La palée tire la langue au fond du lac de Morat

PêcheCe poisson n’arrive pas à se reproduire dans un lac qui manque toujours d’oxygène. La faute à des pollutions des années 70.

La palée se pêche régulièrement dans le lac de Morat. Mais il ne s’agit que de spécimens nés en pisciculture.

La palée se pêche régulièrement dans le lac de Morat. Mais il ne s’agit que de spécimens nés en pisciculture. Image: Philippe Maeder

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On l’appelle «féra» sur les bords du Léman, «palée» à Neuchâtel ou sur les contreforts du Vully. Depuis des décennies, ce salmonidé tente, avec l’aide de l’homme, de repeupler le lac de Morat d’où il avait disparu dans les années 70, victime des pollutions massives de nitrates et des lessives aux phosphates. Quarante ans après, la reproduction naturelle de la palée n’est toujours pas rétablie.

Le concordat valdo-fribourgeois qui gère le prélèvement des poissons dans le lac de Morat, vient de limiter pour deux ans à huit le nombre de prises quotidiennes autorisées pour les pêcheurs de loisir, contre dix précédemment. «Nous avions même discuté d’une limitation à six palées par jour. Finalement nous avons trouvé un compromis à huit», explique Jean-Daniel Wicky, inspecteur de la pêche, responsable du concordat.

Ces limitations ne concernent pas les pêcheurs professionnels, qui traquent essentiellement la perche. Mais ils prennent aussi parfois des palées dans leurs filets. Ils pourront continuer à les écouler. «C’est un poisson qui se commercialise plutôt facilement, mais son prix n’a pas bougé depuis vingt ans», soupire un professionnel du lac.

Population artificielle

Mais de quoi au juste souffre la palée de Morat? «Le problème, c’est qu’elle ne se reproduit pas naturellement», poursuit Jean-Daniel Wicky. Depuis 1997, après les hécatombes dues aux pollutions, cette espèce est réintroduite avec des lâchers de 5 et 7 millions d’alevins par année. Nés en pisciculture à Estavayer-le-Lac, ces alevins grandissent et se développent plutôt bien au large de Morat. Adultes, ils mesurent 40 cm et peuvent atteindre 5 kilos. Pourtant, ils n’arrivent pas à se reproduire, contrairement à la perche ou au brochet. Le concordat a mandaté un laboratoire spécialisé pour tenter d’y voir clair. Les palées pondent leurs œufs en pleine eau. Ils coulent ensuite au fond du lac, là où le développement embryonnaire va prendre place. Jusque-là tout est normal.

Les biologistes du bureau WFN, à Berne, ont découvert qu’à partir de 10 mètres de profondeur, il n’y avait plus assez d’oxygène pour le développement des œufs. Ils meurent, alors que d’autres espèces ont pu s’adapter. Notamment les «poissons blancs» sans intérêt pour la pêche.

En 2009, L’Eawag (l’Institut de recherche de l’eau du domaine des EPF) a démontré que les hautes valeurs en phosphore sont aussi responsables. «La qualité de l’eau s’est améliorée, mais pas encore suffisamment», résume Jean-Daniel Wicky.

Politiciens préoccupés

En décembre dernier, la députée UDC fribourgeoise Katharina Thalmann-Bolz a interpellé son Conseil d’Etat sur la réduction des prises de palées autorisées pour les pêcheurs de loisir. Un pis-aller, selon elle. «Cette réduction n’est pas une solution. Le vrai problème, c’est que ce lac est encore pollué. C’est là-contre que nous devons intervenir.» Dans sa réponse, le Canton de Fribourg, via le concordat, compte sur les effets du temps. Il indique qu’il va poursuivre ses opérations intensives de repeuplement artificiel jusqu’à ce que la palée se reproduise à nouveau naturellement dans un lac propre.

Créé: 08.03.2016, 08h54

Ailleurs, la féra explose

Dans le lac Léman et dans les lacs de la vallée de Joux et de Neuchâtel, la situation est tout autre. «La féra (ndlr: donc la palée à Morat) n’a jamais été aussi abondante, commente Frédéric Hofmann, chef de la Section chasse, pêche et surveillance du canton de Vaud. En 2015, nous avons enregistré dans le Léman le record absolu depuis les premiers recensements avec 976 tonnes de féra! C’est du jamais-vu.» A Neuchâtel, on en a pêché 275 tonnes (en 2014), c’est le meilleur chiffre depuis deux décennies.

Cela s’explique par la qualité des eaux, qui ne cesse de s’améliorer depuis l’interdiction des lessives aux phosphates en 1986. La configuration du lac de Morat, plus stagnant, est totalement différente. Dans le Léman, la qualité est telle que le repeuplement artificiel a été stoppé. Les frayères naturelles en gravier et galets fonctionnent à merveille. «Le maintien des piscicultures se poursuit avec des petites quantités, juste pour garder les installations et le savoir-faire», explique Frédéric Hofmann.

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