«Je m’en vais. C’est ça qui m’importe»

Yverdon-les-BainsDaniel von Siebenthal quittera ses fonctions le 31 décembre. Ultime entretien avec un syndic tête brûlée.

Las du climat politique tendu et des attaques incessantes, Daniel von Siebenthal a démissionné. Il quittera la scène après les douze coups de minuit le 31 décembre.

Las du climat politique tendu et des attaques incessantes, Daniel von Siebenthal a démissionné. Il quittera la scène après les douze coups de minuit le 31 décembre. Image: OLIVIER ALLENSPACH

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Après cinq années et demi à la tête de la Ville d’Yverdon, Daniel von Siebenthal s’apprête à en rendre les clés. Responsable – entre autres – des Finances et de la Mobilité, il laisse sur ces plans-là une dette publique maîtrisée et des comptes équilibrés, ainsi qu’une politique de rupture avec le tout-à-la-voiture qui aura divisé les habitants et exaspéré le camp bourgeois.

Le socialiste retrouvera sa liberté de parole le 1er janvier à minuit et 1 minute, à peine achevé son dernier discours sur la place Pestalozzi. Sa démission sera alors effective et le futur ex-syndic s’en frotte les mains. Mais en préambule de l’interview qu’il nous accorde, c’est aussi de son extrême lassitude qu’il nous fait part. Ras-le-bol que les médias et les élus parlent de lui, de son caractère, alors que la campagne électorale qui a débouché sur l’écrasante victoire du Parti libéral-radical «devait être portée sur l’avenir».

-Quel est votre état d’esprit à la veille de vos adieux?
Je suis content de partir, et je ne regrette pas du tout ma décision.

-Cette défaite de la gauche, que vous inspire-t-elle?
Rien. (Il lève les yeux au ciel). Je ne l’interprète pas contre moi. C’était une variante que j’avais envisagée, mais l’ampleur du score m’a surpris (ndlr: 63% pour la candidate PLR). Les gens de gauche ne sont pas allés voter et je crois que la population n’a pas vu les enjeux de cette élection. Je suis triste pour mon parti mais je m’en vais, et c’est le plus important pour moi. Le deuil est fait.

-Le PLR a repris le pouvoir…
Mais les choses ne vont pas beaucoup changer pour autant. Un revirement de majorité n’a d’influence que sur le 20% de la politique d’une commune. Tout dépend de comment on conçoit son rôle de municipal, pourquoi on est là et ce qu’on a envie d’apporter. Ces dernières années, nous avons par exemple beaucoup insisté sur l’image de la Ville, et cela a eu des effets concrets. Je le vois, les gens ne me parlent plus du brouillard, mais plutôt de la politique culturelle d’Yverdon. Nous sommes aussi cités en exemple sur la dynamique urbaine, la politique communautaire… Il s’est passé quelque chose.

-Etes-vous fier de votre bilan?
Il y a des politiques que nous avons menées dont je suis fier, oui. Notamment celle qui touche aux démarches communautaires dans les quartiers. Mais elles auraient pu être mises en place par quelqu’un d’autre. C’est de toute manière un travail collectif; rien n’est le fait d’un seul homme. Beaucoup de dossiers sont hérités des législatures précédentes. Parfois, on ressort des projets qui sommeillaient. Mais on n’invente rien, on applique le plus souvent des recettes éprouvées ailleurs, ou avant. Je suis très humble sur l’impact réel que l’on peut avoir en tant que personne.

-Comment aimeriez-vous que l’on se souvienne de vous?
On me dit: «Tu verras, un jour, les Yverdonnois se diront que c’était quand même bien ce qui s’est fait ces cinq années.» Honnêtement? (Il chuchote). Je m’en fiche. Je veux juste qu’on se taise. Qu’on arrête de parler de moi. Je ne suis pas devenu syndic pour marquer les esprits ou le terrain avec de grandes constructions. J’ai juste fait mon travail avec beaucoup d’engagement et une vision.

-Avez-vous un regret?
Oui. J’ai beaucoup milité pour une meilleure collaboration entre les services de la Ville et rompre avec des querelles de chapelle, histoire de défendre une culture de l’«entreprise Yverdon». La mayonnaise a pris, on a fait un sacré bout de chemin et j’en suis content. Hélas, – c’est un secret de Polichinelle – je n’ai pas réussi à créer la même chose au sein de la Municipalité. Je ne jette la pierre à personne, c’est une question de personnalité et j’ai ma part de responsabilité. Il a peut-être manqué un binôme fort constitué d’un membre de chaque camp, comme le duo Broulis-Maillard au Conseil d’Etat, qui le tire et fait que l’ambiance y est aussi bonne.

