Le pervers a publié 512 vidéos de femmes piégées

Yverdon-les-BainsL’année dernière, un voyeur a baladé sa caméra indiscrète dans les bassins yverdonnois. Il a ensuite posté ses vidéos sur des sites à caractère pornographique. Il a été interpellé.

Toutes les séquences n’ont pas été filmées dans les bassins. Certaines ont été tournées à l’intérieur des bâtiments.

Toutes les séquences n’ont pas été filmées dans les bassins. Certaines ont été tournées à l’intérieur des bâtiments. Image: DR

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Une femme en maillot de bain avance en toute tranquillité dans l’eau bleue d’une piscine. Suivie à son insu par un homme muni d’une discrète caméra, elle monte une à une les marches du bassin pour se retrouver près des douches du Centre thermal d’Yverdon. Intitulées «Petite déesse au corps parfait» ou encore «Deux bonnes copines bien foutues», ces séquences volées par une seule et même personne se retrouvent par dizaines sur le Net. C'est un utilisateur de site pornographique qui en a informé «24 heures». Elles ont été mises en ligne entre août et fin novembre 2018 sur différents sites à caractère pornographique. Plusieurs d’entre elles comptabilisent plus de 30'000 vues.

Leur auteur, qui s’est rendu à de nombreuses reprises au Centre thermal comme simple client, ne s’est pas contenté de balader discrètement sa caméra dans l’eau des bassins. Il a suivi ses victimes dans les couloirs, les douches et les cabines du site de détente pour les filmer, en petite tenue le plus souvent, parfois aussi dans leur plus simple appareil. Certaines séquences le mettent lui aussi en scène, le sexe hors du slip de bain, en train de se toucher à proximité des baigneurs.

Des centaines de vidéos

Au total, le pervers a posté 512 vidéos sur internet. Les dizaines et dizaines de femmes piégées ne savent certainement toujours pas aujourd’hui qu’elles ont été victimes de ce voyeur.

Qu’est-ce qui peut pousser un homme à filmer ainsi des femmes en maillot de bain à leur insu? «C’est une addiction. La personne est malade et doit être soignée», relève Mabrouk Mehrez, psychologue et sexologue à Lausanne. Cette dépendance se fixe sur un «fantasme primaire», celui qui déclenche l’excitation sexuelle. Et qui, dans ce cas, consiste à «voler» des images de femmes en petite tenue. À l’autre bout, le voyeur, devant son écran, cherche un plaisir identique, mais en quelque sorte par procuration. Dans le cas présent, ils sont plus d’un million à avoir consulté son profil…

Toutes les vidéos qu’ils ont vues n’ont pas pour cadre le Centre thermal d’Yverdon. Certaines ont été prises sur des plages, notamment en Corse, ou dans des grandes surfaces. Sur l’une d’elles, on reconnaît l’entrée du magasin Manor d’Yverdon.

C’est toutefois bien grâce à la réaction du Centre thermal nord-vaudois que l’homme a cessé ses agissements. Il a été interpellé par la police le 29 novembre dernier. Ses dernières mises en ligne datent de la fin de l’automne.

Contactée lundi, la direction du Grand Hôtel et Centre thermal d’Yverdon-les-Bains confirme avoir été alertée à l’été 2018 de l’existence sur le web de vidéos à caractère voyeuriste au sein de ses bains. «Elle a immédiatement mis en place un dispositif de surveillance accrue et a entamé une collaboration étroite avec la police qui a débouché sur l’interpellation de leur auteur», explique Alexandre Prior, chargé de communication du Groupe BOAS, dont dépendent les Bains d’Yverdon.

L’homme ayant été appréhendé en flagrant délit, le Centre thermal a déposé une plainte et renforcé son système de surveillance dans les locaux communs, notamment avec l’installation de caméras supplémentaires. «Dès que nous avons été mis au courant de ces agissements, nous avons aussi attiré l’attention des gardes-bains afin qu’ils soient plus attentifs encore», souligne Sophie Cook, directrice adjointe du Centre thermal.

Yverdon n’est pas le seul lieu de détente à être confronté à ce genre de situations. «Les actes de voyeurisme sont malheureusement assez récurrents», confirme Silvana Tomasino, directrice générale des Bains de Lavey. À l’automne 2014, un monsieur d’un certain âge avait d’ailleurs été exclu sur-le-champ pour s’être fait prendre en train de glisser un miroir sous un casier. Différentes mesures ont été prises, qui devraient permettre de prévenir des actes malveillants plus élaborés et modernes que celui-ci. «Depuis plusieurs années, nous avons interdit l’usage des téléphones portables et autres appareils de prises de vues dans les bassins», reprend Silvana Tomasino. Même les lunettes de plongée ont été interdites. «Ce n’est pas un bassin de natation; les visiteurs n’ont donc rien à faire sous l’eau», tranche la directrice générale.

