Les pompiers de demain se forment de bonne heure

SecoursAlors que les vocations sont en baisse chez les pompiers volontaires, les corps de jeunes sapeurs-pompiers se portent bien. Reportage à Payerne.

Reportage vidéo avec les jeunes sapeurs-pompiers.
Vidéo: CHRISTIAN BRUN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Avec le rideau d’eau, le bassin de 3000 litres a mis environ deux minutes pour se vider totalement à 5 bars de pression. Combien de temps croyez-vous qu’il mettra avec une pression supérieure?» En ce samedi matin frisquet, une bonne dizaine de pompiers en herbe écoutent religieusement leur instructeur, dans le secteur de la Belle Ferme, à Payerne. Ce ne sont pas des recrues en formation, mais des jeunes sapeurs-pompiers (JSP) âgés de 12 à 17 ans. Et si les vocations ont tendance à diminuer dans la filière traditionnelle du recrutement, celle des JSP se porte à merveille.

Pour accueillir les près de 300 enfants du canton inscrits à ces journées cantonales d’instruction, trois sessions sont ainsi mises sur pied par le Groupement vaudois des jeunes sapeurs-pompiers (GVJSP) sur deux samedis. Pour répondre à la question initiale, tous ont pronostiqué que le bassin sera vide plus rapidement. «Il a mis 1 minute 25 à 7,5 bars de pression», lâche le formateur, chronomètre en main. «On était pas mal», clament les jeunes en cœur.

De manière générale, l’atelier hydraulique est souvent le préféré des enfants lors de cette journée. «Ce que j’aime, c’est tenir une lance d'incendie», raconte Sofiane, 13 ans et Flamme 1, des JSP de Gland, affairé à tresser un nœud à l’atelier antichute. Membre des JSP de Penthalaz depuis 2013, Bastian, 13 ans et Flamme 2 a aussi appris de nouvelles techniques pour se sécuriser en cas de risque. Mais son tour est aussi venu de prendre la lance, son activité favorite.

Trois ateliers

«Outre l’atelier hydraulique, nous travaillons aussi la sécurité à l’atelier antichute et le chimique au chantier ABC», explique Ludivine Corminbœuf, responsable des journées d’instruction et présidente des JSP de Sainte-Croix. Pour ce dernier point de formation, les JSP verront différents types d’intervention lors de pollutions et, surtout, quel produit utiliser à chaque fois. Ainsi, pour une fuite d’huile, l’intervention ne sera pas la même sur la terre ferme que dans l’eau pour une raison de flottabilité du produit absorbant. Le tout est encadré par une bonne vingtaine d’adultes bénévoles, dont au moins un instructeur fédéral sur chaque poste.

Pour cette journée, sept corps sont de la partie. Ils proviennent de la Riviera, de Gland, de la Dôle ou du Gros-de-Vaud. Formé il y a vingt ans, le GVJSP compte près de 30 sociétés. Les sections d’Orbe et de Haute-Broye sont les plus récentes, et celle d’Yverdon a rejoint le groupement après avoir fait cavalier seul durant quelques années. La plus ancienne est celle de Lausanne, en 1972, suivie par celle de Paudex, en 1991. «À part dans le Pays-d’Enhaut et la région du Talent, on peut dire que tout le canton est couvert», glisse Sébastien Baehler, président du GVJSP.

Chaque année, 36 JSP peuvent passer leur examen de Flamme 3, reconnu depuis 2008 par l’ECA comme équivalent des journées de formation et permettant d’intégrer directement les Services de défense incendie et secours (SDIS) du canton. «En 2016, nous avions un gros lot et nous avons organisé deux sessions d’examens et vu la hausse de fréquentation des sections de JSP, nous envisageons d’augmenter le quota de places à 50 par année», détaille celui qui est aussi commandant du SDIS Ouest-Lavaux. Dès 2021, les quelque 100 nouveaux JSP enregistrés depuis quatre ans devraient arriver au terme de leur formation et il serait dommage de les laisser filer.

Le geste juste

«Chez nous, ils peuvent commencer dès l’âge de 8 ans et, à raison de huit à dix exercices annuels, ils baignent dans le sujet quand ils arrivent au terme de leur formation. De plus, comme ils apprennent le geste juste, ils sont très rapidement opérationnels», commente Pierre-Yves Jost, commandant du SDIS Broye-Vully. En deux ans, son corps a perdu près de 40 sapeurs, passant de 344 à 306. Autant dire que les JSP de sa section sont du pain bénit.

«Une recrue n’a que deux jours de formation, puis trois exercices par année. Il lui faut donc en moyenne trois ans pour vraiment comprendre comment les choses fonctionnent, connaître les noms des cadres du corps ou des véhicules. Et on en perd entre 30 et 40% sur les deux premières années, tandis que les JSP sont dans une dynamique de continuité», ajoute Pierre-Yves Jost. Depuis 2014, la petite dizaine de JSP que le SDIS a formée jusqu’à la flamme 3 reste volontaire. Certains sur un autre canton, mais ils sont encore actifs.

Dans le milieu, on sait pourtant que le développement des JSP ne permettra certainement pas de compenser la perte de pompiers volontaires enregistrée depuis 2011 et la fin de l’obligation de servir. Mais c’est désormais une nouvelle composante importante. «Et cela permet aussi de faire bouger les actifs, qui voient des jeunes bien formés intégrer les corps de pompiers», conclut Sébastien Baehler.

Créé: 14.05.2019, 12h35

Articles en relation

Les volontaires redoutent l’essor des pompiers pros

Services incendie Le projet de confier les interventions de jour aux professionnels de la capitale fait grincer des dents dans les casernes et chez les élus de la couronne lausannoise. Plus...

Panne de vocations chez les pompiers volontaires

Services du feu Les casernes vaudoises ont de plus en plus de mal à attirer des nouvelles recrues. Le système de milice reste vital, mais le métier se professionnalise. Plus...

Les pompiers vaudois arrivent dans les temps

Sinistres Selon les données annuelles des interventions, les délais de sécurité vaudois sont largement respectés lors des sorties des hommes du feu. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.