-Qu’allez-vous faire en 2015?
Je me suis bien gardé de chercher un travail, ces derniers mois. Je m’accorde d’abord un congé sabbatique de quelques mois. Je vais aller à Hambourg pratiquer l’allemand et à Copenhague. Pour voir comment une ville a mis en place une politique de mobilité citée en exemple dans le monde entier.

-La politique, c’est fini alors?
Je ne dis pas que je ne reviendrai jamais mais il faudrait que l’envie revienne. Disons qu’après toutes ces années, j’ai fait un grand tour de la question. (24 heures)

Créé: 27.12.2014, 11h44

Courageux et obstiné

Tel l’homme de Neandertal pour les anthropologues, l’Homo von siebenthalensis restera un brin mystérieux pour les Yverdonnois. La classe politique est divisée au sujet du syndic, «cet homme complexe», comme le dit la Verte Fanny Spichiger. Tous voient en lui l’intelligence et une vision politique claire sur l’avenir de la Ville. A quoi ses adversaires ajoutent toutefois un goût du contact défaillant et un entêtement qui en fit une sorte de kamikaze politique. «Il est intègre, si fidèle à ses idées qu’il n’a pas su trouver des consensus pour les faire aller de l’avant», analyse le président libéral-radical, Christian Weiler.

Vrai patron de la gauche, l’édile PS est devenu le bouc émissaire du PLR, adepte du Von Sieb bashing, car il était de tous les combats. «Il a porté la croix de tout le monde, protégeait tous les municipaux, reprend Fanny Spichiger. Il a été un bon syndic, courageux: c’est lui qui a secoué le cocotier au sujet du Centre thermal et du Grand Hôtel (ndlr: en évinçant des Conseils d’administrations les anciens municipaux qui y pantouflaient), ce que personne n’avait osé faire avant lui.»

«Son bilan excellent ne paie pas électoralement», constate le président du PS, Pierre Dessemontet. Il a trop travaillé dans l’idée que cela suffirait à donner du crédit à une équipe, sans voir les signaux que nous envoyait la population.»

Ses alliés voient en lui l’opposé de son prédécesseur, le PLR Rémy Jaquier, très populaire mais si conciliant qu’il peinait à trancher. Ce dernier s’est surtout consacré à réduire la dette de la Ville. «Daniel von Siebenthal n’a jamais eu peur de prendre des décisions tout en sachant qu’il se mettrait des gens à dos», martèle Pierre Dessemontet. Directeur de l’ADNV, Jean-Marc Buchillier loue aussi son esprit de décision ainsi «que son sens du dialogue et de la négociation dont j’ai beaucoup profité», dit-il.

«L’ère von Siebenthal sera celle où les grands débats politiques ont eu lieu. Sur le quartier Gare-Lac, sur la place d’Armes, sur la route de contournement, dit le Vert’libéral Pierre Cherbuin. On se souviendra de cette législature pour cela. Pour autant que ces projets se réalisent.»

Articles en relation

«Je suis soulagé de m'être exprimé, mais je ne suis pas détaché»

Yverdon-les-Bains Quinze jours après l’annonce-choc de sa démission, le syndic PS Daniel von Siebenthal revient à tête reposée sur ce choix personnel. Plus...

Le PS yverdonnois lance la campagne électorale après la démission du syndic

Politique Le Parti socialiste tresse des louanges au syndic démissionnaire Daniel von Siebenthal et en profite pour attaquer la droite. La campagne est lancée. Plus...

Le syndic d'Yverdon annonce sa démission

Vaud Coup de théâtre en fin de Conseil communal ce soir. Le socialiste Daniel von Siebenthal a signifié qu’il quittera ses fonctions au 31 décembre. «L’envie n’y est plus» Plus...

Daniel von Siebenthal: «Je dirai si je me représente en 2016 d'ici au printemps»

Yverdon-les-Bains Le syndic socialiste d'Yverdon sera-t-il candidat aux prochaines élections? La question agite le landerneau politique. Plus...

Paid Post

Le casual dating est-il fait pour vous?
L’idée d’une rencontre purement sexuelle sans aucun engagement peut paraître séduisante, mais une petite mise au point s’impose.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.