«J’ai vécu la pire année de ma vie de pompier»

SécuritéCommandant du SDIS Broye-Vully confronté à une série d’incendies criminels en 2017, Pierre-Yves Jost tire le bilan de l’année.

Pierre-Yves Jost, commandant du SDIS Broye-Vully, a vécu une année particulièrement éprouvante en 2017.

Pierre-Yves Jost, commandant du SDIS Broye-Vully, a vécu une année particulièrement éprouvante en 2017. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Un total d’heures d’intervention triplé entre 2015 et 2017, un incendie meurtrier au printemps à Payerne et une série de feux criminels durant l’été dans la Broye. Après plus de 30 ans de service, dont les deux dernières comme commandant du SDIS Broye-Vully, l’Avenchois Pierre-Yves Jost le dit sans ambages: «Au niveau des interventions, mais aussi du stress lié aux enquêtes et aux médias, j’ai vécu ma pire année de pompier volontaire.» Nous l’avons rencontré en marge du rapport annuel du service.

Comment se porte votre corps de pompiers après cette année 2017 record?
Honnêtement, au début de l’automne, le SDIS était au bout du rouleau. Le gros des interventions s'est concentré sur quatre mois et tout le monde était fatigué. Heureusement, l’automne a été plus calme et, même s’il a fallu intervenir lors de tempêtes en novembre et décembre, les hommes ont pu recharger les batteries. Mais malgré la fatigue, je tiens à relever que je n’ai ressenti ni démotivation, ni lassitude dans le corps. Au contraire, certains ont annulé des sorties familiales ou pris des congés professionnels pour venir seconder leurs collègues.

Dans la série estivale d’incendies criminels, l’un de vos hommes a été suspecté. Comment gère-t-on un tel cas?
C’était d’autant plus compliqué que je n’ai reçu aucune information officielle de cette arrestation, mais que je l’ai appris via les médias ou les réseaux sociaux. Personnellement, j’ai décidé de ne plus répondre aux sollicitations et de renvoyer vers le service de communication de la police cantonale vaudoise. J’ai aussi lancé deux actions auprès de la troupe. J’ai demandé à mes hommes de ne pas s’exprimer et même de faire très attention à leurs commentaires ou actions sur les réseaux sociaux. Après la libération de notre collègue et la fin des incendies, un débriefing a été organisé, réunissant notamment la gendarmerie et le service de soutien psychologique des pompiers de la Ville de Lausanne. Les gendarmes ont expliqué le déroulement d’une enquête. Les psychologues ont travaillé sur deux aspects, le fait qu’un collègue ait été arrêté et le drame vécu lors de ces incendies, notamment lorsqu’il a fallu extraire les carcasses des animaux brûlés, ce qui n’était pas évident.

Avant l’été, l’année a aussi été marquée par un incendie meurtrier à Payerne en avril dernier. Cela frappe-t-il particulièrement?
C’est pire, car le pompier est là pour sauver, et sur ce cas, il n’a rien pu faire. De plus, notre travail a été remis en cause par le biais d’attaques dans les médias et d’une plainte pénale. Bien entendu, des questions se sont posées, mais lors de cette intervention, nous avons aussi pu sauver une famille de quatre personnes, qui était cernée par les flammes. À la suite de cet événement, un débriefing psychologique avait déjà été mis en place.

Ces soutiens se sont-ils poursuivis sur la durée?
Je n’en ai aucune idée, car la suite est totalement confidentielle. Avec ces séances, j’ai fait le premier pas. Libre ensuite aux pompiers du corps de poursuivre la démarche, s’ils en ressentent le besoin.

Que souhaitez-vous à vos pompiers pour 2018?
Une année plus tranquille, bien entendu, mais aussi de pouvoir reprendre une partie du temps perdu. La surcharge d’interventions courant 2017 a bouleversé tous les plannings établis, ainsi certains exercices ou cours de roulage pour les permis n’ont pas pu être organisés quand ils étaient prévus. J’espère aussi qu’ils pourront prendre plus de temps auprès de leurs familles. Personnellement, en 2017, j’ai pensé davantage à des questions de sécurité qu’aux loisirs, et c’est usant. (24 heures)

Créé: 29.01.2018, 11h32

Interventions triplées

En deux ans, le nombre d’heures d’intervention du SDIS Broye-Vully est passé de 2072 heures en 2015 à 6241 heures, l’an passé. Par rapport à 2016, qui était déjà une année très chargée, une hausse de 2103 heures a été enregistrée, soit 34% d’augmentation. Au cours de son rapport annuel de mercredi soir, le major Pierre-Yves Jost a également fait mention de 274 engagements, soit une hausse de 45% de l’activité en deux ans, tout en tenant compte qu’une nouvelle application a permis de réduire les alarmes automatiques. Les pompiers ont notamment combattu 61 incendies divers, soit 33 de plus qu’en 2016.
Durant deux nuits estivales, le corps a notamment travaillé avec six fourgons tonnes-pompes en parallèle, si bien qu’il a même fallu faire venir un tonne-pompe en renfort depuis Lausanne pour maintenir une certaine réserve en cas de nouveau sinistre. Les pompiers broyards ont aussi renforcé leur intercantonalité, travaillant souvent avec leurs collègues de la Broye fribourgeoise et de Romont. Formé en 2013 et comptant 329 sapeurs à fin 2017 (-13), le SDIS Broye-Vully couvre 17 com­munes étendues sur 54 km entre Cudrefin et Prévonloup.

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