Des milliers de noyers pour relancer un ancien marché

BroyeDe Chevroux à Lovatens en passant par Cossonay, plusieurs paysans ont décidé de se lancer dans le marché de la noix.

Sur plus de quinze hectares, Olivier Pichonnat a planté pas moins de 2800 noyers. A l'horizon 2025, il espère en tirer 50 tonnes de noix par année.

Sur plus de quinze hectares, Olivier Pichonnat a planté pas moins de 2800 noyers. A l'horizon 2025, il espère en tirer 50 tonnes de noix par année. Image: FLORIAN CELLA

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Tout vient à point à qui sait attendre. Cette maxime, Olivier Pichonnat se la répète tous les jours depuis cinq ans en passant devant ses 2800 noyers déployés sur près de quinze hectares près du village de Lovatens, non loin de Lucens. Car de la patience, il en faut quand il s’agit de noix. «J’ai planté mes premiers arbres en 2010, mais plusieurs années sont nécessaires avant de pouvoir commencer à récolter des fruits», indique-t-il. La première récolte n’est pas prévue avant 2017.

Un domaine de 36 hectares

Entre-temps, l’agriculteur de 44 ans ne chôme pas. Il est à la tête d’un domaine de 36 hectares sur lequel il fait pousser divers petits fruits (framboises, myrtilles, etc.), des céréales ou encore des pommes de terre. Quant à sa noiseraie, si elle ne produit encore rien, elle exige une surveillance constante. «Je dois tailler tous les bourgeons à fruits pour que l’énergie de l’arbre puisse se concentrer dans sa pousse», explique-t-il. C’est la condition sine qua non pour que le noyer prenne assez de volume et assure une production suffisante. Au-delà de cet investissement, les noyers ont l’avantage d’être des arbres plutôt robustes qui s’adaptent particulièrement bien au climat helvétique.

Quoi qu’il en soit, à l’horizon 2025, Olivier Pichonnat espère produire annuellement pas moins de 50 tonnes de noix, destinées à être vendues entières, en cerneaux ou pour être transformées en huile. Il deviendrait ainsi le plus gros producteur du canton.

Création d’une coopérative

C’est en 2010, alors qu’il cherche à se diversifier, qu’Olivier Pichonnat commence à s’intéresser au marché de la noix. Prenant conscience du potentiel de cette culture en Suisse, il en parle autour de lui et parvient à réunir une trentaine d’agriculteurs vaudois, provenant pour la plupart de la Broye et de la région de Cossonay. Avec eux, il fonde en 2014 une société coopérative nucicole, dont il devient le président.

Le collectif qui ne réunit pas moins de 12 000 arbres à travers le canton travaille actuellement à l’élaboration d’un projet de développement régional agricole (PDRA). Avec une production estimée à plus de 200 tonnes de noix par année d’ici à 2025, il prévoit de créer une «filière noix» à l’échelle du canton, avec des centres de stabilisation qui procéderont au ramassage puis au séchage des fruits à coque. Le produit de la récolte sera ensuite acheminé dans des locaux de commercialisation, qui seront aménagés aux abords du Moulin de Sévery, non loin de Cossonay. «L’idée serait d’y créer un centre de compétence dédié à la noix», continue Olivier Pichonnat (lire ci-dessous).

Marché très porteur

Pour ce dernier, comme pour les membres de sa coopérative, il existe en effet une réelle opportunité de développer un marché très porteur autour de la noix. «Actuellement, les noix consommées en Suisse proviennent essentiellement de France, des Etats-Unis, du Chili et des pays de l’Est, dit-il. Notre objectif serait de créer une production de noix indigènes de première qualité et de couvrir, avec nos collègues thurgoviens, lucernois, bernois et grisons, entre 15 et 20% de la consommation suisse.» Sans compter que travailler ensemble leur permettra de peser plus lourd sur le marché national. «Nous espérons que la réalisation de la filière se concrétise courant 2017», conclut Olivier Pichonnat.

Créé: 30.10.2015, 11h46

Un centre de compétence à Sévery

Le point d’orgue du projet de développement régional agricole (PDRA) sur lequel est en train de travailler la coopérative nucicole d’Olivier Pichonnat sera, à terme, la création d’un centre de compétence dédié à la noix. Celui-ci verra le jour dans la région de Cossonay, à proximité du Moulin de Sévery, qui est par ailleurs membre de la coopérative.

C’est là qu’il est prévu d’aménager des locaux afin de centraliser l’ensemble de la production en vue de son calibrage, de sa mise en sachet et de sa vente. «Tout un pôle d’activités autour de la noix pourra y être développé. On pourrait également imaginer y organiser des ateliers de cuisine, des parcours didactiques ou des conférences», révèle Jean-Luc Bovey, propriétaire du Moulin de Sévery.

Une telle plate-forme permettra ainsi de renouer avec des habitudes et un savoir-faire très présents dans le canton jusque dans les années 1950, comme l’explique Jean-Luc Bovey. «A l’époque, la noix faisait partie intégrante de la vie agricole. Elle était utilisée non seulement dans l’alimentation, mais l’huile de noix permettait aussi de se chauffer ou de s’éclairer. Le Canton comptait d’ailleurs 36 huileries, dont celle de Sévery.» Mais le plus grand ennemi des noyers a été le grand gel de 1956. «Cela a été une hécatombe, plus de la moitié des arbres y ont succombé.»

Fabrication d'huile à Corcelles-près-Payerne (Video: JEAN-PAUL GUINNARD)

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