«Le nombre d'étudiants en médecine reste insuffisant»

UNILPierre-Alexandre Bart est le nouveau directeur de l’Ecole de médecine à Lausanne. Il doit garnir les rangs, et vite.

A la tête de l’Ecole de médecine (UNIL) depuis un mois, le prof. Pierre-Alexandre Bart devra poursuivre les efforts pour augmenter les effectifs. L’objectif des 220 diplômés par an est pratiquement atteint, mais cela ne suffira pas.

A la tête de l’Ecole de médecine (UNIL) depuis un mois, le prof. Pierre-Alexandre Bart devra poursuivre les efforts pour augmenter les effectifs. L’objectif des 220 diplômés par an est pratiquement atteint, mais cela ne suffira pas. Image: PATRICK MARTIN

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Plus de 60% des médecins de famil­le prendront leur retraite dans les dix prochaines années. Conséquence: il manquera déjà 2000 généralistes en 2020. «Il n’y a pas de temps à perdre», convient Pierre-Alexandre Bart. Le professeur a succédé le 1er août à Giorgio Zanetti à la direction académique de l’Ecole de médecine de l’UNIL. Spécialiste en médecine interne, immunologie, allergologie et infectiologie, cet homme de terrain formé à Lausanne s’investit de longue date dans l’enseignement d’une profession en plein bouleversement.

Où en est l’UNIL dans la lutte contre la pénurie de médecins?

Elle a déjà augmenté sa capacité de formation de 110-120 étudiants à environ 160 personnes formées chaque année. Le seuil des 220 diplômés par an est pratiquement atteint. Mais ce nombre ne suffira pas pour répondre à la demande. ( Ndlr: le Conseil fédéral a annoncé en février qu’il débloquait 100 millions de francs pour porter le nombre de masters délivrés annuellement en Suisse de 1100 à 1300.) Il faut trouver d’autres solutions.

Lesquelles?

Pour augmenter encore un peu la capacité de formation au niveau master et passer de 220 à 245 places, il est prévu d’ouvrir en 2017-2018 un programme de «passerelle» d’une durée d’une année. Il donnera un accès au master en médecine à des étudiants qui ne sont pas titulaires d’un bachelor en médecine, mais qui ont une solide formation en biologie. Environ 25 places seront réservées aux étudiants de l’EPFL (orientation sciences biomédicales). Les autres places seront à disposition de candidats titulaires d’un bachelor en biologie de l’UNIL ou d’autres universités suisses.

Seulement 18% des étudiants de 1re année réussissent les examens du premier coup (25 à 30% à la seconde tentative). Pourquoi ne pas assouplir les exigences?

On ne peut pas simplement décider de passer de 200 à 300 étudiants. On ne saurait pas où les mettre. Nous n’avons pas les structures pour les accueillir. L’année passerelle que j’évoquais tout à l’heure est un subterfuge pour pallier ce manque.

La Suisse manque surtout de généralistes, particulièrement dans les régions périphériques. Augmenter le nombre de places d’études suffira-t-il à régler ce problème?

Effectivement, on a besoin de plus de médecins, mais pas seulement de neurochirurgiens. Est-ce que cette passerelle va permettre d’augmenter le nombre de médecins de premier recours? Je n’en sais rien. Il faudra être attentifs au parcours de ces étudiants et avoir dans l’idée de former des médecins de premier recours, pas des chercheurs.

Pensez-vous qu’il faut restreindre la liberté des étudiants quant au choix de leur spécialisation, en fonction des besoins?

Je suis pour le maintien d’un marché très libéral dans le domaine de la formation. Mais je ne dis pas que cela ne changera jamais. Peut-être se rendra-t-on compte un jour que cela est nécessaire.

N’est-il pas trop tard pour s’attaquer au problème?

D’importants efforts ont déjà été consentis par l’UNIL. L’enseignement de la médecine générale a été renforcé et un stage obligatoire d’un mois chez un médecin de famille a été instauré. Je compte par ailleurs discuter étroitement avec l’Institut de médecine de famille pour améliorer l’attractivité de la médecine de premier recours.

Comment pensez-vous moderniser les études de médecine?

Il faut probablement faire admettre aux étudiants un autre mode d’enseignement. Ils sont très axés sur leur réussite aux examens. Savoir sur quoi ils vont porter et avoir les polycopiés, c’est à peu près tout ce qui leur importe. Nous allons poursuivre les efforts qui ont déjà été faits pour intégrer la pratique clinique dans le cursus. Voir plus de pathologies, de vignettes cliniques… Pas uniquement la théorie qui leur permet de passer les examens.

Vous êtes aussi très impliqué dans la réforme de l’année de stage qui clôture les études.

Il faut la restructurer. Cette année de stage n’est pas tellement différente de ce que j’ai connu pendant mes études. Or les stagiaires ne sont plus tout à fait les mêmes. Ils ont une formation plus structurée et une certaine connaissance de la clinique, déjà à ce stade. L’enseignant doit tenir compte de ce niveau de connaissance et comprendre que, à la fin du stage, il est pratiquement face à un médecin assistant. Renforcer l’efficience augmentera aussi la satisfaction des étudiants. On souhaite qu’ils soient fiers d’avoir fait une formation de médecin ici, à Lausanne.

Comment l’enseignement peut-il avoir un effet sur l’explosion des coûts de la santé?

Je veux inculquer aux étudiants le pragmatisme dans leurs décisions. A un moment donné, il faudra fixer un plafond en termes de coûts. On ne peut pas toujours effectuer une batterie d’examens, refaire une IRM pour être sûr de ne rien manquer. La technicité doit être mise en perspective avec la prise en charge globale du patient. Il faut accepter de prendre des risques, dire «on s’arrête là» et renvoyer le patient à son médecin traitant.

Créé: 25.08.2016, 07h06

CV express

2004 Alors médecin associé au Service de médecine interne du CHUV, il rejoint le Service d’immunologie et allergie.

2007 Nommé médecin adjoint du Service d’immunologie et allergie.

2012 Retour au Service de médecine interne. Devient médecin adjoint du service et professeur associé.

2015 Reprend la responsabilité de l’année de stage qui ponctue les études de médecine.

2016 Nommé directeur académique de l’Ecole de médecine pour une durée de quatre ans.

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