Des secrets de l’âge du fer dormaient sous la terre à Onnens

ArchéologieUne étude archéologique importante révèle le quotidien méconnu des habitants du plateau suisse, entre les lacustres et la Tène.

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Les archéologues publient ces jours deux sommes qui vont faire office de références pour l’histoire du Plateau suisse. L’une sur l’ensemble funéraire du Boiron (lire encadré), l’autre regroupant vingt-cinq ans de recherches sur un véritable chaînon manquant de notre connaissance de l’occupation du Plateau: la période suivant l’abandon des stations lacustres de l’âge du bronze, miraculeusement bien conservées. Jusqu’à présent, seuls les défunts, ou presque, parlaient pour le premier âge du fer (VIIIe-Ve siècle avant notre ère). Nous connaissions les tumulus de la culture du Hallstatt, celle qui a précédé la civilisation celtique sous nos latitudes, mais pour ainsi dire rien des habitudes des vivants. C’est désormais chose faite. À Onnens, au lieu dit Le Motti, les travaux de construction de l’A5 ont traversé tout un village endormi depuis plus de deux millénaires.

Patiemment fouillé, il est désormais une référence de par son étude et ses données. On en a par exemple extrait 60'000 tessons de céramique, le plus gros corpus de cette période en Suisse occidentale. De quoi comprendre les us et coutumes de nos lointains aïeux, qui s’inséraient dans une tradition matérielle couvrant nos régions et la Franche-Comté. «On ne s’attendait pas à aller aussi loin dans les analyses croisées et l’interprétation, confie l’une des auteurs de l’étude, l’archéologue Anne Schopfer. Ce village était un vrai centre régional, occupé pendant plusieurs générations.»

Comment vivaient-ils, ces habitants paisiblement installés dans un village ouvert, traversé par une petite rivière, dominant le lac? Visiblement pas si mal. Le site était constitué de demeures soit en plancher surélevé, soit en terre (pisé, clayonnage et torchis de graminées), accompagnées d’annexes légères et d’enclos. En raison d’un incendie, des morceaux de murs en terre ont conservé leurs couleurs d’alors. Les maisons étaient peintes en noir, en blanc, peut-être en rouge, avec simplement des os brûlés, broyés puis teintés ou non de charbon. Les récipients ayant servi aux mélanges ont même été conservés. Des mandibules suggèrent que des têtes de bœufs décoraient le tout. Les habitants vivaient très près des artisans, tous répartis dans une quinzaine d’édifices. On y vivait de l’élevage, surtout des chèvres, vu le nombre d’ossements (42% des espèces retrouvées), et de la laine, à ce qu’on peut déduire des pesons et fusaïoles de taille moyenne. Les bovins servaient à l’agriculture et étaient abattus vieux. Un destin différent attendait les porcs, dont l’élevage commençait à se développer, et qu’on préférait croquer à l’âge de 3 ans. La société comptait des bronziers et peut-être même des forgerons. Des potiers aussi, à la production plutôt standardisée. Mieux, grâce à un seul dépotoir, les archéologues peuvent reconstituer le vaisselier d’une famille d’alors: une vingtaine de récipients, soit huit pots, une ou deux jarres, une coupe, une ou deux jattes et huit écuelles.

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Des gens modestes? Pas vraiment. Les habitants ont laissé un fragment d’une coupe au vernis noir, importée de Grèce. On a aussi retrouvé plusieurs bouts d’anneaux en roche noire dont les spécialistes peuvent certifier qu’ils ont été acheminés depuis le Dorset, en Grande-Bretagne.

Reste désormais à croiser les données et poursuivre les recherches sur cette ultime fouille autoroutière en terres vaudoises. En sachant que, pour les archéologues, l’heure est désormais aussi à la surveillance des travaux d’extension du réseau routier, d’élargissement des goulets d’étranglement et autres densifications urbaines.


«Cahiers d’archéologie romande» No 169 (La colline d’Onnens 3) et No 168 (Tolochenaz-La Caroline). À commander auprès du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire

Créé: 25.01.2019, 08h25

À Tolochenaz, la mémoire des morts

Les archéologues ont mis dix ans, un record de rapidité dans le domaine vu la masse pluridisciplinaire de documents, pour synthétiser et publier l’étude sur les ensembles funéraires de La Caroline, au sud de Tolochenaz. Là, la mémoire des défunts livre une matière quasi continue entre le néolithique (deuxième moitié du Ve millénaire av. J.-C.) et la période romaine (IIe siècle de notre ère). Avec les stèles et marqueurs de tombes, les nouveaux arrivants ont signalé leurs défunts à travers les siècles. Suivant l’extension de la gravière, les scientifiques sont parvenus à fouiller plus de 200 structures et tombes. Le résultat permet de mieux comprendre les rites funéraires, notamment au bronze final, avec des tombes réalisées entre 1050 et 800 av. J.-C. Sur l’arc lémanique, nos ancêtres pratiquaient soit l’incinération, soit l’inhumation: des contenants en bois, comme des troncs évidés, recouverts de dalles et installés dans de larges fosses pour permettre, sans doute, la présence de deux officiants durant les rites signalent cette particularité de nos aïeux face aux autres coutumes de l’Europe centrale.

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