À Yverdon, où un employé s’était fait licencier séance tenante en 2012 pour avoir filmé une jeune femme à son insu dans une cabine, les téléphones sont aussi censés rester dans les casiers. «Et nous en sommes à nous demander si nous n’allons pas interdire le port du short de bains, à l’intérieur duquel il est beaucoup plus facile de dissimuler des appareils», reprend Sophie Cook.

Difficile à supprimer

Huit mois après l’interpellation du voyeur, ses vidéos sont encore en ligne. «C’est très compliqué de les faire supprimer. D’autant plus quand elles sont hébergées sur des sites étrangers», relève Alexandre Prior. Le meilleur moyen de se prémunir de pareils désagréments reste de réagir le plus rapidement possible quand un comportement douteux est constaté. «Quand on nous signale un comportement inadéquat le lendemain, ça ne sert plus à grand-chose», note Sophie Cook.



Labyrinthe juridique pour les victimes

Les femmes victimes de vidéastes pervers n’ont pas la vie facile au moment de faire valoir leurs droits. Le cas le plus clair est celui de la violation de la sphère intime, soit filmer ou photographier une personne là où elle ne s’attend pas à être vue: le vestiaire par exemple. «Le Code pénal prévoit, à l’article 179 quater, la violation du domaine secret ou du domaine privé au moyen d’un appareil de vue. Cela se punit d’une peine de privation de liberté de 3 ans au plus ou d’une peine pécuniaire», précise Me Vanessa Chambour, avocate à Lausanne.

Mais la poursuite a lieu sur plainte: la victime doit donc savoir que sa sphère intime a été violée. Le cas des femmes filmées en maillot de bain à leur insu est beaucoup plus complexe. Être photographié ou filmé dans un endroit fréquenté n’implique pas de poursuites pénales. Il existe en revanche un droit à l’image qui se situe dans le domaine civil. Il est possible d’obtenir des indemnités pour les dommages (perte d’un emploi, par exemple) ou le tort moral, c’est-à-dire la souffrance provoquée. Une indemnité pour tort moral, en Suisse, n’atteindra que quelques milliers de francs. Une somme jugée «ridicule» par Me Chambour.

Existe-t-il une atteinte à l’image différente selon qu’on est habillé ou en petite tenue? «Une image en petite tenue est aggravante», relève Me Chambour. Une publication sur un site porno pourrait être assimilée à une atteinte à l’honneur qui peut se punir par une peine allant jusqu’à 3 ans de prison, selon le degré d’intentionnalité ou de conscience de l’auteur, explique Me Chambour. Mais, relève Me Mathias Burnand, «une fois que c’est posté sur le web, il est très difficile d’arrêter la circulation de l’image. Il faut savoir que l’on est victime, puis avoir l’envie et les moyens d’agir. Les lois ne sont pas toujours adaptées à la réalité actuelle.»

Philippe Maspoli

Créé: 13.08.2019, 06h34

Un phénomène qui se répand

Filmer des personnes à leur insu dans leur intimité est devenu un phénomène de société. À l’étranger, cette évolution a amené les autorités à agir ces dernières années.

La Corée du Sud subit par exemple l’explosion du «molka» : «Les caméras espionnes que placent illégalement certains hommes dans les toilettes publiques, cabines d’essayage ou encore vestiaires de piscine afin de filmer les parties et moments intimes des femmes, parfois d’hommes», ainsi que le décrit le journal «Libération».

«En 2017, plus de 6000 cas avaient été recensés, contre 1100 en 2010. Mais beaucoup de vidéos passent sous les radars et seulement une victime sur dix déclare son agression à la police», relève le quotidien.

L’Europe, elle, se bat contre l’expansion d’un autre phénomène, «l’upskirting». Autrement dit, filmer sous les jupes des femmes.

Face à cette plaie, plusieurs pays ont légiféré. En 2018, la France s’est ainsi dotée d’un délit de «captation d’images impudiques». Les voyeurs, aussi ceux des toilettes et cabines d’essayage, encourent désormais le risque de prendre 1 an de prison. Deux ans si des images sont prises ou si le délit a lieu dans les transports publics.

D’autres régions, de l’Écosse au Canada en passant par la Belgique, ont durci leur législation ces dernières années.

Philippe Maspoli

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