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«Au nom de la terre» est aussi un miroir de la paysannerie vaudoise

Pour les acteurs du milieu, le film français d’Edouard Bergeon sur la détresse des paysans dresse un portrait très réaliste.

L’agriculteur Pierre Jarjeau (Guillaume Canet), ici avec son fils Thomas (Anthony Bajon), se bat pour faire tourner sa ferme.
L’agriculteur Pierre Jarjeau (Guillaume Canet), ici avec son fils Thomas (Anthony Bajon), se bat pour faire tourner sa ferme.
DR

Depuis sa sortie en France fin septembre, le film d’Édouard Bergeon «Au nom de la terre» a dépassé le million d’entrées. Tableau sombre et poignant du monde agricole, l’œuvre est fondée sur l’histoire vraie du père du réalisateur. Étranglé par les dettes, prisonnier de non-dits familiaux, l’agriculteur entrepreneur incarné par Guillaume Canet se bat pour la survie de son exploitation, affronte la dépression jusqu’à commettre l’irréparable.

Cette fiction finement construite sur la détresse de certains paysans délie les langues et résonne bien au-delà des frontières françaises. Ici aussi, le long métrage, en salle depuis mercredi, trouve un écho dans le milieu. «Au nom de la terre» m’a touché car il est ultraréaliste, explique Pascale Cornuz, aumônier dans le monde agricole. Il cumule toutes sortes de situations que je peux rencontrer individuellement lors de mes visites, comme la dépression, la souffrance des familles ou encore les conflits père-fils. Je pense que le film parle aussi bien aux paysans qu’aux consommateurs.»

Taux de suicide plus élevé

Dans le canton, plusieurs structures travaillent main dans la main depuis 2015 pour accompagner aussi bien moralement que logistiquement les agriculteurs. L’aumônerie du monde agricole, soutenue par les Églises protestante et catholique et la Direction générale de l’agriculture et des affaires vétérinaires (DGAV), où Pascale Cornuz officie avec Maria Vonnez-Frank, mais aussi la cellule des «agri­culteurs en difficulté» (AGRIDIFF) mise sur pied par l’Association Prométerre dont Béatrice Manceau a la responsabilité.

Pour cette dernière, le film d’Édouard Bergeon invite les paysans à l’introspection, «à se questionner sur des sujets ou des situations dont ils ne parleraient pas facilement».

En France, près d’un paysan par jour se donne la mort. Côté Suisse, «les dernières études menées par l’Université de Berne ont montré que le taux de suicide chez les agriculteurs était 37% plus élevé que la moyenne», concède Pascale Cornuz. Avec un peu plus de 3000 exploitations agricoles dans le canton, le sujet reste tabou et chaque cas révélé réactive la souffrance des familles. «Dans une communauté aussi restreinte, certains ont peur de demander de l’aide ou ressentent de la honte. Ils sont d’autant plus sensibles au regard des autres.»

La figure du père

«Au nom de la terre» met aussi en avant la figure du père de l’agri­culteur, intransigeant face aux choix de son fils qui lui a racheté ses terres. «Aujourd’hui encore, des comme lui, il y en a beaucoup dans nos campagnes, disait Édouard Bergeon dans nos colonnes («24 heures» du 6 novembre). Une figure qui ne se remet pas en question, qui écrase son fils, qui pense tout savoir sans jamais réussir à dire «Je t’aime.»

Sur le terrain, Pascale Cornuz a rencontré ces personnalités. Et file la métaphore: «Ils ont de la difficulté à comprendre que leurs enfants ne sont pas le prolongement des branches de leur arbre, mais bien des fruits qui vont produire des racines et développer des structures qui leur seront propres.»

Ne pas oser demander de l’argent à sa famille pour s’en sortir – une thématique également au cœur du film – s’inscrit dans cette fierté d’un métier qu’on ne choisit pas par hasard. «On est agriculteur jusqu’au fond de soi. C’est identitaire. On en parle sur l’oreiller avec sa femme, autour de la table avec ses enfants, on le vit dans ses tripes. Ce contexte peut expliquer pourquoi il est parfois compliqué d’exprimer ses besoins, car tout est lié. Les problèmes qu’ils rencontrent sont multifactoriels.» Une surcharge de travail, un problème de trésorerie, une rupture, tout peut être le déclencheur d’une crise. La solitude aussi, a pris de nouveaux visages. «Les lieux de rencontres ont progressivement disparu et le paysan passe toujours plus de temps sur son tracteur.»

Mais avec le déploiement de ces structures d’accompagnement, «la parole se libère», se réjouit Pascale Cornuz. Et Béatrice Manceau d’ajouter: «Depuis 2016, 210 personnes ont suivi la formation Sentinelle, qui permet aux volontaires (vétérinaires, conseillers agricoles etc.) d’être sensibilisés au mal-être des agriculteurs, et par conséquent d’être à l’écoute et capable d’activer le réseau si nécessaire.» «Nous parlons ici d’une minorité d’exploitations qui sont en difficulté, précise Pascale Cornuz. Nombreuses sont celles qui s’en sortent plutôt bien.»

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