Le salut des petits faons cachés vient du ciel

CronayLes drones de Sauvetage Faons Vaud survolent les champs où la femelle chevreuil a mis bas avant qu’ils ne soient fauchés.

Vidéo: PATRICK MARTIN

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Le drone a décollé depuis trente secondes tout au plus. Il est un peu plus de 6h30 du matin et il avance méthodiquement, une septantaine de mètres au-dessus d’un champ d’herbes hautes de Cronay que les rayons de soleil n’ont pas encore effleuré. Sur l’écran de l’iPad de contrôle relié à sa télécommande apparaît soudain un tout petit point noir que la caméra thermique montée sur l’appareil détache du reste de son angle de vue. «C’est peut-être un faon, mais peut-être aussi un lièvre», annonce Boris Bron, vice-président de la Fondation Sauvetage Faons Vaud.

Le pilote ne quitte pas des yeux son écran: «Dans les 80% des cas, la femelle chevreuil a deux faons qu’elle installe dans le même champ. Si elle les sépare, c’est pour éviter qu’un prédateur ne les trouve en même temps.» Ce mardi matin, la situation ne fera pas exception. Quelques dizaines de secondes plus tard, un deuxième point apparaît, tout aussi immobile que le premier. Puis un troisième, plus gros et qui se déplace: «C’est la chevrette. Elle se tient en lisière de la forêt qui borde le champ et garde un œil sur ce qui se passe.»

La fondation intervient gratuitement, sur demande des agriculteurs. «Ils nous appellent avant de faucher, généralement la veille et nous intervenons tôt le matin, entre 4h30 et 8h30», reprend Boris Bron. Sans cela, le passage des machines est très souvent fatal à des centaines de jeunes ongulés, littéralement découpés par les lames devant lesquelles ils n’ont pas le réflexe de fuir. «Leur seul mode de défense, c’est de se tapir contre le sol. La femelle les cache dans ces champs pour les protéger de leurs prédateurs, renards, lynx ou loups. Comme ils n’ont pas d’odeur, ils ne peuvent pas les repérer.»

Immobiles

L’entier de la parcelle balayé, le drone revenu à son point d’origine, la seconde étape de l’opération sauvetage peut débuter. Boris Bron renvoie son appareil sur le premier «point chaud» qu’il a révélé. Suivi par Aline Pfänder et Claude-André Fardel – tous deux membres de la fondation –, il se fraie un passage en file indienne à travers les graminées, les marguerites et les fleurs de trèfle vers la position que le vol stationnaire de l’appareil indique.

Boris Bron s’accroupit, écarte délicatement d’une main la végétation, dévoilant le faon. Âgé de 2 semaines, le jeune animal pointe son museau brillant en direction du groupe d’intrus qu’il fixe de ses deux prunelles noir ébène, sans broncher. L’homme prend alors le cageot que lui tend Aline Pfänder, le pose doucement à l’envers par-dessus le cervidé. Et Claude-André Fardel y fixe un petit drapeau.

Le rituel va se répéter un peu plus loin pour le second faon. Un frère impassible qui ne bouge pas d’un iota, roulé en boule à la manière d’un chat confortablement assoupi sur son canapé, comme s’il voulait snober son trio de bienfaiteurs. «Quand l’agriculteur viendra pour faucher son champ, il contournera ces deux cageots avec sa machine, puis il ira libérer les petits. Leur mère s’approchera d’eux plus tard dans la journée ou en début de soirée pour les nourrir et les déplacer où elle veut.»

Même si un nombre important d’agriculteurs n’a pas encore le réflexe de faire appel à elle, la fondation est intervenue sur plus de 400 parcelles en 2018. L’instabilité météorologique du printemps a retardé les foins et la naissance des petits (la femelle a cette capacité à décider plus ou moins du moment de sa mise bas). Ce qui n’empêche pas Boris Bron et ses collègues d’espérer qu’ils sauveront encore plus de jeunes cervidés cette année.

Créé: 19.06.2019, 06h56

Plus de 250 faons sauvés en 2018

Vice-président de la Fondation Sauvetage Faons Vaud, Boris Bron est à la base de la création de cette organisation forte de 130 membres – dont 30 pilotes de drones – qui divise le canton en six régions. Le patron de Swiss Fly, une société spécialisée dans les prises de vues aériennes qu’il a créée en 2016, vole littéralement au secours des faons depuis trois ans. «Un jour que je volais avec mon drone, je suis tombé par hasard sur un faon au milieu des hautes herbes d’un champ.» L’idée germe dans son esprit. Il se rend alors à une séance d’information sur le sauvetage des faons mise sur pied par des chasseurs. En collaboration avec Raymond Bourguignon, membre de la Diana de Nyon, la fondation est créée ce printemps, s’affranchissant ainsi de la faîtière vaudoise des chasseurs, dont ces opérations sauvetage faisaient partie d’une sous-commission pendant deux ans. «Nous fonctionnons essentiellement grâce aux dons. Et même si le soutien que nous recevons est plus fort qu’avant, nous avons toujours besoin de moyens pour financer notre action», reconnaît Boris Bron.

Aujourd’hui indépendante, la fondation compte dans son comité trois membres de la Diana et un de Prométerre, en plus du Cronaysan. L’an dernier, elle a permis d’arracher aux lames des faucheuses quelque 250 jeunes ongulés dans les prairies vaudoises. «Cela reste peu, quand on sait que les agriculteurs déclarent par année environ 3000 faons tués de cette manière. Et ce chiffre ne représente que ceux qui sont annoncés…»

Pour tout renseignement

www.sauvetage-faons-vaud.ch

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