«Noé», le chien aumônier qui apporte du bonheur

ReligionLa pasteure Isabelle Léchot visite des résidents d’EMS avec son Golden Retriever. Il calme les angoisses et facilite les discussions. Un animal au service de la spiritualité.

Isabelle Léchot et le chien «Noé» rendent visite à Louis Cailler à l’EMS de Penthalaz. Image: Christian Brun

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Penthalaz. Des dizaines de personnes âgées sont assises sur leurs chaises. Souvent immobiles. Un matin comme les autres à l’EMS La Venoge. Tout à coup, une femme passe en tenant un chien en laisse. Elle, c’est la pasteure Isabelle Léchot. Au bout de la laisse, un golden retriever de 4 ans nommé «Noé».

Les deux entrent dans la chambre de Louis Cailler, un résident de 84 ans. «Oh oui, «Noé», dit l’octogénaire en le caressant. C’est un gentil chien. Ça fait du bien, je suis tout content d’en voir un. J’en ai eu deux, mais je ne pouvais pas en prendre un en rentrant à l’EMS.» Et l’homme raconte ses aventures avec ses chiens. Il évoque des moments de sa vie passée près de Cossonay. Cela permet à la pasteure de discuter avec lui.

Ministre de l’Église réformée vaudoise (EERV), Isabelle Léchot est l’une des 40 diacres et pasteurs à assurer un service d’aumônerie dans des EMS du canton. Mais la seule à le faire avec un compagnon à quatre pattes. «J’avais vu un chien thérapeutique au travail à Étoy, et je me suis dit: c’est exactement ce qu’il me faut», dit-elle. Mais pourquoi donc prendre un chien avec soi pour annoncer l’Évangile?

«Le travail d’aumônerie, explique Isabelle Léchot, consiste à être là pour chacun. Ce n’est pas du prosélytisme. Il consiste à visiter les résidents à leur demande ou sur demande de la famille. C’est souvent des gens qui étaient proches de l’Église et qui avaient une vie de foi. Mais j’essaie de rejoindre tout le monde, quelle que soit sa spiritualité ou ses croyances.» La pasteure organise des cultes dans les douze EMS qu’elle visite régulièrement entre le Gros-de-Vaud, La Côte et Lausanne. Mais elle pratique surtout l’écoute et la présence. «Être parfois juste présent dans les moments difficiles, ou joyeux, c’est aussi cela l’aumônerie.»

Juste une présence

On le sait, devoir entrer dans un EMS est souvent une épreuve: perte d’un lieu de vie, perte de repères, quand ce n’est pas la perte d’un conjoint. «Il faut quitter tout ce qu’on avait, tout ce qu’on a aimé, tous les souvenirs. C’est souvent un moment très difficile. Bien sûr en EMS il y a des projets, très souvent menés avec soin et attention, des soignants, des psychologues, des animations. Mais nous sommes là pour être attentifs à la vie spirituelle au sens large, aux questions du sens que peut donner une personne à sa vie. Dans ces moments-là, il s’agit d’être une présence bienveillante et à l’écoute», explique la pasteure, formée à Neuchâtel et qui a passé de nombreuses années dans la Communauté de Grandchamp.

Et «Noé» là-dedans? «Le chien ne juge personne. Il aide à établir un lien. C’est un facilitateur», dit sa maîtresse. Des exemples valent mieux qu’une théorie. «On m’avait demandé de visiter une dame dans un EMS qui n’allait pas bien: elle était triste, angoissée, penchée en avant sur sa chaise. Et personne n’arrivait à communiquer avec elle, ni même à capter son regard, explique Isabelle Léchot. «Noé» était avec moi. Il s’est approché d’elle spontanément et il a posé sa tête sur ses genoux. À ce moment, elle a levé la tête et elle l’a entourée avec ses bras. Elle est restée comme ça plusieurs minutes. Sans bouger. Ensuite elle s’est appuyée sur son dossier, elle m’a regardé dans les yeux. Et elle m’a dit: «C’est de ça dont j’avais besoin.»

