Le jeu de quille, une tradition romande en quête de relève

SportL’Etoile-Vallorbe est l’un des six derniers clubs de quilles de l’élite. Il cherche quelques joueurs pour la saison prochaine qu’il disputera à nouveau à Yverdon.

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Daniel Bornoz balance son bras droit d’arrière en avant et dépose sa boule de bois sur la planche yverdonnoise du Café de la Promenade. Pour les besoins de la photo, son regard reste haut et quitte la boule qu’il est censé accompagner sur quelques centimètres, au début de sa course vrillée vers la cible. La sanction est immédiate: la sphère quitte la planche avant de télescoper les quilles avec fracas. «Mon coup n’est pas valable, c’est une «loque» comme on dit», sourit-il en se redressant.

Il ne viendrait à l’idée de personne de mettre en doute ses explications. Cet habitant de Fiez, fin connaisseur du jeu de quilles, a remporté sept titres de champion de Suisse en individuel et raflé treize fois le championnat vaudois (la dernière fois il y a quelques jours). C’est donc avec une certaine tristesse empreinte de nostalgie qu’il voit cette belle tradition romande se déliter.

Symbole parfait de la perte de vitesse et de popularité de ce sport d’adresse, son club, l’Etoile-Vallorbe, joue désormais ses rencontres «à domicile» à Yverdon. Quand leur antre vallorbier de l’Etoile a fermé ses portes il y a quelques années, le club a dû migrer à L’Isle, à Champvent, puis à Yverdon. Lui qui a également été deux fois champion de Suisse par équipes avec Vallorbe reprend: «Ici, on est tellement bien accueilli qu’il est dommage qu’on ne soit que six ou sept joueurs. D’ailleurs, il serait bien qu’un ou deux nouveaux nous rejoignent pour la saison prochaine, qui débutera en septembre.»

Sept restaurants
Ce souci n’est pas récent. Il se fait même toujours plus fort depuis le milieu des années 1980. Mais Daniel Bornoz – 53 saisons au compteur (30 sous les couleurs de Montélaz, les 23 suivantes pour Vallorbe) – a aussi connu la période des vaches grasses. «J’ai fait partie du comité cantonal de 1970 à 1984. On a compté jusqu’à 94 clubs!» Aujourd’hui, il en reste quatorze: six dans l’élite, huit en série A. Et des cinquante et un restaurants qui disposaient d’un jeu de quilles sur planches en 1970, il n’en reste que sept, répartis entre L’Auberson, Champvent, Lausanne, Romainmôtier, Savigny, Vevey et Yverdon.

Président et coach de l’Etoile Vallorbe, il invoque l’individualisme des gens, la télévision et la «voiture-pour-tout-le-monde» comme explication à cette désaffection. Mais pas l’américanisation de la société via l’émergence du bowling, «ce jeu plus familial qu’on ne pratique pas pour la compétition». Alors, il «vend» ce sport, qu’il pratique depuis ses 14 ans. Il l’a alors découvert parce qu’il habitait à deux pas d’une piste où il a suivi son père, lui-même joueur.

Ce dernier, menuisier de profession, installait même les planches de jeu dans les bistrots. Selon lui, cette discipline n’est pas si compliquée. «Elle nécessite une certaine adresse. La force, en revanche, n’a pas grand-chose à voir avec le résultat.» Les quilles sont en place, la séance photos terminée. Daniel Bornoz peut se  concentrer sur son lancer uniquement. La boule fuse, précise: les neuf quilles s’effondrent, déclenchant une sonnerie au moment où le petit cochon rose, synonyme de coup parfait, s’allume sur le tableau de contrôle situé en bout de piste.

(24 heures)

Créé: 17.05.2015, 16h00

Le jeu en bref

Un match se joue entre 2 équipes de 6 joueurs, sur 2 manches. Chaque joueur lance donc deux fois 10 boules à la suite (plus 2 coups d’essai en début de première manche). Les quatre meilleurs résultats sont additionnés pour déterminer le vainqueur.

Les points Chaque lancer peut rapporter 9 points, le nombre de quilles à faire tomber. La partie parfaite est donc de 720 points (4 joueurs, fois 10 coups, fois 9 points, fois 2 manches). «En plus de cinquante ans, je n’ai jamais vu ça. Notre meilleur score est de 665 points. Personnellement, j’ai réussi deux fois 179 (ndlr: sur 180, donc) et je ne connais que deux personnes à avoir réussi ce score idéal», relève Daniel Bornoz.

La piste est de longueur variable, entre 10,80 m et 15 m. Quant à la planche, elle est large de 30 cm.

Les boules sont en bois, plaquage pressé ou aggloméré, et pèsent entre 9 et 10 kilos.

Quelques termes Le joueur fait un «cochon» s’il fait tomber toutes les quilles, une «couronne» s’il ne laisse debout que la quille centrale et une «loque» si son coup n’est pas valable.

Impératif Les 9 quilles sont disposées en losange. Pour que le coup soit valable, la boule ne doit pas quitter la planche centrale avant d’atteindre son but. Et elle doit toujours faire tomber la quille positionnée à la tête du losange en premier.

Insolite De par ces impératifs, la boule ne peut faire tomber que 5 des 9 quilles, les 4 autres s’effondrent par télescopage.

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