Le suspect numéro un est relâché, faute de preuves

Série d'incendiesLa fumée se dissipe dans la Broye vaudoise et fribourgeoise, après deux séries de violents sinistres. Le mystère s’épaissit au contraire avec la libération du jeune pompier. Et sur place, la tension monte.

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Il y avait déjà la triste odeur des cendres. S’y ajoute maintenant l’angoisse de toute la Broye. Mercredi matin, après onze jours de détention dans la plaine de l’Orbe, la police cantonale a annoncé avoir relâché l’unique suspect arrêté dans la série d’incendies qui a frappé la région d’Avenches le samedi 15 juillet. Ce jeune sapeur de 27 ans, domicilié dans la région, s’était distingué sur le site de l’Institut équestre. Alors que cinq autres sinistres touchaient des champs de la région, ce palefrenier intervenait au milieu de ses collègues et sauvait deux équidés. Plus tard, il sollicitait la presse pour décrire son désarroi. Lui-même cavalier, il aurait voulu en sauver davantage. Au total, 24 trotteurs et poneys y ont laissé la vie, la plupart brûlés vifs dans leurs boxes en feu.


A lire: «J'espère qu'il pourra se reconstruire»


Sur le site de l’Institut, un professionnel touché par le sinistre se dit en état de choc. «On pensait vraiment que Y. M. était coupable. En plus beaucoup de choses se sont racontées à son propos. Je continue de faire confiance à la police. Mais il faut le ou les trouver vite. Ici, c’est pire de jour en jour.» L’Institut avait fait part de son «soulagement» lors de l’arrestation. Une dénonciation «issue du milieu équestre» avait été envoyée aux enquêteurs.

«Y. M., c’était la victime idéale», relate aujourd’hui un de ses proches. Son entourage le décrit comme un «type dévoué», celui qui rend toujours service, qui «en fait et en dit parfois trop». Sa mère nous le décrit comme un innocent bafoué par les médias. Mais pas un incendiaire.

«Il a été libéré parce que les conditions de sa détention n’étaient plus réunies. Les investigations tendent plutôt à le mettre hors de causes»

Est-ce la dernière série d’incendies qui l’a disculpé? Samedi dernier, de nouvelles flammes frappaient Payerne et Domdidier (FR), toujours en plein milieu de la nuit. Bilan: une ferme, une étable, 55 bêtes tuées et des vies à reconstruire. «Même sans ces nouveaux incendies, je demandais sa libération, précise Maria Giannattasio, procureure en charge de la première salve de sinistres. Il a été libéré parce que les conditions de sa détention n’étaient plus réunies. Les investigations tendent plutôt à le mettre hors de causes.» A Renens, dans les locaux du Ministère public central, Franz Moos, procureur général adjoint, insiste sur le fait que le jeune pompier reste présumé innocent, mais précise «qu’il reste toujours prévenu des faits qui lui étaient reprochés». En clair: Y.M. est toujours suspect jusqu’à la fin de l’enquête.

Ce qui a plaidé en faveur du jeune sapeur, c’est notamment le «timing» de la terrible nuit du 15 au 16 juillet. «Lors de la dernière audition, un témoin a dit avoir vu mon client se rendant à la caserne sur son vélo, ce qui confirmait le chemin qu’il disait avoir pris à toute vitesse, souligne aujourd’hui Céline Jarry-Lacombe, avocate du pompier depuis son arrestation. J’imagine que les analyses techniques ont aussi permis de dissiper les soupçons.» A savoir la localisation de son téléphone portable. L’avocate poursuit: «Mon client a toujours dit qu’il était innocent. Mais il est éprouvé. Les réseaux sociaux ont vraiment dérapé. J’espère qu’il pourra se reconstruire: les chevaux c’est toute sa vie.» Des demandes d’indemnisations ne sont pas à exclure, conclut l’avocate.

Le mystère s'épaissit

L’enquête se poursuit. Et le mystère s’épaissit encore plus. «Toutes les hypothèses sont envisagées et explorées», conclut, laconique, Franz Moos, qui refuse de dire si la piste de l’incendiaire unique ou des pyromanes multiples est privilégiée après deux week-ends d’incendies, sur dix lieux différents.

Les dossiers sont donc conduits par les polices vaudoises et fribourgeoises – qui ont largement intensifié leur présence dans la région – et trois procureurs, entre Fribourg et Lausanne. Les investigations sont ainsi menées de manière distincte, mais coordonnée. Une seule magistrature héritera de l’affaire si elle devait s’avérer être le fait d’un seul homme.

Pendant ce temps-là, la Broye s’inquiète. «C’est un type déterminé, sadique, qui n’a pas peur de cibler des animaux ou des gens. Bien sûr qu’on a peur», assure un agriculteur de la région d’Avenches. Là et ailleurs, des rondes de paysans s’organisent. Certains font un tournus de veille nocturne avec leur personnel. «Ce qui est dur, c’est qu’on ne peut pas rester réveillé la nuit devant le hangar et bosser ensuite le jour. Avec tout ça, on doit bien continuer à vivre.» (24 heures)

Créé: 03.08.2017, 06h44

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