Chabrey va devoir faire une croix sur son petit port lacustre

Vully-les-LacsL’avenir du port privé réservé à une dizaine de bateaux est compté. Le Canton veut le rendre à la nature.

Par le biais de l’Association de la Grande Cariçaie, le Canton vient de mettre à l’enquête la pose d’une dizaine de blocs de rocher pour obstruer l’accès au port de Chabrey. Première étape avant une renaturation du site.

Par le biais de l’Association de la Grande Cariçaie, le Canton vient de mettre à l’enquête la pose d’une dizaine de blocs de rocher pour obstruer l’accès au port de Chabrey. Première étape avant une renaturation du site. Image: Jean-Paul Guinnard

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«L’intérêt général l’emporte enfin.» Secrétaire de Pro Natura Vaud, Michel Bongard ne cache pas sa satisfaction. Par le biais de l’Association de la Grande Cariçaie, le Canton vient en effet de mettre à l’enquête la pose d’une dizaine de gros blocs de rocher visant à fermer définitivement le petit port de Chabrey, sur la commune de Vully-les-Lacs. Le Canton, et plus particulièrement le Département de la sécurité et de l’environnement, met ainsi un terme à plusieurs années de statu quo. «C’est une longue histoire qui mérite que l’on y mette un point final», lance Philippe Hohl, chef de la division eau de la Direction générale de l’environnement. Il s’agit d’une première étape en vue de rendre définitivement le site à la nature.

Véritable saga juridique

Destiné à une dizaine de petits bateaux, pour l’heure, ce port dessert un groupe de chalets résidentiels installés sur la rive sud du lac de Neuchâtel, en plein cœur de la réserve naturelle de la Grande Cariçaie. Il avait été aménagé en 1972, le Canton avait alors délivré une concession pour trente ans. A son échéance, en 2002, l’Association de la batellerie de Chabrey avait oublié de demander son renouvellement. Elle ne l’a fait qu’en 2007. Entre-temps, les associations écologiques étaient montées au front, arguant que le port se situe désormais dans une réserve naturelle d’importance nationale. Le Tribunal cantonal, en 2011, puis le Tribunal fédéral, en 2012, confirment l’intérêt public de ne pas renouveler la concession. Retenant que l’utilisation de ce port «porte un préjudice important à la faune par la circulation des embarcations à proximité des milieux naturels de grande valeur».

Aujourd’hui, si cet épineux dossier semble franchir une étape décisive, le Canton reste toutefois prudent. «Il faut voir comment les opposants vont réagir», lance Philippe Hohl. Du côté de l’association du port de Chabrey justement, on veut se donner le temps de réfléchir. «La nouvelle est toute récente, indique son président, Denis Sauvin. Notre juriste est sur le dossier et nous prendrons une décision en concertation avec tous les membres.» Propriétaire d’un chalet situé à proximité directe du port, il confie ne pas comprendre la décision du Canton. «C’est vraiment absurde, déplore-t-il. Notre port compte 14 places, contre 600 pour le celui de Delley-Portablan. Nous ne dérangeons personne.»

Un avis que partage l’Association Aqua Nostra, défenseur des riverains et des usagers du lac, qui dénonce un certain intégrisme écologique. «La grandeur du port de Chabrey le rend anecdotique», estime Pierre Roggo, président de la section des Trois-Lacs. Pour lui, il serait plus pertinent de miser sur des zones tampons dans lesquelles l’homme et la nature se côtoient.

Un biotope?

A terme, les bateaux de Chabrey devront s’amarrer dans le port voisin de Delley-Portalban, à quelques centaines de mètres de là. La question de la démolition ou du maintien des installations portuaires, des ouvrages en béton, en particulier des digues d’entrée, sera tranchée dans un second temps. Un projet de biotope à cet endroit est notamment en discussion. «Une fois le port fermé aux bateaux, il s’agira d’abord d’observer comment la faune et la flore se réapproprieront les lieux, explique Michel Antoniazza, collaborateur scientifique pour l’Association Grande Cariçaie. Ensuite, nous jugerons quoi faire exactement.» (24 heures)

Créé: 05.04.2016, 10h02

Quid des chalets de la rive sud?

On ne peut pas parler de la fermeture prochaine du port de Chabrey sans évoquer l’avenir des 173 habitations (63 sur Vaud et 110 sur Fribourg), situées le long de la rive sud du lac de Neuchâtel, dans la réserve naturelle de la Grande Cariçaie. Des cabanons de villégiature voués, eux aussi, à disparaître.

En 2014, la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage (CFNP) a en effet conclu qu’ils ne pouvaient être maintenus, estimant que ces constructions portent une «atteinte grave» à l’Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d’importance nationale. L’Office fédéral de l’environnement ainsi que le Tribunal fédéral (qui s’est également prononcé sur le cas du port de Chabrey) ont statué dans le même sens. Une feuille de route détaillant l’avenir de ces constructions qui bénéficiaient de droits ou d’autorisations à bien plaire échus depuis plusieurs années devrait être adoptée dans les semaines à venir. «Nous sommes en train de la finaliser, précise Cornelis Neet, directeur général de l’environnement du Canton de Vaud. Pour l’heure, le document est dans les mains du Canton de Fribourg pour examen.»

Du côté de l’Association des riverains de la rive sud du lac de Neuchâtel et du lac de Morat (ARSUD), on ne baisse pas les bras. «On ne va pas se laisser faire, lance son vice-président, Julien Spacio. Nous allons nous battre jusqu’au bout pour empêcher leur démolition.»

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