La récolte du tabac se fait à 200 m à l’heure

GrandcourL’herbe à Nicot passe du champ au hangar grâce à une machine assez particulière

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Alors on y va? On va finir cette dernière ligne de tabac?» Il est 7 h 30 tapantes et Eric Rapin grimpe prestement sur son tracteur. Derrière lui, Sarah, Anita, Laurine et Emilie ne se font pas prier et sautent sur le char appondu à l’engin. Lancé sur la route cantonale, le convoi conduit par le cultivateur broyard s’éloigne de Ressudens et prend la direction des champs.

Alors que le soleil darde ses rayons et que l’air est imprégné par la rosée du matin, les quatre filles âgées de 14 à 18 ans se préparent mentalement à la tâche qui les attend. Installées sur un siège bancal disposé sous une grande machine, elles vont cueillir une à une les feuilles de tabac et les empiler avec soin sur le panier qui leur fait face.

Arrivée au champ, la petite troupe se disperse sans un mot et est rapidement engloutie par les hautes lignes d’herbe à Nicot de la variété Burley, dont certains plants culminent à près de deux mètres de hauteur. Après un regard à gauche et à droite, Eric Rapin lance le moteur à deux temps de la machine.

L’odeur entêtante du tabac

Accompagnée par une odeur de benzine, la machine entame sa lente marche en avant sur le champ de 320 m de long, à raison de 200 à 300 m à l’heure. «C’est parfois un peu plus rapide. Il faut surtout s’habituer à l’odeur du tabac», explique Sarah, venue travailler durant trois semaines dans la Broye avec une copine étudiante et originaire de la région de Vesoul (F).

Juché au sommet de la structure métallique cahotante, Zbyszek suit d’un œil attentif la cueillette. Il réceptionne les paniers pleins de feuilles de tabac, oscillant entre 20 et 25 kg, parfois davantage, et les remplace par des cadres vides. Le plus souvent, toutefois, c’est l’associé d’Eric Rapin, Jacques Kaltenrieder, qui occupe ce poste. Comme chaque été depuis 13 ans, Zbyszek passe ses mois d’été en Suisse. «De début juillet à début septembre, parfois plus tard», précise ce Polonais de 38 ans.

Dans un silence tout juste troublé par les toussotements du moteur, les feuilles de tabac continuent de s’empiler. «La récolte est vraiment très belle. Nous avons en plus été épargnés par la grêle cette année», se réjouit Eric Rapin, qui a remis il y a un mois son mandat de président de la Fédération suisse des associations de planteurs de tabac (Swiss Tabac).

«Je suis nourrie et logée. Avec les 650 francs que je vais gagner, je compte faire un voyage»

Arrivée au bout du champ, la petite équipe charge les paniers sur les chars. Emilie, la plus jeune du groupe, s’accorde un petit répit. «Ce n’était pas trop dur de se remettre dans le bain», souffle l’adolescente de Grandcour. Comme les autres jeunes engagés dans la récolte du tabac, celle-ci se dit attirée par la possibilité de se constituer un petit pécule. Ce que confirme Sarah, employée pour la deuxième année consécutive dans la Broye: «Je suis nourrie et logée. Avec les 650 francs que je vais gagner, je compte faire un voyage.»

De retour au hangar, où va s’effectuer la préparation du tabac pour son séchage, Eric Rapin admet n’avoir pas trop de difficulté à trouver des volontaires pour la récolte de ses 3 hectares de tabac. L’agriculteur indique que la rémunération de ses travailleurs saisonniers est conditionnée par l’âge, l’expérience et le mérite. Leur salaire varie entre 50 et plus de 75 francs par jour. (24 heures)

Créé: 03.08.2017, 07h05

Moins de tracas avec les saisonniers

Un peu comme la vigne, la récolte du tabac nécessite beaucoup de mains, faute de pouvoir être entièrement mécanisée. «On calcule qu’il faut environ 12 h de travail pour 1 ha de blé, mais près de 100 fois plus pour la même surface de tabac», lance Fabrice Bersier, président de la Fédération suisse des associations de planteurs de tabac (Swiss Tabac). Le Fribourgeois se dit toutefois incapable d’estimer le nombre de travailleurs saisonniers nécessaires à la filière du tabac dans la Broye. L’extension, il y a une dizaine d’années, de l’accord sur la libre circulation des personnes aux pays de l’Europe de l’Est a cependant facilité la tâche des agriculteurs et entraîné une augmentation de la main-d’œuvre issue de cette région dans les champs de tabac. «Au début des années 2000, nous avons relevé beaucoup d’infractions impliquant des travailleurs saisonniers. L’entrée en vigueur de cet accord a très fortement diminué la fréquence de ces problèmes», indique François Vodoz, directeur du Service de l’emploi du Canton de Vaud. Pour rappel, sur les 450 ha d’herbe à Nicot cultivés en Suisse, environ 80% le sont dans la Broye.

Articles en relation

Agroscope creuse le sillon de l’agriculture numérique

Demain la Suisse Grâce à la collecte de mégadonnées qui sont traitées par des algorithmes, l’agriculture sera plus intelligente, pour être plus durable. Plus...

Maraîchers suisses en mal de relève

Agriculture Les producteurs de légumes peinent à recruter des apprentis. Rencontre avec l’un d’eux, dans le Gros-de-Vaud. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Le géant de l'or noir basé à Genève se fournit auprès d'une entreprise dont les droits de forage ont été obtenus par un homme, aujourd'hui sous enquête pour corruption.
(Image: Bénédicte) Plus...