Autre histoire racontée par la pasteure: «J’ai fait régulièrement des visites à un monsieur, qui avait peine à parler, il disait oui ou non. Une fois j’ai pris «Noé». Il est resté un moment près du monsieur qui l’a caressé, et quelques mots sont revenus plus facilement. Il m’a parlé de son fils. Il m’a dit merci à la fin de la visite.» Et cette autre histoire encore, touchante: «Dans un EMS, j’ai rencontré une dame angoissée qui était triste et avait des pertes de mémoire. Elle avait des sautes d’humeur. Quelque chose revenait toujours dans ses propos: des histoires de vols. Cela peut arriver dans un EMS, comme partout. Mais c’était tellement récurrent, que je pensais qu’il y avait autre chose. Un jour il y a eu la visite de quatre chiens thérapeutiques. Après cela, elle a pu me parler de sa vie, elle a pu me raconter. Son défunt mari était gendarme et il devait faire attention aux vols. Il avait eu des chiens. Cela m’a permis de comprendre. Après, chaque fois qu’on s’est revus avec «Noé», elle était d’emblée souriante.»

«Mystérieux»

Les chiens seraient-ils des magiciens à quatre pattes? En tout cas «l’animal apporte une capacité à entrer en contact d’une autre façon, considère la pasteure. Quelque chose de mystérieux se passe.» Une autre histoire en témoigne: un jour «Noé» tire sa maîtresse vers une dame couchée dans un lit, derrière un rideau. «Pourtant c’était en fin de journée, il était fatigué. Une soignante me dit en sortant: il faudrait visiter cette dame qui est en fin de vie. Je lui ai répondu avec un grand sourire: c’est déjà fait. Le chien avait senti ce que traversait la dame.»

«Noé» fait son job avec un calme imperturbable. Quand plusieurs personnes âgées sont assises sur des chaises, il va dire bonjour à chacune, tout à tour. A-t-il conscience d’effectuer un travail? Sa maîtresse, qui l’a emmené tout petit dans les EMS pour l’habituer, le pense.

«Une bonne équipe»

«Il sait qu’il est en mission, assure Isabelle Léchot. Quand j’arrive dans un EMS, je lui dis: «Noé», on va travailler.» On sort de l’EMS, je lui dis: «Fini, le travail.» Une fois à la maison, je lui dis «Récompense travail.» Je lui donne alors un morceau de fromage. On le partage, c’est pour le binôme. Nous nous récompensons les deux parce que nous avons travaillé ensemble. Nous faisons une bonne équipe.»

Les visites de la «pasteure au chien» sont très appréciées, témoigne Nathalie Theillard, directrice de la Fondation La Venoge: «Les résidents l’apprécient énormément.» «Noé» n’est évidemment pas rémunéré par l’EERV: Isabelle Léchot a simplement choisi depuis 2017 de travailler avec son chien, qu’elle a éduqué dans cette optique.

Dans le Gros-de-Vaud et la Venoge, la pasteure accompagne avec une collègue un groupe œcuménique d’une dizaine de bénévoles qui visitent des aînés. «Ils peuvent prendre leur chien avec eux s’ils en ont un», suggère Nathalie Theillard.

Créé: 23.05.2018, 07h19

Une présence bienvenue dans les EMS

Un service d’aumônerie avec l’aide d’un chien est une première dans le canton de Vaud. Mais la présence d’animaux dans les EMS est courante. Selon une récente enquête menée par la Protection suisse des animaux (PSA), sur quelque 400 institutions réparties dans le pays, 82% possèdent des animaux sous leur toit. Ceux-ci «ont une influence positive sur le bien-être psychique, mais également physique» des personnes âgées, note la PSA, qui mentionne de nombreuses études scientifiques sur le sujet.

Les animaux les plus présents dans les EMS sont les chats, suivis des poissons. Les chiens sont une minorité. «Il faut tenir compte de beaucoup de critères et notamment du fait que certaines personnes ont peur des chiens. L’autre question est de savoir qui s’en occupe», note Nathalie Theillard, directrice de la Fondation La Venoge.

Très peu d’EMS vaudois ont opté pour des chiens en permanence. La résidence Le Pacific, à Etoy, a franchi le pas en 2013. «C’est un golden retriever et il vient simplement travailler avec moi», explique Isabelle Zehnder, l’employée qui a commencé le projet. «Loubard» (7 ans), formé comme chien d’assistance par l’association Le Copain, est devenu un compagnon familier pour beaucoup de résidents: «Le chien vous accepte comme vous êtes, il ne voit pas votre handicap ou votre problème», souligne sa maîtresse.

Des associations permettent la visite régulière de chiens extérieurs aux institutions. Chiens de Cœur, basé à Saint-Prex, visite ainsi régulièrement une cinquantaine d’EMS du canton. «Nous sommes tous bénévoles, explique son président, Daniel Pittolaz. Notre unique salaire est de voir s’illuminer les visages des gens et de leur apporter du bonheur.» L’association fait passer des tests préalables aux animaux et à leurs maîtres, puis assure une formation.

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