisition au siège d’Orllati.

8 février 2017 Suite à l’envoi de nombreuses lettres anonymes, l’État de Vaud dépose une plainte pour tentative de menaces alarmant la population. On apprendra plus tard que l’auteur des lettres est Fabien Dunand, ancien rédacteur en chef de 24 heures.

22 mai 2017 Le Ministère public annonce que les soupçons contre Orllati n’ont pas été confirmés par l’enquête et classe l’affaire.

Juillet 2017 Orllati dépose plainte pour diffamation et dénonciation calomnieuse.

2 octobre 2018 Le DTE envoie au procureur un rapport sur les réunions de 2016, rédigé par son secrétaire général, Nicolas Chervet.

27 novembre 2018 Le directeur de Bernard Nicod SA, cité dans ce rapport, dépose une plainte contre Nicolas Chervet.

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