Audemars Piguet lance son nouveau musée

Vallée de JouxLa manufacture du Brassus prépare son nouvel écrin pour l'horlogerie combière et les grandes complications en général. De quoi renouveler la muséologie horlogère, notamment à la Vallée.

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La semaine dernière au Brassus, Malika Schüpbach, une jeune apprentie horlogère, glissait fébrilement dans une boîte en verre cachetée à la cire, puis dans une deuxième, en bois, puis dans une autre, en laiton, les pièces et les rouages d’une montre Royal Oak, accompagnés du manuel de montage. Ce message aux horlogers du futur a ensuite été scellé dans les fondations du nouveau musée, un projet de la manufacture Audemars Piguet baptisé Maison des Fondateurs. Tout un symbole.

Ce site, dédié à l’horlogerie en général et à celle de la manufacture du Brassus en particulier, sera déjà une prouesse architecturale en soi: un bâtiment en spirale à plusieurs niveaux, entièrement en verre, portant un toit de plusieurs tonnes, le tout semi-enterré à côté du bâtiment historique de la manufacture. Ouverture en 2019, si le climat combier ne perturbe pas la bonne marche des travaux.

Pour un prix non dévoilé, Audemars Piguet s’offre les services des architectes danois de BIG, stars internationales du domaine. Ils sont également à l’origine du nouvel hôtel de standing de la manufacture, annoncé pour 2018. A l’heure où l’horlogerie suisse peine face à la conjoncture, la marque du Brassus frappe un sacré coup. Et à dessein.

Reste qu’à la Vallée, ce qui s’apparente à la plus importante réalisation architecturale des années à venir intrigue autant qu’elle fascine: «C’est un projet exceptionnel, se réjouit déjà Cédric Paillard, directeur de Vallée de Joux Tourisme. Entre le musée et l’hôtel, on peut s’attendre à un rayonnement très large de la région. Ça va probablement devenir des icônes, avec des retombées pour d’autres institutions.» D’autres, plus terre à terre, s’interrogent. «C’est une chance infinie pour la Vallée, soyons clairs. Mais à qui est-ce destiné?» souffle un notable.

Mi-privé, mi-public «Disons que c’est un musée qui n’est pas un musée, sourit Sébastian Vivas, directeur du Musée et du Patrimoine d’Audemars Piguet. C’est un programme, une expérience au sens large, qui doit faire découvrir Audemars Piguet, l’horlogerie et la Vallée.» La manufacture fait actuellement visiter son bâtiment historique à quelque 2000 visiteurs et clients par an. Un chiffre appelé en tout cas à doubler. Et ce en limitant les entrées, afin de permettre «des visites guidées de qualité». Les passionnés et les curieux pourront s’inscrire via le site de la maison. Aucun tarif d’entrée n’est pour l’heure communiqué. «On tient à ce que ça reste un lieu exclusif», relève Sébastian Vivas.

La muséographie, étudiée par un spécialiste allemand, est prévue pour être à la hauteur. Une série de thématiques – allant du design horloger à l’histoire des montres combières – doit être abordée aux moyens «d’interludes», de dispositifs interactifs (par exemple un mécanisme à monter soi-même) et d’écrins mettant en avant 400 montres, dont des pièces souvent uniques. Et pas uniquement celles de la maison du Brassus. Il y aura des merveilles. Notamment L’Universelle, véritable œuvre d’art conçue pour Union Glashütte, en 1889, avec un millier de composants et plus de 30 complications. Une référence historique. La visite prévoit en sus des interactions avec les horlogers spécialisés, dont les ateliers seront intégrés au parcours muséographique.

Ce nouvel acteur culturel, et de taille, ne débarque toutefois pas dans un milieu totalement vide. En Suisse romande, des musées horlogers existent déjà à Genève, au Locle, au Sentier et à La Chaux-de-Fonds, en plus des vitrines privées des manufactures. L’une d’entre elles préparerait d’ailleurs un renouvellement de son offre à la Vallée. Décidément, la revalorisation de la culture horlogère est à la mode.

Un constat qui ne rassure pas entièrement l’Espace Horloger, au Sentier. Ce musée, majoritairement financé par les communes, a accueilli 7400 visiteurs l’an dernier. Et nul ne sait si son public va augmenter ou diminuer avec l’inévitable concurrence du voisin du Brassus. «Nous avons informé Audemars Piguet de nos préoccupations. Osons croire qu’ils en tiendront compte», commente sobrement Charles-Louis Rochat, président du conseil de fondation du musée. «On reste la référence, la porte d’entrée dans l’horlogerie et ses métiers pour un public qui va du néophyte au passionné, avance Vincent Jaton, directeur de l’institution. Il va falloir rester complémentaire et mettre en place une coopération intelligente. On peut imaginer des offres combinées.» Sur ce point, Audemars Piguet se veut rassurant et affirme vouloir créer une dynamique avec les institutions de la région. (24 heures)

Créé: 06.04.2017, 19h48

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