Passer au contenu principal

Le Noël religieusement correct de l’école

Les festivités de l’Avent restent un moment privilégié de l’année scolaire vaudoise. Mais laïcité et métissage imposent de trouver le juste ton.

Les chants font partie des traditions de Noël. Les élèves de La Chaux donnent de la voix à l’église, qui a servi de refuge pour une soirée initialement prévue en plein air.
Les chants font partie des traditions de Noël. Les élèves de La Chaux donnent de la voix à l’église, qui a servi de refuge pour une soirée initialement prévue en plein air.
Vanessa Cardoso

Il est révolu le temps où les enfants préparaient la nativité en classe dans la ferveur des hymnes, à grands coups de crèches vivantes et de participation aux cérémonies religieuses. Alors que l’école s’appuie toujours plus sur la laïcité comme pilier d’une bonne cohabitation entre les horizons culturels variés des élèves, les festivités de l’Avent ont pris une coloration plus neutre.

Pas question pour autant de tourner le dos à ces traditions fortement ancrées dans le patrimoine du cru: «On est dans une culture chrétienne, les élèves voient Noël partout. S’empêcher d’en parler voudrait dire que l’on déconnecte totalement l’école de la réalité», résume Gregory Durand, président de la Société pédagogique vaudoise qui fédère 3000 enseignants. «Préparer Noël en décembre fait partie de la vie de la classe, même pour les familles originaires d’ailleurs, dont beaucoup fêtent aussi Noël, même si cela n’est pas dans leurs références», complète Mélanie Leresche, enseignante dans l’établissement primaire de Lausanne-Prélaz. Toute la subtilité réside donc dans la manière d’aborder Noël sous un angle plus culturel que religieux, sans éluder complètement la référence à la naissance de Jésus. Les exemples que nous avons pu recueillir montrent que l'école vaudoise semble plutôt à l’aise dans cet exercice d’équilibriste.

Activités peu connotées

Pas de directives de la direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) ni de consignes venant des directions d’établissements. Les autorités scolaires s’en remettent aux enseignants pour trouver le bon ton. «Il ne faudrait surtout pas être trop prescriptif, sinon on arrive à des non-sens», relève Nathalie Jaunin, directrice de l’établissement primaire de Lausanne Prélaz, qui a élaboré il y a quelques années un petit texte pour accompagner les enseignants confrontés à d’éventuelles inquiétudes de parents. «On donne un cadre, ensuite l’enseignant s’adapte, en tenant compte de la composition de sa classe, de sa connaissance des élèves», conclut la directrice. «Cette problématique pourrait être assez critique, mais elle est traitée avec le juste bon sens par les enseignants et je trouve cela réjouissant», commente Lise Morgenthaler, doyenne de l’établissement primaire d’Oron-Palézieux.

Dans ce périmètre scolaire multipliant les petits collèges campagnards, l’accent est mis sur les valeurs véhiculées par Noël: «Nous mettons le partage et la solidarité en avant. Ce sont des valeurs assez universelles. Nous participons notamment au Téléthon début décembre, reprend la doyenne. Les enfants défilent avec des lanternes qu’ils ont fabriquées puis assistent à l’illumination du sapin.» Dans ce même esprit, à Palézieux-Village, Manon Pasquier n’a pas renoncé au calendrier de l’Avent, dans sa classe composée d’enfants de 4 et 5 ans. Mais elle en a fait le véhicule d’un message: «J’ai demandé à chaque élève de choisir un objet qu’il n’utilise plus et de l’amener pour en faire cadeau à un camarade. C’est une façon de mettre l’accent sur la notion de partage.»

La jugeote avant tout

Alors que le sapin et le calendrier sont des terrains relativement neutres, les choses se corsent lorsqu’il s’agit de chants. Leurs contenus peuvent faire clairement allusion à la gloire de Dieu. Mais là encore, un brin de jugeote permet d’éviter les dérapages: «Si je sais que cela risque de poser problème à une famille, je vais éviter de chanter «entre le bœuf et l’âne gris» et choisir plutôt un chant sur un bonhomme de neige et ça ira très bien», reprend Manon Pasquier.

À Oron-la-Ville, Nathalie Bourgeois mise sur «l’énergie particulière du mois de décembre», avec diverses activités matinales alliant pénombre et bougies, échanges de menus cadeaux apportés de la maison. «Alors qu’ils sont en pleine excitation à l’approche de Noël et des cadeaux, cela crée un moment calme où l’on se détache aussi de l’approche consumériste.» Chantées avec les parents ou dans les EMS complètent le programme, moyennant un répertoire choisi.

Au-delà des activités récréatives, le sens de la fête n’est pas éludé. «J’explique que fêter Noël correspond pour les chrétiens à la naissance de Jésus. Cela permet de mettre en perspective les croyances différentes des différentes familles», précise Mélanie Leresche. «C’est l’occasion de dire qu’il y a d’autres cultures, confirme Pascale De Ambrogi. Les élèves musulmans précisent qu’ils célèbrent la naissance de Jésus à un autre moment, le 6 janvier lors de la venue des Rois mages.» «Au final, Noël est une occasion de faire vivre la culture majoritaire dans laquelle nous vivons, en accueillant toutes les différences, conclut Nathalie Jaunin. C’est une opportunité de tisser des ponts entre les uns et les autres.»

----------

L’Avent ne cristallise pas de tensions

L’approche très ouverte de la nativité pratiquée par l’école vaudoise semble désamorcer les éventuelles tensions vis-à-vis d’autres communautés: «Le climat est très apaisé, note Nathalie Jaunin, directrice de l’établissement primaire de Lausanne-Prélaz. Il y a une dizaine d’années, certaines familles se sentaient peut-être en danger d’ouvrir leur porte aux références chrétiennes.»

«Il est arrivé que des familles viennent nous voir en demandant que leur enfant ne chante pas tel ou tel chant, ou ne participe pas à telle ou telle activité, raconte Nathalie Jaunin. Mais les enseignants ont une valeur très forte qui est l’égalité de traitement, car les enfants ne comprennent pas pourquoi un camarade ne s’associe pas à une activité. Dans ces cas-là, nous invitons la famille à discuter et on négocie pour trouver une solution.» «Dans notre établissement, si une famille fait une demande particulière pour exempter son enfant d’une activité, nous précisons qu’il n’y a pas d’obligation», précise Manon Pasquier, enseignante à Palézieux.

Secrétaire générale de l’Association vaudoise des parents d’élèves, Evelyne Vaucher confirme que le sujet ne cause aucune tension: «J’ai l’impression les gens sont d’abord des enfants et des parents avant d’appartenir à une communauté religieuse. Beaucoup sont laïcisés et acceptent que l’on évoque la mythologie de Noël comme des histoires que les enfants doivent cultiver pour comprendre leur monde. C’est cela que nous devons travailler ensemble!»

Un avis partagé par le président de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), Pascal Gemperli: «Je perçois parfois la crainte de certaines familles que l’enfant perde ses valeurs et sa connaissance de l’islam. Pour ma part j’ai deux petites filles, une à la crèche, une à l’école et je vois cela plutôt comme des connaissances à avoir pour vivre en société. Quand les enfants sont petits, il faut les laisser vivre et avoir du plaisir dans cette fête. Plus tard, ils se poseront des questions et ce sera l’occasion de discuter, d’avoir un échange autour des religions et d’aiguiser leur regard critique.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.