Le syndic de Pomy part en guerre contre les déchets jetés dans les champs

LitteringYves Pellaux n’en peut plus des détritus balancés au bord des routes. D’autant plus que les vaches risqueraient gros.

Yves Pellaux, syndic de Pomy et agriculteur, ramasse quand il le peut les déchets qui jonchent les routes de campagne. Il affirme en voir de plus en plus souvent.

Yves Pellaux, syndic de Pomy et agriculteur, ramasse quand il le peut les déchets qui jonchent les routes de campagne. Il affirme en voir de plus en plus souvent. Image: Jean-Paul Guinnard

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«Voici la récolte de samedi.» Yves Pellaux, syndic de Pomy et agriculteur, ne parle pas de légumes d’hiver. Loin de là. Dans ses mains endurcies par le travail, un sac en papier McDonald’s rempli à ras bord de détritus en tout genre. Des boîtes de burger, des gobelets, des mouchoirs usagés, des mégots ou encore des canettes de soda dont certaines contiennent encore un peu de leur liquide sucré. «Voici ce qu’on trouve au bord des routes de campagne, peste l’édile. Ça me gonfle à un point, vous ne pouvez pas imaginer! Et j’ai l’impression que c’est de plus en plus souvent le cas.»


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À un jet de pierre d’Yverdon, la commune de Pomy est entourée de surfaces agricoles. Au mois de janvier, pas de champs prêts à être moissonnés, mais des parcelles dont la terre est presque à nu. «Le phénomène des déchets jetés par des automobilistes indélicats est d’autant plus visible, tempête Yves Pellaux. On en retrouve chaque jour au bord de la route cantonale. Je les ramasse quand je le peux, mais j’ai envie d’aller plus loin pour qu’il y ait une vraie prise de conscience. Je ne veux pas faire le prêchi-prêcha, mais il y a une sensibilisation à faire sur le sujet, c’est sûr.»

Coup de gueule sur la Toile

Samedi, le syndic, qui fut président de Prométerre douze années durant, a publié un coup de gueule bien senti sur les réseaux sociaux, images de déchets à l’appui: «J’invite les responsables de ce merdier photographié au bord de la route Yverdon-Pomy entre la croisée de Valeyres et celle de Sermuz à venir le ramasser avant lundi matin sinon une plainte sera déposée.» Le délai étant passé, a-t-il dû mettre ses menaces à exécution? «Personne n’est venu, je m’en suis donc occupé moi-même, confie Yves Pellaux. Quant à la plainte, je vais voir avec la Police Nord vaudois ce que je peux faire. Je ne suis pas naïf: je sais qu’une telle procédure a très peu de chances d’aboutir dans ce cas. Mais je refuse de rester les bras croisés.» Un coup d’œil rapide sur son profil Facebook permet de voir que ce n’est pas la première fois qu’il publiait des photos de détritus abandonnés en pleine nature. Un coup d’épée dans l’eau? «J’ai peut-être poussé un coup de gueule pour dix fois où j’en ai trouvés. C’est un bon moyen: ça rend le phénomène visible et les gens en parlent.»

«Les bêtes peuvent mourir»

Les canettes en alu jetées dans les champs inquiètent tout particulièrement Yves Pellaux: «Les ramasser, c’est évidemment du travail supplémentaire pour les agriculteurs. Mais pas seulement. Lorsqu’une machine agricole passe dessus et les déchiquette, les petits bouts deviennent des lames de rasoir qui risquent de se retrouver dans le fourrage des vaches. En les ingérant, les bêtes peuvent mourir!»

Une canette en aluminium abîmée peut se transformer en lames de rasoir

D’ailleurs, dans le champ où le syndic et agriculteur prend la pose, une moitié de canette de thé froid malmenée dépasse légèrement du sol. «Et voilà, on voit que les bords sont extrêmement coupants, poursuit l’édile. Les gens qui ont ce comportement détestable ne s’en rendent sûrement pas compte, mais nous risquons aussi de retrouver ces détritus dans nos aliments. Les bêtes des éleveurs ne sont pas les seules à être en danger.»

Il faudrait revoir notre système de consommation de A à Z, estime en substance Yves Pellaux. Mais, toujours selon lui, des solutions simples pour endiguer le phénomène existeraient déjà: «À Pomy, après les fêtes de Jeunesse, nous retrouvions des gobelets en plastique partout. C’était un vrai souci. Puis, les organisateurs ont commencé à utiliser des verres réutilisables consignés. Depuis, on ne retrouve plus ces montagnes de déchets. Quand ça touche au porte-monnaie des gens, je peux vous dire qu’ils y réfléchissent à deux fois avant de tout balancer. Alors, pourquoi ne pas généraliser cette méthode?»

Créé: 21.01.2019, 19h56

«Un problème sérieux»

«Nous n’avons aucun relevé qui permettrait de dire s’il y a de plus en plus de déchets jetés dans les champs des agriculteurs, explique Céline Rochat, responsable de la communication de Prométerre, l’Association vaudoise de promotion des métiers de la terre. Cependant, nous pouvons affirmer que c’est un problème sérieux.» Et pas nouveau, puisque l’association encourage les agriculteurs à poser des panneaux de sensibilisation à destination des automobilistes depuis plusieurs années déjà. Sans succès. «Chaque année, on dénombre des vaches blessées en Suisse par des débris d’aluminium ou de verre, regrette Pascal Rufer, responsable de la production animale à Prométerre. Si on remarque plus souvent du plastique ou du papier dans les champs, ce sont les déchets coupants qui sont les plus dangereux pour les bêtes et qui posent véritablement problème.» Il ajoute: «Les bouteilles en verre et les canettes en aluminium passent dans les machines agricoles et sont déchiquetées. Si la vache ne les voit pas et qu’elle les ingère, elle risque des lacérations internes. Elle peut même en mourir. Par ailleurs, si une bête avale ce type de détritus, il est très difficile d’intervenir pour la soigner.»

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