Nobel rimera-t-il avec Grätzel?

ChimieMichael Grätzel constitue l’une des chances de l’EPFL de décrocher un Prix Nobel. Il assure ne pas y prêter trop d’attention.

Image: OLIVIER VOGELSANG

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La semaine des Nobel bat son plein. Après la médecine lundi et la physique ce mardi, place à la chimie mercredi. C’est peu avant midi que la prestigieuse distinction devrait tomber de Stockholm. D’ici là, le secret est bien gardé: rien ne filtre. Conséquence, les bookmakers et autres «prédictologues» se perdent en conjectures, les suppositions vont bon train, dans les labos et sur le Net. Ici, on scrute le profil des derniers récompensés et leur domaine de recherche pour tenter de deviner le prochain. Là, on développe des stratégies portées par des algorithmes opaques pour oser des classements. Signe que la boule de cristal tâtonne, personne n’aboutit aux mêmes résultats.

Sous nos latitudes, l’EPFL n’est pas épargnée par cette frénésie de pronostics. Notamment grâce – ou à cause – du professeur Michael Grätzel, inventeur de la célèbre cellule solaire du même nom. Le directeur du Laboratoire de photonique et interfaces de l’école figurerait sur la «short list» des papables pour sa découverte faite en 1991.

Le chercheur se méfie

Pour rappel, la cellule à colorant Grätzel s’inspire de la photosynthèse pour fabriquer de l’électricité. Le produit, protégé par plus de 25 brevets, rapporte des millions à l’EPFL chaque année. Malgré un transfert délicat de technologie vers l’industrie et des coûts de fabrication élevés, la découverte est déclinée dans de nombreux produits. On trouve par exemple des cellules Grätzel sur une façade de protection contre le bruit qui longe l’autoroute près de Berne ou encore sur un vitrage à Romont pour recharger des voitures électriques.

On en trouve encore dans toute une panoplie d’objets électroniques, des écouteurs aux enceintes connectées en passant par des tablettes électroniques, qui fonctionnent tous à l’énergie solaire. En Suisse, la société fribourgeoise H.Glass est la première à s’être lancée dans la production de panneaux photovoltaïques Grätzel à l’échelle industrielle. Il y a une dizaine d’années, l’agence américaine Thomson Reuters avait misé sur le nom de Grätzel pour le Nobel, poussant l’EPFL à se préparer en conséquence. Peine perdue, Grätzel n’avait finalement pas été primé. Depuis, le chercheur se méfie. «Je ne fais pas de pronostic, ni aucune spéculation», botte-t-il en touche.

Rencontré début septembre sur le campus, le scientifique de 75 ans, dont les murs du bureau sont littéralement recouverts de distinctions décernées par des institutions des quatre coins du monde, enchaîne. «J’ai reçu beaucoup de prix dont je suis évidemment très fier, mais je ne suis pas obnubilé par les récompenses.»

Le professeur suisse d’origine allemande trouvera peut-être bientôt le temps – et la place – d’accrocher la dernière en date. Fin août, le chimiste a décroché la première place d’un classement international de 100'000 chercheurs, toutes disciplines confondues. Dans la masse des hiérarchies de ce genre, celle-ci, concoctée par l’Université Stanford, entend se distinguer grâce à une nouvelle façon de classer les scientifiques, qui éviterait les abus tels que les citations de complaisance.

Cet engouement pour ses recherches, Michael Grätzel l’explique par un terme un peu barbare: pérovskite. «Les capteurs photovoltaïques à pérovskite, qui tirent leur origine de la cellule Grätzel, représentent une nouvelle génération de cellules solaires très prometteuse. En six ans, plus de 10'000 publications ont cité ce développement. On vit une véritable folie pérovskite», s’enthousiasme le chimiste.

Développement bon marché

À Aubonne, Toby Meyer, cofondateur de Solaronix, société qui a équipé la façade du SwissTech Convention Center de l’EPFL de vitrages photovoltaïques à base de cellules Grätzel, n’hésite pas à parler d’une véritable révolution. «Cette technologie a ouvert une voie, aussi bien en physique qu’en chimie, que suivent des milliers de chercheurs à travers le monde. Ce domaine de recherche est jeune mais il est extrêmement prometteur. Le rendement des cellules à pérovskite, de l’ordre de 25%, est très proche de celui des cellules en silicium. Ces objets, faciles à développer, seront bientôt deux fois moins chers à produire que leurs pendants silicium. Le rêve d’une cellule solaire à bas coût sera bientôt une réalité. Et si l’on remonte à l’origine de cette technologie, on ne trouve qu’un seul nom: Michael Grätzel.»

Créé: 08.10.2019, 07h42

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